01 · Référence
Périmètre du dossier
Ce dossier couvre la définition de la floraison, les conditions pédoclimatiques, le calendrier et les stades, les méthodes d’observation, les effets sur l’implantation, le rendement et la qualité, les risques agronomiques et sanitaires et les adaptations régionales.
Le dossier se concentre sur la période allant des premières fleurs ouvertes (BBCH 60) à la fin de floraison (BBCH 69), tout en reliant cette fenêtre à l’amont — différenciation des inflorescences, boutons floraux séparés — et à l’aval — nouaison, coulure, millerandage et construction du nombre de baies par grappe. La nouaison détaillée fait l’objet de la partie « Nouaison de la vigne » ; ici elle est traitée comme résultat immédiat de la floraison.
02 · Référence
Définition précise : qu’est-ce que la floraison de la vigne?
Chez Vitis vinifera, la fleur est le plus souvent hermaphrodite dans les cépages cultivés : étamines et pistil sont fonctionnels. L’ouverture n’est pas une ouverture de pétales classiques : les pétales restent soudés et forment une calyptra ou « capuchon » qui se détache par la base. Les étamines se redressent, le pollen est libéré et la fécondation peut suivre.
Cette singularité explique une difficulté de terrain : une fleur peut être biologiquement « ouverte » alors que la calyptra reste encore accrochée ou vient juste de basculer. Le protocole français TEMPO retient comme ouverte toute fleur dont la base de la calyptra est détachée, même si celle-ci n’est pas encore tombée.
La floraison n’est pas synonyme de nouaison. La première décrit l’état des fleurs ; la seconde décrit le début de développement des ovaires/jeunes baies après fécondation. Une parcelle peut fleurir rapidement mais nouer médiocrement si les conditions thermiques, carbonées, hydriques, nutritionnelles ou sanitaires sont défavorables.
03 · Référence
Échelles phénologiques : Baggiolini, Eichhorn–Lorenz, BBCH et OIV
Le même événement possède plusieurs langages : Baggiolini, Eichhorn–Lorenz, BBCH et OIV décrivent des jalons comparables avec des codes différents.
04 · Référence
Protocole français de référence : dater BBCH 65 sans faux niveau de précision
Le protocole PERPHECLIM/TEMPO a été conçu pour harmoniser l’observation entre sites et observateurs. Il recommande d’estimer le pourcentage de fleurs ouvertes sur l’ensemble de la plante, sur au moins cinq ceps adultes et productifs représentatifs. Pour calculer la date à 50 %, il faut disposer d’une observation comprise entre 5 et 49 %, puis d’une autre entre 51 et 99 %, avec un intervalle ne dépassant pas une semaine ; la date est obtenue par interpolation.
1. Sélectionner au moins cinq ceps adultes, productifs et représentatifs ; éviter les manquants, ceps gelés, virosés ou atypiques sauf si l’objectif est précisément de quantifier l’hétérogénéité.
05 · Référence
Répéter l’observation suffisamment vite pendant les séquences chaudes, car une floraison peut progresser très rapidement.
6. Interpoler la date BBCH 65 uniquement si les observations encadrent réellement 50 % ; sinon conserver la meilleure observation sans inventer une date.
Le protocole a aussi mis en évidence un biais utile : une estimation visuelle de « 50 % » peut correspondre à seulement 20–35 % de fleurs réellement ouvertes lorsqu’on recompte les fleurs. Le biais est relativement systématique entre observateurs ; il justifie une calibration humaine.
06 · Référence
Anatomie florale et événements biologiques
L’inflorescence porte un grand nombre de fleurs dont l’ouverture n’est pas parfaitement synchrone. À l’anthèse, la calyptra se détache, les étamines exposent les anthères, le pollen est libéré et peut atteindre le stigmate. La germination du pollen produit un tube pollinique qui progresse vers l’ovule ; la fécondation permet ensuite le développement des pépins et de la baie.
Le nombre final de baies par grappe dépend donc d’une chaîne d’événements : nombre de fleurs formées, proportion de fleurs fonctionnelles, ouverture, pollinisation, germination du pollen, croissance du tube pollinique, fécondation, puis maintien des jeunes ovaires. Une défaillance à un seul maillon peut réduire la nouaison sans qu’un symptôme évident soit visible au moment précis de la floraison.
07 · Référence
Pollinisation et fécondation : ce qu’il faut retenir en viticulture
Les cépages de Vitis vinifera cultivés pour le vin sont majoritairement autofertiles et n’exigent pas une pollinisation entomophile comparable à celle d’un verger de pommiers. Le pollen peut être libéré et déposé à très courte distance au sein de l’inflorescence ou entre fleurs voisines. Cela ne rend pas les pollinisateurs sans intérêt écologique et, surtout, ne soustrait pas la vigne aux règles françaises de protection des pollinisateurs : depuis 2024, la vigne est juridiquement traitée comme culture attractive pour l’application de l’arrêté de 2021.
La qualité de fécondation dépend davantage de la viabilité du pollen, de la vitesse de croissance du tube pollinique et du fonctionnement du pistil que de la présence d’abeilles. C’est pourquoi les conditions thermiques et la disponibilité en assimilats autour de l’anthèse sont déterminantes.
08 · Référence
Le rendement se construit sur deux saisons
La floraison de l’année N est l’aboutissement d’un potentiel commencé l’année N-1 : les primordia d’inflorescences se différencient dans les bourgeons latents la saison précédente. La charge de l’année, l’état hydrique, la nutrition azotée et l’activité photosynthétique de N-1 peuvent donc influencer le nombre d’inflorescences et de fleurs disponibles en N.
Après floraison en N, la vigne recommence parallèlement à construire la fertilité de l’année N+1. Cette temporalité explique pourquoi une forte sécheresse pré-véraison, des défoliations sévères ou un déséquilibre de vigueur peuvent avoir des effets retardés. Une analyse de « mauvaise floraison » doit donc séparer : potentiel initial, qualité de floraison, qualité de nouaison et effets de la saison précédente.
| Repère | Description terrain | Correspondance utile |
|---|---|---|
| BBCH 57 | Boutons floraux séparés ; inflorescence pleinement développée avant ouverture | Baggiolini H ; E-L ≈ 17 |
| BBCH 60 | Premières calyptras détachées / premières fleurs ouvertes | Début de floraison |
| BBCH 61–64 | ≈ 10 à 40 % des fleurs ouvertes | Progression de floraison |
| BBCH 65 | 50 % des fleurs ouvertes | Baggiolini I ; E-L 23 ; OIV 302 « pleine floraison » |
| BBCH 66–68 | ≈ 60 à 80 % des fleurs ouvertes | Fin de pleine floraison |
| BBCH 69 | Fin de floraison ; majorité des calyptras tombées | Transition vers nouaison |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
La floraison et la nouaison sont-elles la même chose?
Non. La floraison décrit l’état des fleurs, la nouaison le début du développement des ovaires après fécondation.
La fleur de vigne s’ouvre-t-elle comme une fleur classique?
Non. Les pétales restent soudés et forment une calyptra qui se détache par la base. Le protocole TEMPO retient comme ouverte toute fleur dont la base de la calyptra est détachée.
Un rendement faible vient-il toujours d’une mauvaise floraison?
Pas nécessairement. Une analyse doit séparer le potentiel initial, la qualité de floraison, la qualité de nouaison et les effets de la saison précédente.





