01 · Référence
Synthèse opérationnelle
La floraison de l’orge est l’une des phases les plus trompeuses du cycle à diagnostiquer. Dans l’échelle BBCH des céréales, le stade principal 6 va de BBCH61, début de floraison avec premières anthères visibles, à BBCH69, fin de floraison lorsque tous les épillets ont achevé cette phase mais que des anthères desséchées peuvent rester visibles. Le repère BBCH est utile pour standardiser les observations, mais il ne décrit pas toujours la date réelle de fécondation chez l’orge.
Chez de nombreuses orges de printemps, la véritable anthèse et la fécondation ont lieu alors que l’épi est encore dans la gaine ou seulement partiellement sorti, souvent autour de la sortie des barbes. L’extrusion d’anthères visible après l’épiaison peut donc être postérieure à la fécondation. Cette particularité impose à distinguer dans le suivi de stocker séparément le stade externe, l’anthèse biologique supposée ou observée, et l’extrusion d’anthères.
La floraison est néanmoins une fenêtre agronomique cruciale : la fertilité finale et le nombre de grains par épi deviennent mesurables, le jeune caryopse commence son développement, et la culture devient très sensible aux stress reproductifs. En 2026, ARVALIS a observé en Champagne-Ardenne une séquence très fraîche, humide et peu rayonnante autour de la floraison, du 5 au 10 mai, susceptible d’avoir dégradé la fertilité, notamment là où la sécheresse précédente avait déjà fragilisé les cultures.
02 · Référence
Définition : qu’appelle-t-on floraison chez l’orge?
La floraison correspond à la phase reproductrice au cours de laquelle les fleurs de l’épillet atteignent l’anthèse, libèrent le pollen et permettent la fécondation de l’ovule. Chez les graminées, la fleur est enfermée entre lemme et paléole, avec trois étamines, un ovaire et des stigmates plumeux. Dans les formes à floraison ouverte, le gonflement des lodicules écarte brièvement lemme et paléole, les filaments s’allongent et les anthères peuvent s’extruder.
L’orge est majoritairement autogame : le pollen d’une fleur féconde très souvent son propre stigmate. Cette autogamie explique qu’une fécondation efficace puisse avoir lieu sans grande ouverture de la fleur. Les formes cleistogames restent fermées au moment de la libération du pollen ; les formes chasmogames s’ouvrent davantage et extrudent plus volontiers les anthères.
03 · Référence
La particularité majeure : l’épiaison n’est pas la floraison biologique
Alqudah et Schnurbusch ont montré qu’en orge de printemps, le stade d’épiaison Z50–59 ne doit pas être utilisé comme synonyme de flowering time. Dans de nombreux génotypes, la fécondation se produit autour de Z49, alors que l’épi est encore dans la gaine ; l’extrusion d’anthères Z60–69 peut intervenir plus tard. Leur message est important pour les essais variétaux, la modélisation et le diagnostic agronomique.
Une étude phénologique de cinq orges de printemps en Alberta a également observé que l’anthèse survient généralement alors que l’épi est encore dans la gaine, avec seulement environ un quart à trois quarts de l’épi émergé. La séquence exacte varie selon génotype et environnement.
| Repère | Code | Ce qu’il décrit |
|---|---|---|
| Fécondation | Autour de Z49 | Dans de nombreux génotypes, l’épi est encore dans la gaine |
| Épiaison | Z50–59 | Stade externe, à ne pas utiliser comme synonyme de floraison biologique |
| Extrusion des anthères | Z60–69 | Peut intervenir plus tard |
04 · Référence
Cleistogamie et chasmogamie : deux stratégies de floraison
La cleistogamie correspond à une floraison fermée : les lodicules restent petites, le floret ne s’ouvre pas suffisamment et le pollen est libéré à l’intérieur. Le locus Cly1/HvAP2 joue un rôle majeur dans cette morphologie ; une variation au site ciblé par miR172 peut empêcher le développement normal des lodicules et maintenir la fleur fermée.
La chasmogamie correspond à une floraison plus ouverte, avec gonflement des lodicules et extrusion des anthères. Les deux types restent largement autogames, mais l’ouverture modifie la possibilité d’allogamie, la visibilité du stade et l’exposition des organes floraux aux agents pathogènes. Certaines formes peuvent aussi présenter une anthèse très précoce avant sortie de l’épi, autre mécanisme conduisant à une faible extrusion.
05 · Référence
Anatomie fonctionnelle du floret au moment de l’anthèse
Chaque fleur fertile d’orge contient trois étamines, un ovaire portant deux stigmates plumeux et deux lodicules à la base. Dans une fleur ouverte, l’absorption d’eau et le gonflement des lodicules écartent lemme et paléole. Les filaments s’allongent rapidement, les anthères se positionnent pour libérer le pollen, puis la fleur se referme lorsque les lodicules perdent leur turgescence.
06 · Référence
De la maturation du pollen à la fécondation
La fertilité finale dépend d’étapes invisibles qui précèdent la floraison visible : méiose des cellules mères du pollen, mitoses polliniques, maturation des anthères, développement du stigmate et de l’ovule. Les travaux récents montrent que le pollen est souvent plus sensible à la chaleur que les organes femelles, ce qui explique des épis apparemment normaux mais partiellement stériles après un épisode thermique mal placé.
Après libération, le pollen germe sur le stigmate, le tube pollinique progresse vers l’ovule et la double fécondation initie l’embryon et l’endosperme. Les premiers jours post-anthèse déterminent ensuite la taille potentielle du grain par multiplication et différenciation cellulaires. Un stress durant cette transition peut donc agir sur nombre de grains puis, immédiatement après, sur leur capacité future de remplissage.
07 · Référence
Chronologie dans l’épi : toutes les fleurs ne sont pas exactement synchrones
La floraison d’un épi est très resserrée mais pas instantanée. Les références de développement de l’orge décrivent une progression selon la position sur l’épi, les épillets de la zone médiane étant généralement plus avancés que ceux des extrémités. La floraison complète d’un épi peut s’étaler sur quelques jours ; l’ensemble des talles d’une plante peut être plus étalé encore.
Cette hétérogénéité explique qu’un échantillon d’anthères puisse montrer simultanément des anthères encore jaunes, des anthères extrudées et des anthères déjà brunies. Pour un diagnostic de parcelle, il est donc préférable d’observer un ensemble de tiges et de positionner une distribution de stades plutôt qu’un seul épi représentatif.
08 · Référence
Orge d’hiver et orge de printemps : la floraison ne se lit pas de la même façon
L’orge d’hiver a un cycle long, souvent après vernalisation, et arrive à la phase reproductive avec un couvert et une architecture déjà bien structurés. L’orge de printemps traverse les derniers stades plus rapidement ; sa fécondation peut être particulièrement précoce par rapport à l’émergence de l’épi. AHDB rappelle que les orges de printemps progressent plus vite dans les stades que les orges d’hiver.
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Floraison et épiaison sont-elles synonymes chez l’orge?
Non. Chez de nombreux génotypes d’orge de printemps, la fécondation a lieu autour de la sortie des barbes, alors que l’épi est encore dans la gaine. L’extrusion d’anthères peut intervenir plus tard.
Les anthères visibles signalent-elles la fécondation?
Pas toujours. Les formes cleistogames restent fermées au moment de la libération du pollen, tandis que les formes chasmogames extrudent plus volontiers les anthères.
Le pollen est-il sensible à la chaleur?
Oui. Selon les travaux récents, il est souvent plus sensible que les organes femelles, ce qui peut donner des épis d’apparence normale mais partiellement stériles.





