01 · Référence
Définition agronomique et place dans les systèmes fourragers
La chicorée fourragère est une forme de Cichorium intybus sélectionnée et conduite pour produire des feuilles et des pétioles consommés par les herbivores. Elle se distingue des chicorées industrielles à racine, des endives et des chicorées potagères par l’objectif de sélection et par le mode d’exploitation. Le GEVES rappelle que C. intybus rassemble plusieurs usages, dont la chicorée fourragère ; il ne faut donc…
Dans les élevages français, elle occupe surtout trois niches : la prairie multi-espèces destinée au pâturage, où elle apporte une architecture racinaire et une saisonnalité complémentaires ; la culture spéciale riche en feuilles, gérée en passages rapprochés ; et, plus récemment, la dérobée estivale entre deux prairies, testée en Bretagne. Son intérêt est maximal quand le système cherche une ressource verte en été et accepte une conduite plus fine qu’une prairie de graminées classique.
02 · Référence
Histoire, sélection et évolution des usages
Cichorium intybus est une espèce européenne et ouest-asiatique anciennement utilisée comme plante alimentaire, médicinale et fourragère. L’usage fourrager moderne a été fortement renouvelé par la sélection néo-zélandaise : le cultivar Grasslands Puna a été diffusé dans les années 1980, puis…
En France, la chicorée est redevenue visible avec les prairies multi-espèces, les systèmes biologiques et la recherche d’espèces de pâturage plus tolérantes aux sécheresses estivales. Les essais français restent beaucoup moins nombreux que pour le ray-grass, la fétuque, le dactyle ou la luzerne ; cette asymétrie de connaissance doit être conservée dans l’interprétation.
03 · Référence
Botanique, morphologie et critères d’identification
La plante forme d’abord une rosette de feuilles oblongues à lancéolées, plus ou moins dentées, portée par un collet situé près de la surface. La racine principale s’épaissit rapidement et peut explorer des horizons profonds lorsque le sol est fissurable…
La structure du couvert est très différente d’une graminée. Dans l’essai INRA de Saint-Gilles, des prairies comportant en moyenne 29 % de chicorée dans la matière sèche avaient une densité mesurée à l’herbomètre inférieure de 43 kg MS/ha/cm aux prairies sans chicorée. Un herbomètre calibré sur une prairie de graminées peut donc biaiser l’estimation de biomasse ; il faut utiliser une équation locale ou croiser hauteur, densité botanique et coupes de contrôle.
04 · Référence
Cycle, vernalisation, montaison et nombre de cycles
La première année issue d’un semis de printemps est dominée par la production foliaire. Après exposition hivernale au froid, le potentiel de montaison est beaucoup plus marqué : la deuxième saison exige des retours de pâturage ou des coupes plus vigilants pour…
Le nombre de cycles n’est pas fixe. En Bretagne, après le premier cycle, les parcelles d’essai ont été exploitées environ tous les 25 jours. Une culture semée tôt peut fournir plusieurs passages estivaux et automnaux ; un semis tardif réduit la fenêtre utile parce que la croissance ralentit fortement à l’automne avec la baisse des températures. La logique de pilotage doit donc être phénologique et climatique, non calendaire.
05 · Référence
Sol, pH, structure et drainage
La chicorée valorise particulièrement les sols sains, assez profonds et structurés, dans lesquels son pivot peut descendre. Les situations hydromorphes, compactées ou durablement engorgées pénalisent l’aération du collet et des racines, favorisent les maladies racinaires et réduisent la persistance. Un profil…
Les références commerciales françaises indiquent une tolérance à des sols légèrement acides, avec un repère pH supérieur à 5,5 pour Chicor ; les références néo-zélandaises visent souvent un optimum voisin de 5,6–6,2. Dans une prairie multi-espèces comprenant légumineuses, la cible pH doit cependant aussi satisfaire trèfles ou luzerne : le compromis du mélange peut conduire à viser plus haut. Le chaulage se raisonne sur analyse de sol et statut acido-basique, pas sur la seule présence de chicorée.
06 · Référence
Eau, climat, sécheresse et limites de la “résistance”
Le pivot profond donne à la chicorée un avantage d’accès à l’eau dans les horizons sous-exploités par de nombreuses graminées superficielles. Cet avantage explique son intérêt comme plante de soudure estivale et comme composante de mélanges plus résilients. Il…
L’essai breton 2021–2025 montre la forte interaction climat × date de semis. En zone intermédiaire ou séchante, la chicorée semée assez tôt a produit des rendements élevés ; dans la zone humide et à été froid de Trévarez, un semis tardif a limité son intérêt. En Irlande, Teagasc continue en 2026 à considérer les herbes à racines profondes, dont chicorée et plantain, comme des composantes de résilience aux périodes sèches dans les prairies multi-espèces.
07 · Référence
Place dans la rotation et précédent cultural
La chicorée peut être insérée comme prairie temporaire, comme herbe d’un mélange de plusieurs années ou comme dérobée estivale. La stratégie de rotation dépend du niveau de persistance recherché et de la facilité à gérer les repousses. Le suivi breton souligne…
Dans une rotation courte de renouvellement de prairie, la date de destruction de l’ancienne prairie est un coût d’opportunité majeur. Semer la chicorée assez tôt peut obliger à détruire une prairie au moment où sa pousse de printemps reste forte. L’intérêt économique ne se juge donc pas uniquement au rendement de la chicorée, mais au bilan de fourrage de l’ensemble de la transition.
