Référence agronomique · France

Agronomie · Couverts végétaux

Trèfle en couvert

Un trèfle en couvert se choisit selon sa durée de vie, sa vitesse d’implantation, la rotation et l’effet recherché sur l’azote.

Mis à jour le 03/10/2026 Lecture 6 min
Commencer la lecture

Connectez-vous pour enregistrer cette ressource

Trèfle en couvert — illustration documentaire (Agronomie, Couverts végétaux)
Trèfle en couvert · Photographie documentaire SILLOVA
Données datéesPrévisions distinguées des bilans
Contexte avant conseilRégion, sol, variété et débouché

Repères essentiels

Quatre points pour guider la lecture.

Famille

Légumineuse

Choix

Espèce et cycle

Service

Biomasse et azote

Vigilance

Rotation et destruction

01 · Guide

Choisir une espèce de trèfle

Le terme « trèfle » recouvre plusieurs légumineuses du genre Trifolium dont le comportement en couvert est très différent. Le trèfle d’Alexandrie est annuel et généralement gélif; l’incarnat est annuel mais hivernant; les trèfles violet et blanc peuvent devenir des couverts pérennes ou semi-permanents; les trèfles de Perse, de Micheli, souterrain, squarrosum ou vésiculé élargissent encore le choix. La conséquence opérationnelle est simple: il n’existe pas une dose, une date de semis ou une stratégie de destruction valable pour « le trèfle » en général.

L’intérêt majeur du groupe est la fixation symbiotique de l’azote atmosphérique. Les légumineuses bien développées ont des tissus riches en azote et un rapport C/N bas; après destruction, une part de cet azote devient disponible pour la culture suivante. Dans la synthèse ARVALIS-CREAS de 12 essais, les couverts de légumineuses pures ont fourni en moyenne 44 kg N/ha d’effet fertilisant, contre 31 kg N/ha pour les mélanges avec non-légumineuses et 2 kg N/ha pour les non-légumineuses; les écarts entre essais sont toutefois très importants. La méthode MERCI doit donc remplacer les « unités d’azote forfaitaires » par une mesure de biomasse et une estimation contextualisée.

Comparer les trèfles utilisés en couvert.
EspèceCycle / portRepère semis pur ARVALISAtout dominantLimite majeure
Trèfle d’Alexandrie (T. alexandrinum)Annuel, souvent gélif ; pivotant≈15 kg/ha ; PMG ≈3 gInstallation rapide si semé tôt ; azote ; mellifère ; très intéressant en mélange ou colza associéDécevant si semé tard ; comportement au gel différent mono/multicoupe
Trèfle incarnat (T. incarnatum)Annuel hivernant ; pivotant≈15 kg/ha ; PMG ≈4 gBonne biomasse et fixation au printemps ; coût/N souvent favorablePeu gélif ; destruction mécanique plus exigeante
Trèfle violet (T. pratense)Pérenne/hivernant ; pivotant≈5 kg/ha comme couvert permanent ; PMG ≈2,1 gSous-semis, production d’azote, couvert pluriannuelConcurrence possible ; Aphanomyces selon variété
Trèfle blanc (T. repens)Pérenne, stolonifère ; racines superficielles denses≈3-5 kg/ha selon objectif ; PMG ≈0,8 gCouvert bas, durable, compatible sous cultures si réguléInstallation lente ; compétition hydrique/racinaire ; difficile à tuer
Trèfle de Perse (T. resupinatum)Annuel ; croissance rapide en conditions favorablesSouvent 1-7 kg/ha en mélange selon recetteAzote + biomasse ; composant de mélanges hivernants/estivauxRéaction au froid et à l’eau variable ; choisir la variété
Trèfle de Micheli / balansa (T. michelianum)Annuel, petite graineSouvent 1-3 kg/ha en mélangesDiversification, azote, très petite graineRisque de dominance faible si implantation tardive

02 · Guide

Comparer les fonctions du couvert

Le trèfle n’est cependant pas le meilleur piège à nitrate universel. Une légumineuse peut couvrir lentement, surtout si elle est semée tard, et fixe de l’azote de l’air alors qu’une graminée ou une crucifère valorise plus directement l’azote minéral du sol. Pour une interculture longue avec objectif double « nitrate + restitution », les mélanges associant trèfle et espèce non légumineuse sont souvent plus robustes. Les essais montrent aussi que la date d’implantation commande une grande partie du résultat: plus le semis est tardif, plus la biomasse et l’azote accumulé chutent.

