Référence agronomique · France

Agronomie · Sols agricoles

Érosion des sols agricoles

Eau, vent, travail du sol et récolte

L’érosion déplace la couche superficielle du sol sous l’effet de l’eau, du vent, du travail du sol ou de la récolte de certaines cultures. Après une pluie, repérez rigoles, dépôts et trajets de l’eau ; sur sol sec et nu, observez aussi les traces de transport par le vent. La couverture du sol et le diagnostic du trajet des particules guident les premières mesures. Une carte d’aléa nationale ne diagnostique pas une parcelle.

Mis à jour le 01/10/2026 Lecture 10 min
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Sol agricole marqué par le ruissellement et le départ de terre
Érosion d’un sol agricole · Image SILLOVA
Données datéesPrévisions distinguées des bilans
Contexte avant conseilRégion, sol, variété et débouché

Repères de campagne

Les chiffres à retenir

Les repères essentiels, expliqués en clair. Les sources complètes sont regroupées en bas de page.

Aléa moyen à très fort en France

Près de 18 %

Estimation GIS Sol publiée en 2011 ; aléa cartographié, non perte mesurée au champ.

Année des données MESALES

2000

Occupation du sol et autres données utilisées dans la carte nationale consultable.

Perte moyenne modélisée en Europe

2,46 t/ha/an

Zones européennes sujettes à l’érosion ; modèle RUSLE2015, référence 2010.

Perte totale modélisée dans l’UE

970 Mt/an

Estimation par érosion hydrique, non cumul de mesures parcellaires.

01 · Comprendre

Ce que signifie l’érosion d’un sol

L’érosion hydrique commence lorsque la pluie détache des particules et que l’eau qui ne s’infiltre pas les entraîne. Elle peut enlever de la terre sur une partie de la parcelle et la déposer ailleurs, parfois hors de l’exploitation.

Les gouttes de pluie désagrègent les agrégats à la surface. Une croûte de battance peut alors fermer les pores et augmenter le ruissellement. Sur une pente ou dans un passage de roues, l’écoulement se concentre, acquiert de la vitesse et creuse des rigoles. La couverture végétale et les résidus en surface amortissent l’impact des gouttes ; leur effet dépend toutefois de leur continuité et de la saison.

Il faut distinguer trois notions. L’aléa décrit la possibilité d’une érosion dans un contexte de sol, de relief, de pluie et d’occupation du territoire. La perte de terre désigne une quantité exportée, estimée ou mesurée selon une méthode précise. Le risque pour les biens et les milieux ajoute les enjeux situés en aval : route, bâtiment, captage ou cours d’eau. Un même chiffre ne répond pas à ces trois questions.

02 · Terrain

Diagnostiquer une parcelle après une pluie

Revenez sur la parcelle rapidement après un épisode qui a généré du ruissellement, avant que le travail du sol ou la végétation ne masque les indices. Parcourez aussi l’aval immédiat pour retrouver les dépôts et l’exutoire.

Commencez par noter la date, la durée et l’intensité approximative de la pluie, l’état du couvert et les dernières interventions. Photographiez les zones de départ de terre, les rigoles, les croûtes de surface et les dépôts. Repérez les traces de circulation, entrées de parcelle, fourrières, talwegs et fossés qui guident l’eau. Cette chronologie permet de distinguer un incident local d’un trajet d’écoulement récurrent.

Comparez ensuite plusieurs endroits de la parcelle : haut et bas de pente, zone tassée et zone peu circulée, sol couvert et sol nu. Une croûte sans rigole, une rigole sans dépôt visible et une coulée de boue en aval ne demandent pas exactement les mêmes mesures. L’observation doit être faite avec l’agriculteur et, si un enjeu aval est exposé, avec les acteurs du bassin versant.

  • Tracer le chemin de l’eau depuis la zone source jusqu’à l’exutoire.
  • Décrire sol, pente, couvert, passages d’engins et état de surface au moment de la pluie.
  • Conserver des photos datées prises depuis les mêmes points après les épisodes suivants.

03 · Données

Interpréter les chiffres sans les appliquer à la parcelle

Le GIS Sol indique que près de 18 % des sols métropolitains présentent un aléa d’érosion moyen à très fort. Cette estimation historique permet de comprendre l’ampleur du sujet en France, mais elle ne constitue pas un diagnostic parcellaire actuel.

La carte MESALES combine notamment battance, érodibilité, topographie, occupation du sol, pluie et cultures dominantes. Le GIS Sol précise que son niveau de précision ne convient pas à l’échelle d’un versant ; la commune est l’unité minimale recommandée pour l’interpréter. Avant de décider d’un aménagement, il faut donc confronter la carte à la topographie et aux observations réalisées sur place.

À l’échelle européenne, le JRC estime avec RUSLE2015 une perte moyenne de 2,46 tonnes par hectare et par an sur les surfaces sujettes à l’érosion, pour un total d’environ 970 millions de tonnes par an. Ce sont des résultats modélisés pour une période de référence autour de 2010, pas une mesure de votre exploitation. Ils ne décrivent pas toutes les formes d’érosion ni le devenir de chaque particule transportée.

Trois repères et leur bonne échelle de lecture
RepèrePérimètre et dateCe qu’il permet de direLimite
Près de 18 % d’aléa moyen à très fortFrance métropolitaine, rapport GIS Sol 2011Situer une exposition territorialeNe mesure pas la perte d’une parcelle
Carte MESALESDonnées d’occupation du sol de 2000Comparer les zones à une échelle largeInterprétation locale minimale : commune
2,46 t/ha/an et 970 Mt/anUnion européenne, RUSLE2015, référence 2010Donner un ordre de grandeur modéliséNon transposable tel quel au champ

04 · Causes

Repérer ce qui amplifie le ruissellement

Une parcelle exposée ne s’érode pas à chaque pluie. L’événement dépend de la rencontre entre intensité de pluie, infiltration possible, sensibilité de la surface et continuité du trajet de l’eau.

