01 · Référence
Synthèse opérationnelle
Les maladies de la vigne ne forment pas un seul problème sanitaire. Elles regroupent des oomycètes et champignons à dynamique épidémique rapide (mildiou, oïdium, black rot, botrytis), des champignons du bois capables d’affecter la longévité des ceps, des phytoplasmes réglementés ou non (flavescence dorée, bois noir), des virus incurables transmis par matériel végétal ou vecteurs, et des bactérioses. Le bon diagnostic repose d’abord sur la catégorie de problème, car les moyens de gestion sont radicalement différents.
Les quatre maladies cryptogamiques majeures doivent être raisonnées par l’interaction « vigne - pathogène - climat ». Le mildiou dépend fortement de l’eau libre et des pluies; l’oïdium préfère des températures douces à chaudes et n’a pas besoin d’eau libre; le black rot exige humidité et température et devient particulièrement dangereux sur grappes de la nouaison à la fermeture; le botrytis est opportuniste, favorisé par les blessures, les grappes compactes, l’humidité et la réceptivité accrue à la véraison.
La protection doit être préventive et ajustée au risque. Le BSV donne une information régionale objective, les modèles IFV « Potentiel Système » simulent la dynamique mildiou/oïdium/black rot à partir d’un référentiel climatique local, et l’observation de la parcelle reste indispensable. La campagne 2026 illustre cette variabilité: début mai en Bourgogne-Franche-Comté, le mildiou et l’oïdium étaient encore rares dans les réseaux suivis, alors que le modèle et les contaminations annonçaient de nouveaux risques; en Nord Aquitaine, 14 des 164 parcelles observées présentaient déjà du black rot sur feuilles.
La gestion des résistances aux fongicides est un axe central en 2026. La note technique commune rédigée par IFV, ANSES-CASPER, INRAE, Comité Champagne, Chambres d’agriculture et DGAL décrit le statut des résistances et recommande de limiter les traitements, alterner et associer les modes d’action, éviter les répétitions inutiles et maintenir une qualité de pulvérisation élevée.
Les maladies incurables imposent une logique différente. Il n’existe pas de traitement curatif du court-noué ni de l’enroulement; la prévention passe par le matériel végétal sain, la maîtrise des vecteurs lorsque cela est pertinent, la gestion collective et le renouvellement raisonné. La flavescence dorée est une maladie de quarantaine: les ceps infestés doivent être éliminés selon le cadre réglementaire et la lutte contre Scaphoideus titanus est obligatoire dans les zones délimitées, avec un nombre et des dates d’interventions déterminés par les DRAAF selon l’évaluation du risque.
| Catégorie | Exemples cités | Logique de gestion |
|---|---|---|
| Oomycètes et champignons à dynamique rapide | Mildiou, oïdium, black rot, botrytis | Protection préventive ajustée au risque |
| Champignons du bois | Affectent la longévité des ceps | Diagnostic de la catégorie de problème avant tout choix de moyen |
| Phytoplasmes | Flavescence dorée, bois noir | Flavescence dorée : cadre réglementaire et lutte obligatoire dans les zones délimitées |
| Virus incurables | Court-noué, enroulement | Matériel végétal sain, maîtrise des vecteurs lorsque c’est pertinent, gestion collective |
02 · Référence
Diagnostic : méthode de raisonnement au vignoble
Une tache ou un cep dépérissant ne suffit pas à nommer une maladie. Le diagnostic croise le symptôme, sa répartition dans la parcelle, le stade, l’historique et, si nécessaire, une confirmation analytique.
Décrire le symptôme sans l’interpréter: tache huileuse, feutrage, pycnides, enroulement, nécrose sectorielle, dessèchement, défaut d’aoûtement, raccourcissement d’entre-nœuds, etc.
03 · Référence
Situation sanitaire 2026 : pourquoi le risque est régional
La saison 2026 montre des trajectoires sanitaires très différentes selon pluie, précocité, inoculum et cépage.
FREDON Nouvelle-Aquitaine publiait encore des BSV Vigne Charentes jusqu’au 28 juillet 2026 et des BSV Sud Aquitaine jusqu’au 28 juillet, ce qui illustre l’intérêt d’une source évolutive de campagne plutôt qu’une fiche statique.
