01 · Référence
Définition et place du stockage des betteraves en silo
Dans la filière betteravière française, le « silo » de betteraves désigne le plus souvent un tas ou une longue pince de racines constituée en bord de parcelle ou sur une aire logistique, dans l’attente du chargement vers la sucrerie. Il ne s’agit pas d’un silo fermé au sens des céréales. Le tas reste en contact avec l’air extérieur et son comportement thermique dépend de sa géométrie, de la météo, de la quantité de terre et de végétaux, des blessures et de la respiration des racines.
La fonction du stockage est logistique : dissocier la date optimale ou possible d’arrachage de la date d’enlèvement fixée par la sucrerie. Plus le délai est long, plus la conservation devient un véritable itinéraire technique. Un silo destiné à être enlevé en deux ou trois jours ne se raisonne pas comme un silo de fin décembre ou janvier.
02 · Référence
Pourquoi une betterave perd du sucre après arrachage
Après arrachage, la racine continue de respirer. Une partie du saccharose est oxydée pour produire l’énergie nécessaire au maintien cellulaire et à la cicatrisation. Cette respiration libère du CO₂, de l’eau et de la chaleur. La chaleur produite peut, si elle est mal évacuée, élever la température interne du tas et accélérer à son tour les réactions biologiques.
Chaque coupe, abrasion ou choc oblige la racine à réparer les tissus. Les travaux de Klotz et collaborateurs montrent que la blessure augmente rapidement la respiration et modifie le métabolisme des sucres. Des expériences contrôlées ont observé une respiration pouvant être multipliée d’environ trois après blessure sévère : ce chiffre n’est pas une perte directement transposable au champ, mais il explique pourquoi un arrachage agressif dégrade la tenue en stockage.
La déshydratation retire de la masse et fragilise les membranes ; à l’inverse, un tas trop humide, chargé de terre ou de feuilles et peu ventilé favorise les échauffements et les micro-organismes. Avec le temps, des sucres invertis, du raffinose et d’autres composés indésirables peuvent augmenter et compliquer l’extraction industrielle. La qualité de conservation doit donc être appréciée en sucre récupérable, pas uniquement en tonnes de racines.
La synthèse scientifique nord-européenne de 2023 rapporte qu’en conditions contrôlées la respiration présente souvent un pic précoce vers le troisième jour (environ 30 °C. j), puis un minimum proche de 200 °C. j avant de réaugmenter progressivement. Les moisissures et pourritures deviennent plus déterminantes lorsque le stockage dépasse environ 250 à 300 °C. j. Ces repères expliquent la logique du seuil Silobet.
La littérature européenne situe généralement la meilleure plage de conservation de racines non gelées autour de 2 à 8 °C, avec 4 à 6 °C souvent cités comme compromis favorable. Au champ, l’agriculteur ne contrôle pas directement cette température : il agit sur la date d’arrachage, la ventilation naturelle, la masse du tas et les couvertures. Une température trop élevée accélère respiration et pathogènes ; une température trop basse expose aux dégâts de gel.
03 · Référence
Somme de températures : l’indicateur central du risque
L’ITB raisonne la conservation en cumulant les températures moyennes journalières depuis la mise en silo. Ce cumul, exprimé en °C. j, traduit l’exposition thermique totale des racines. Ce n’est pas une durée fixe : 30 jours froids peuvent être moins risqués que 15 jours doux.
04 · Référence
Silobet : raisonner la date d’arrachage à partir de l’enlèvement
Silobet est l’OAD gratuit de l’ITB dédié au risque de conservation. L’utilisateur renseigne la date d’enlèvement prévue et la station météorologique la plus proche. L’outil simule la somme de températures et propose une date de début d’arrachage destinée à limiter le dépassement du seuil de 270 °C. j.
L’outil fournit une valeur médiane construite sur les quinze années précédentes ainsi que des scénarios d’année froide et chaude. Le résultat doit ensuite être corrigé par le terrain : type de sol, risque de tassement, état sanitaire, fenêtre météo, capacité de chantier, accessibilité du silo et contraintes de la culture suivante.