Semer tôt: les petits trèfles perdent vite du potentiel lorsqu’ils sont implantés tard après moisson; le trèfle d’Alexandrie doit idéalement partir dès la récolte.

03 · Guide

Définition, botanique et architecture du groupe

Les trèfles appartiennent aux Fabaceae. Leur intérêt agronomique vient de la symbiose racinaire avec des bactéries rhizobiennes capables de fixer l’azote atmosphérique. Les espèces annuelles d’interculture et les espèces pérennes ne doivent pas être confondues: les premières visent une production rapide de biomasse entre deux cultures; les secondes peuvent être installées sous une culture et persister plusieurs années.

Repères et doses ci-dessus: ordres de grandeur issus des fiches ARVALIS et de mélanges référencés; toujours recalculer selon PMG, faculté germinative, date, mode de semis et proportion recherchée.

04 · Guide

Fixation symbiotique : d’où vient l’azote?

Les nodosités fonctionnelles abritent des bactéries capables de convertir N₂ atmosphérique en formes assimilables par la plante. Une synthèse européenne de 860 observations sur légumineuses a trouvé pour les trèfles la médiane la plus élevée de part d’azote dérivée de l’atmosphère (%Ndfa), autour de 86 %, avec une forte variabilité liée au sol, à l’espèce et au contexte. Ce chiffre décrit une population d’études et ne doit pas être utilisé comme coefficient automatique à la parcelle.

La fixation dépend de la présence du symbiote adéquat, de l’état hydrique, du pH, de la nutrition minérale et de la quantité de nitrate disponible. Un couvert chétif ne fixe pas « beaucoup d’azote » simplement parce qu’il est une légumineuse: sans biomasse, la quantité totale d’azote fixée reste faible. Dans les mélanges graminée-trèfle, la graminée consomme l’azote minéral du sol et peut accroître la part relative de fixation atmosphérique de la légumineuse.

05 · Guide

Biomasse, azote accumulé et effet fertilisant

La meilleure synthèse française disponible pour raisonner l’ordre de grandeur est celle d’ARVALIS-CREAS. Elle montre que les légumineuses pures produisent en moyenne moins de biomasse que les mélanges mais contiennent davantage d’azote par tonne de matière sèche. L’effet fertilisant moyen est élevé mais très variable, ce qui justifie une mesure à la parcelle.

06 · Guide

Autres risques sanitaires et agronomiques

Sclerotinia: un couvert de légumineuses peut entretenir des hôtes dans certaines rotations sensibles; intégrer le risque à l’échelle de la rotation, pas seulement de l’interculture.

Questions fréquentes

Pour aller à l’essentiel

Le trèfle est-il le meilleur piège à nitrate?

Non, pas dans tous les cas. Une légumineuse couvre parfois lentement, surtout si elle est semée tard. Pour l’objectif double nitrate et restitution, les mélanges avec une espèce non légumineuse sont souvent plus robustes.

La date de semis change-t-elle beaucoup le résultat?

Oui. Plus le semis est tardif, plus la biomasse et l’azote accumulé chutent. Le trèfle d’Alexandrie doit idéalement partir dès la récolte.

Peut-on utiliser un coefficient fixe pour l’azote du trèfle?

Non. L’effet fertilisant varie fortement d’un essai à l’autre. La méthode MERCI demande une mesure de biomasse et une estimation contextualisée.

Traçabilité

Sources utilisées

Les principales références utilisées pour vérifier les repères de cette page.