04 · Référence
Mildiou - Plasmopara viticola
Le mildiou est un oomycète originaire d’Amérique du Nord, signalé dans le Bordelais en 1879. Il attaque tous les organes herbacés, particulièrement les tissus jeunes riches en eau.
Sur jeune feuille, le faciès classique est la « tache d’huile » jaune, translucide, suivie sur la face inférieure d’un duvet blanc après une période humide. En fin de saison, le faciès mosaïque apparaît sur feuilles âgées. Sur inflorescences et grappes, la rafle peut rougir et se recourber en crosse; les jeunes organes peuvent être détruits, les jeunes baies présenter un rot gris puis, après nouaison, un rot brun. Après véraison, les baies ne sont plus réceptives, mais le feuillage peut rester atteint.
L’inoculum hivernal est constitué d’oospores sur feuilles tombées. Après maturation, elles germent dans l’eau à partir d’une température moyenne proche de 11 °C. L’incubation dure typiquement 10 à 20 jours au printemps, mais peut se réduire à environ 5 jours en été. Les repiquages secondaires sont favorisés par les pluies.
La protection est préventive. La date de déclenchement doit combiner maturité des œufs d’hiver, stade de la vigne, pluie, température, BSV et modèle. L’IFV recommande notamment de limiter l’accumulation d’eau, améliorer le drainage et supprimer régulièrement les pousses basses.
05 · Référence
Oïdium - Erysiphe necator
L’oïdium est un ascomycète ectoparasite présent dans tous les vignobles. Il se conserve sous forme de mycélium dans les bourgeons, responsable des « drapeaux », et sous forme de chasmothèces sur les organes atteints.
L’optimum de développement se situe autour de 25-30 °C avec une humidité relative de 40 à 100 %. Contrairement au mildiou, l’eau libre gêne la germination et peut faire éclater les conidies. La maladie peut donc progresser en périodes peu pluvieuses, sous couvert dense. Le stade de sensibilité maximale des grappes est fin floraison - début nouaison.
L’aération et l’insolation de la zone fructifère réduisent le microclimat favorable et exposent davantage le champignon aux UV. Sur parcelles à drapeaux, l’IFV réserve les interventions très précoces aux situations historiquement sensibles; sur parcelles « normales », le démarrage se situe plutôt autour des boutons floraux séparés, à ajuster selon le BSV et la pression.
Les résistances concernent plusieurs familles de fongicides; la note 2026 doit être utilisée pour construire l’alternance et les limitations. Le soufre, mode d’action multisite, garde une place importante notamment en agriculture biologique, mais son efficacité dépend de la couverture et des conditions d’emploi.
06 · Référence
Black rot - Guignardia bidwellii
Le black rot est spécifique de la vigne et est arrivé en France à la fin du XIXe siècle. Son inoculum hiverne principalement sur les baies momifiées et autres organes contaminés. Les pycnides noires disposées sur les taches foliaires ou les baies momifiées sont un critère diagnostique majeur.
Les jeunes feuilles sont plus réceptives que les feuilles adultes. Sur grappes, la sensibilité maximale se situe de la nouaison à la fermeture. Le guide IFV/INRAE 2026 propose une lecture complémentaire en sommes de températures après fin floraison: la sensibilité est maximale approximativement entre 50 et 250 degrés-jours base 10, décroît nettement au-delà de 300-350 et devient faible vers 450 degrés-jours. Ces repères servent à raisonner le risque, pas à remplacer l’observation et la météo.
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Le mildiou et l’oïdium se raisonnent-ils de la même façon?
Non. Le mildiou dépend fortement de l’eau libre et des pluies, tandis que l’oïdium préfère des températures douces à chaudes et n’a pas besoin d’eau libre.
Une maladie incurable se traite-t-elle?
Il n’existe pas de traitement curatif du court-noué ni de l’enroulement. La prévention repose sur le matériel végétal sain, la maîtrise des vecteurs lorsque c’est pertinent et la gestion collective.
Un BSV régional suffit-il à décider d’un traitement?
Non. Le BSV donne une information régionale, les modèles simulent le risque et l’observation de la parcelle reste indispensable.