• En terres drainées, argileuses ou en zones humides, l’ITB rappelle qu’un arrachage après le 15 novembre peut devenir risqué selon les années.
• Pour une livraison précoce, arracher au plus près de l’enlèvement permet de conserver la croissance d’automne sans créer un stockage inutile.
• Pour une livraison tardive, mieux vaut parfois arracher plus tôt en bonnes conditions que gagner quelques jours de croissance au prix d’une récolte boueuse, d’une forte tare ou d’un tassement sévère.
05 · Référence
Durée de stockage et stratégie de récolte
Tereos distingue explicitement les stratégies de moins de trois semaines et de plus de trois semaines : lorsque le stockage est long, la réduction des blessures devient plus importante que la recherche du minimum absolu de tare terre. Cette logique rejoint les recommandations ITB de « réglage de conservation ».
06 · Référence
État sanitaire des racines avant stockage
Le stockage ne guérit aucune maladie racinaire. Les symptômes présents à l’arrachage continuent d’évoluer, souvent plus vite si le tas est chaud ou humide. L’ITB déconseille le stockage longue durée des betteraves atteintes de rhizoctone brun, rhizoctone violet, Erwinia ou Ditylenchus. Le même raisonnement s’applique à toute racine présentant une pourriture active, une forte décomposition du collet ou des dommages de gel profonds.
07 · Référence
Blessures, casses et respiration : le verrou mécanique
Les blessures constituent un double coût : perte physique immédiate de matière et augmentation des pertes physiologiques ultérieures. Une surface coupée respire davantage, cicatrise et devient plus accessible aux champignons et bactéries. Pour les stockages longs, la qualité mécanique de la récolte est souvent plus importante que quelques dixièmes de point de tare terre.
7. 1 Ce que montre la recherche sur la blessure
08 · Référence
Réglage de l’arracheuse pour la conservation
Le réglage de l’arracheuse doit retirer assez de terre pour le stockage sans multiplier les chocs sur les racines. Contrôler régulièrement les casses de pointes et les blessures, puis réduire l’intensité du nettoyage si ces défauts augmentent.
| Repère | Valeur / ordre de grandeur | Interprétation |
|---|---|---|
| Seuil ITB Silobet | 270 °C. j cumulés | Au-delà, le développement des moisissures et pourritures peut s’accélérer. |
| Repère Tereos Agrobook 2025 | >250 °C. j : vigilance accrue | Les pertes s’accélèrent surtout si les racines sont blessées ; réglage conservation indispensable. |
| Cas Tereos sous précautions | jusqu’à ~350 °C. j | Repère expérimental/opérationnel du groupe, pas une garantie universelle. |
| Récolte pour conservation longue | température extérieure <13 °C | Repère ITB 2019 pour limiter l’échauffement post-récolte. |
| Essais réglages Tereos | 10,6 % vs 10,0 % tare terre | 17 essais, 49 jours en moyenne : le réglage conservation n’a augmenté la tare que de 0,6 point. |
| ITB - pertes par casse | objectif <1 t/ha en bonnes conditions | Limiter les pointes cassées et les blessures avant stockage long. |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Qu’est-ce qu’un silo de betteraves?
Le plus souvent, c’est un tas ou une longue pince de racines constitué en bord de parcelle ou sur une aire logistique, dans l’attente du chargement vers la sucrerie. Il ne s’agit pas d’un silo fermé au sens des céréales.
Pourquoi la somme de températures compte-t-elle plus que la durée?
Le cumul en °C. j traduit l’exposition thermique totale des racines. Ce n’est pas une durée fixe : 30 jours froids peuvent être moins risqués que 15 jours doux.
Un stockage long peut-il sauver une racine malade?
Non. Le stockage ne guérit aucune maladie racinaire. L’ITB déconseille le stockage longue durée des betteraves atteintes de rhizoctone brun, rhizoctone violet, Erwinia ou Ditylenchus.