08 · Référence
Types variétaux et exemples disponibles en France
Les critères variétaux utiles sont la vigueur d’installation, le port (dressé ou étalé), la largeur de feuille, la tendance à la montaison, la finesse et la proportion de tiges, la croissance estivale, l’activité de saison fraîche, la tolérance aux maladies…
09 · Référence
Préparation du sol, semis et implantation
La graine est petite : la réussite dépend d’un lit de semences fin, ferme et régulier, avec une implantation superficielle et un bon contact graine-sol. Les Chambres d’agriculture de Creuse indiquent environ 1,5 cm ; la fiche française Chicor recommande…
La phase d’installation est plus lente qu’un colza fourrager. Dans les essais bretons, le premier pâturage est intervenu généralement 50–55 jours après semis, avec un minimum de 45 et un maximum de 78 jours. Ce délai augmente le risque de salissement. Une levée homogène, une parcelle propre avant semis et l’absence de tassement sont donc des leviers essentiels.
10 · Référence
Doses de semis et conception des associations
Il n’existe pas une dose unique de chicorée. La dose dépend de la fonction recherchée : espèce mineure dans un mélange permanent, composante forte d’une prairie multi-espèces, association simple avec trèfle, ou culture pure. Les références françaises illustrent cette amplitude…
Dans une prairie complexe, la dose se raisonne avec l’agressivité des autres espèces. Une dose excessive de chicorée peut conduire temporairement à un fourrage très pauvre en fibres ; une dose trop faible peut disparaître rapidement sous la concurrence et le pâturage sélectif. ARVALIS rappelle en 2026 que la conception d’une prairie multi-espèces doit partir du sol, de la pérennité visée, du mode d’exploitation et de la valeur alimentaire attendue, et que la dose totale de mélange ne dépasse généralement pas 30 kg/ha.
| Cultivar / type | Statut documentaire 2026 | Repères à retenir | Prudence |
|---|---|---|---|
| Commander | Commercialisé en France ; utilisé dans 24 parcelles d’essais bretons | Port dressé ; essais Bretagne à 3 kg/ha avec trèfle d’Alexandrie ; dose commerciale en association 2–5 kg/ha | Comparer disponibilité, lot de semences et usage exact avant achat. |
| Chicor | Commercialisé en France ; 5 parcelles pures dans essais Bretagne | LG annonce 3–4 ans de pérennité, port dressé, 1,2–1,5 kg/ha comme espèce accompagnatrice | Données commerciales ≠ résultats indépendants ; la dose dépend du mélange. |
| Puna II | Cultivar néo-zélandais diffusé internationalement et disponible chez certains semenciers français | Sélectionné pour persistance et pâturage ; utilisé dans programme INRAE APACHE chez le cheval | Les performances de Nouvelle-Zélande ne sont pas directement transposables. |
| Choice | Référence fréquente dans essais DairyNZ | Forte activité de croissance ; références de conduite très abondantes | Pas nécessairement le cultivar disponible ou optimal en France. |
| Autres types | Marché évolutif | Évaluer feuillaison, montaison, maladies, persistance et compatibilité mélange | Toujours distinguer inscription/catalogue, commercialisation et simple présence dans essais étrangers. |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Que faut-il retenir sur définition agronomique et place dans les systèmes fourragers ?
La chicorée fourragère est une forme de Cichorium intybus sélectionnée et conduite pour produire des feuilles et des pétioles consommés par les herbivores. Elle se distingue des chicorées industrielles à racine, des endives et des chicorées potagères par l’objectif de sélection et par le mode d’exploitation. Le GEVES rappelle que C. intybus rassemble plusieurs usages, dont la chicorée fourragère ; il… [S02][S03]
Que faut-il retenir sur histoire, sélection et évolution des usages ?
Cichorium intybus est une espèce européenne et ouest-asiatique anciennement utilisée comme plante alimentaire, médicinale et fourragère. L’usage fourrager moderne a été fortement renouvelé par la sélection néo-zélandaise : le cultivar Grasslands Puna a été diffusé dans les années 1980, puis des cultivars comme Puna II et Choice ont été sélectionnés sur la persistance, l’activité saisonnière, la morphologie et certains… [S02][S03]
Que faut-il retenir sur botanique, morphologie et critères d’identification ?
La plante forme d’abord une rosette de feuilles oblongues à lancéolées, plus ou moins dentées, portée par un collet situé près de la surface. La racine principale s’épaissit rapidement et peut explorer des horizons profonds lorsque le sol est fissurable, drainé et sans obstacle mécanique. Après vernalisation, la plante tend à émettre des tiges florales dressées, ramifiées, portant des capitules… [S02][S03]
Que faut-il retenir sur cycle, vernalisation, montaison et nombre de cycles ?
La première année issue d’un semis de printemps est dominée par la production foliaire. Après exposition hivernale au froid, le potentiel de montaison est beaucoup plus marqué : la deuxième saison exige des retours de pâturage ou des coupes plus vigilants pour éviter l’accumulation de tiges. DairyNZ décrit cette phase comme un point central de la conduite de deuxième année ; les… [S25]
Que faut-il retenir sur sol, ph, structure et drainage ?
La chicorée valorise particulièrement les sols sains, assez profonds et structurés, dans lesquels son pivot peut descendre. Les situations hydromorphes, compactées ou durablement engorgées pénalisent l’aération du collet et des racines, favorisent les maladies racinaires et réduisent la persistance. Un profil cultural ou un test bêche avant implantation est donc plus utile qu’un simple jugement de texture. Les références commerciales… [S02][S03]
Que faut-il retenir sur eau, climat, sécheresse et limites de la “résistance” ?
Le pivot profond donne à la chicorée un avantage d’accès à l’eau dans les horizons sous-exploités par de nombreuses graminées superficielles. Cet avantage explique son intérêt comme plante de soudure estivale et comme composante de mélanges plus résilients. Il ne signifie pas indépendance à l’eau : la levée et l’enracinement initial restent vulnérables au dessèchement, et une sécheresse… [S02][S03]