Les sols nus ou peu couverts au moment des pluies sont plus exposés à l’impact direct des gouttes. Une préparation très fine, une croûte de battance ou des passages d’engins sur sol humide peuvent réduire l’infiltration. La pente compte, mais la longueur du trajet et la convergence des écoulements comptent aussi : de faibles pentes peuvent concentrer un débit important si de grandes surfaces alimentent le même point.

À l’inverse, un sol couvert ne supprime pas automatiquement tout risque. L’eau peut contourner un couvert discontinu, suivre un chemin compacté ou franchir une bordure mal placée. Les aménagements doivent être pensés à la fois à l’échelle de la parcelle et de son bassin versant, notamment lorsque des sédiments atteignent une route ou un cours d’eau.

05 · Action

Choisir les premiers leviers de prévention

Commencez par réduire le temps pendant lequel le sol reste nu. Un couvert vivant, des résidus répartis ou une bande enherbée peuvent intercepter les gouttes et ralentir l’eau, sous réserve de rester adaptés à la culture et au contexte hydrique.

Si l’eau démarre sur une surface battante, travaillez d’abord la protection de cette surface et l’état structural. Si elle se concentre dans un passage d’engins, revoyez l’itinéraire de circulation et la continuité de ce passage. Si le flux arrive déjà d’amont, un traitement isolé de la parcelle peut être insuffisant : cherchez des solutions coordonnées sur le trajet complet du ruissellement.

INRAE décrit notamment la couverture du sol, les bandes enherbées et les fascines parmi les moyens de limiter l’érosion ou d’intercepter les écoulements. Chaque option a des contraintes d’entretien, de place et de compatibilité avec les opérations agricoles. Un ouvrage en aval ne remplace pas la réduction du départ de terre en amont ; inversement, une pratique culturale ne suffit pas toujours à protéger un enjeu directement exposé.

06 · Suivi

Mesurer les effets et connaître les limites

Une intervention utile se juge après plusieurs épisodes comparables, pas uniquement le lendemain de sa mise en place. Les pluies, les cultures et l’humidité initiale du sol varient d’une année à l’autre.

Reprenez les photos depuis les mêmes points, notez l’entretien du couvert ou de l’aménagement et observez si les dépôts diminuent sans simplement se déplacer. Une rigole disparue au milieu de la parcelle peut réapparaître sur une fourrière ; une bande enherbée peut retenir de la terre mais nécessiter une remise en état après un épisode violent. Le suivi doit conserver ces observations, même quand le résultat est décevant.

Les cartes nationales et les modèles européens servent à cadrer une discussion et à comparer des territoires. Pour une décision coûteuse ou un zonage local, faites appel à des données topographiques et pédologiques adaptées et à un diagnostic de terrain. Le GIS Sol déconseille explicitement de lire sa carte MESALES à l’échelle d’un versant. Une recommandation parcellaire ne doit pas masquer cette limite.

07 · Autres processus

Ne pas oublier le vent, le travail du sol et la récolte

L’absence de rigoles ne signifie pas que la parcelle ne perd pas de terre. Le Centre européen de données sur les sols distingue aussi l’érosion éolienne, le déplacement par le travail du sol et l’export de terre lors de la récolte de plantes à racines ou tubercules.

Le vent peut emporter des particules sur des sols secs, fins et peu couverts. Recherchez les dépôts sous le vent, l’accumulation contre une haie ou une clôture et les zones où la surface semble décapée. La couverture végétale et la rugosité du paysage peuvent limiter ce transport, mais le diagnostic dépend de l’exposition du site et des périodes de sol nu. Les cartes européennes modélisent une exposition régionale ; elles ne remplacent pas les observations après un épisode venteux.

Le travail du sol peut déplacer progressivement de la terre vers le bas d’une pente, même sans pluie marquante. La récolte de betteraves, pommes de terre et autres cultures racines peut aussi emporter de la terre adhérant aux produits. Examinez la pente, les passages répétés, l’état d’humidité à la récolte et la quantité de terre exportée ou déplacée. Les mesures utiles ne sont alors pas exactement celles d’une coulée de boue : il faut agir sur l’opération qui transporte la terre et suivre ce déplacement dans le temps.

Ces processus peuvent se cumuler sur une même parcelle. Le modèle européen multirisque de l’ESDAC les étudie conjointement, avec des données de 2010 à 2020. Il aide à ne pas réduire l’érosion à la seule eau, sans fournir une prescription prête à l’emploi pour une exploitation française.

Questions fréquentes

Pour aller à l’essentiel

Une carte d’aléa peut-elle diagnostiquer ma parcelle?

Non. La carte MESALES du GIS Sol est un repère territorial construit à partir de données larges. Le GIS Sol recommande de ne pas l’interpréter sous l’échelle de la commune. Pour une parcelle, combinez observations après pluie, relief, état de surface et trajet de l’eau.

Quelle est la première mesure à examiner après une coulée de boue?

Repérez d’abord où la terre s’est détachée et comment l’eau a rejoint l’aval. La couverture du sol, l’amélioration de l’infiltration, la coupure d’un chemin d’écoulement ou une bande enherbée n’agissent pas au même endroit. Le choix dépend du diagnostic de terrain et des enjeux à protéger.

Les chiffres européens s’appliquent-ils à ma parcelle?

Non. Les 2,46 t/ha/an et les 970 Mt/an sont des résultats modélisés pour une période de référence autour de 2010. Ils ne mesurent pas l’exploitation.

Traçabilité

Sources utilisées

Les principales références utilisées pour vérifier les repères de cette page.