01 · Référence
Périmètre, définitions et méthode de raisonnement
La pomme de terre cumule plusieurs vulnérabilités: un feuillage riche et attractif, un cycle long, un organe récolté dans le sol et un mode de multiplication végétative qui donne au plant un rôle central dans la diffusion des bioagresseurs. La gravité d’un ravageur ne se mesure donc pas seulement en kilogrammes de rendement perdus. Un faible niveau d’attaque peut entraîner un déclassement visuel, un défaut technologique, une non-conformité sanitaire ou une transmission virale compromettant la multiplication du plant.
Dans ce dossier, les ravageurs sont classés selon cinq fonctions de dommage: défoliation, prélèvement de sève, destruction de tiges ou racines, perforation/galerie des tubercules et transmission d’agents pathogènes. Les organismes réglementés sont traités séparément car la conduite à tenir dépend de la réglementation phytosanitaire et peut imposer analyses, confinement, traçabilité ou mesures officielles.
02 · Référence
Hiérarchiser les ravageurs : matrice de priorité France
Le statut « courant » ou « restreint » ne remplace pas les données locales. Pour les organismes réglementés, se référer à la SORE 2026 et aux services officiels.
03 · Référence
Adapter la surveillance à la campagne
La campagne 2026 fournit un exemple utile de dynamique saisonnière. Le réseau BSV n’est pas une prévision universelle: il décrit des observations régionales ponctuelles. Son intérêt est de montrer comment les ravageurs apparaissent successivement et pourquoi le pilotage doit rester daté et local.
BSV Pommes de terre Hauts-de-France 2026; série consultée jusqu’au 21 août 2026.
04 · Référence
Doryphore — Leptinotarsa decemlineata
Le doryphore est le ravageur défoliateur emblématique de la pomme de terre. L’adulte mesure environ 10 à 12 mm, avec dix bandes longitudinales noires sur les élytres. Les œufs jaune-orangé sont pondus en amas sous les feuilles; les larves rouge-orangé portent des ponctuations noires latérales. Les adultes hivernent dans le sol puis regagnent les Solanacées au printemps.
La température accélère fortement son cycle. Les BSV décrivent une émergence des adultes lorsque le sol se réchauffe, puis une succession œufs → quatre stades larvaires → nymphose dans le sol → nouvelle génération. Selon le climat, une à plusieurs générations peuvent se succéder; en 2026, une deuxième génération a clairement été suivie dans les Hauts-de-France en juillet-août.
Le seuil indicatif couramment utilisé est de deux foyers pour 1 000 m² en bordure. Certains documents définissent un foyer comme 1 à 2 plantes portant au moins 20 larves, d’autres comme 2 à 3 plantes; ces différences de protocole sont une raison supplémentaire de reprendre le BSV de la région et de l’année. Le seuil n’est pas une constante biologique universelle: il traduit un compromis technique construit pour un réseau d’observation.
Le doryphore est un modèle mondial d’évolution rapide de la résistance: les revues scientifiques décrivent une résistance à plus de 50 insecticides ou molécules/modes d’action selon les bases considérées. Les mécanismes sont multiples et peuvent être poly-géniques. La conséquence opérationnelle est claire: réduire les traitements inutiles, cibler les stades les plus sensibles et alterner réellement les modes d’action lorsqu’une intervention est nécessaire.
Rotation pluriannuelle et éloignement des parcelles de pomme de terre lorsque la structure foncière le permet.
05 · Référence
Pucerons : nuisibilité directe et risque virus
Les pucerons colonisant la pomme de terre comprennent notamment Myzus persicae, Macrosiphum euphorbiae, Aphis nasturtii et Aulacorthum solani. Certains développent des colonies sur la culture; d’autres sont des visiteurs ailés. Le danger dépend de l’objectif de production: en consommation, la nuisibilité directe domine lorsque les colonies deviennent fortes; en plants, le risque de transmission virale peut être critique même à faibles densités.
ARVALIS rappelait le 21 mai 2026 deux méthodes: un comptage complet conduisant à un seuil d’environ 5 à 10 pucerons par feuille, ou une méthode simplifiée sur 40 folioles où 50 % de folioles porteuses constitue le seuil. Ces valeurs sont des repères pour la consommation et doivent être contextualisées par le BSV régional, la variété, la vigueur et la présence d’auxiliaires.
En production de plants, la logique de décision est beaucoup plus stricte. Le plant certifié est produit dans un schéma sanitaire où des taux de virus faibles conditionnent la certification. Les pucerons peuvent transmettre des virus même en faible effectif; SEMAE souligne en 2026 l’importance des déclassements ou refus liés à la pression virale.
| Méthode | Repère indiqué |
|---|---|
| Comptage complet | Seuil d’environ 5 à 10 pucerons par feuille |
| Méthode simplifiée sur 40 folioles | 50 % de folioles porteuses constituent le seuil |
06 · Référence
Taupins — Agriotes spp. : le risque qualité souterrain
Les taupins sont les larves de coléoptères Elateridae. Les adultes, appelés « click beetles », sont peu ou pas nuisibles à la pomme de terre; ce sont les larves cylindriques, jaunes à orangées, à cuticule dure, qui perforent les tubercules. Les piqûres et galeries peuvent rendre les lots non conformes au frais ou à l’industrie même lorsque le rendement pondéral reste correct.
La présence antérieure de prairie, jachère ou couvert végétal dense constitue l’un des facteurs les plus robustes: les adultes pondent volontiers dans les sols couverts et humides, tandis que les larves peuvent survivre plusieurs années. Les sols humides maintiennent les larves dans les horizons superficiels proches des tubercules; en conditions sèches, elles peuvent descendre plus profondément.
Aucun indicateur unique n’est parfait. Les pièges à phéromones suivent les adultes de certaines espèces; les appâts (pomme de terre, céréales germées) ou tris de sol recherchent les larves; l’historique parcellaire reste souvent le meilleur filtre initial. En 2026, le BSV Hauts-de-France illustrait ce découplage: beaucoup d’adultes A. sputator capturés début mai mais peu de larves détectées.
07 · Référence
Nématodes à kyste et rotation
Les nématodes à kyste se développent dans le sol et peuvent provoquer des foyers de croissance réduite. L’analyse de terre et l’identification de l’espèce précèdent le choix de la rotation et de la variété. Noter les foyers et éviter de transporter de la terre contaminée vers d’autres parcelles.
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quel est le seuil indicatif du doryphore?
Le seuil indicatif couramment utilisé est de deux foyers pour 1 000 m² en bordure. Il dépend du protocole de comptage et doit être recalé sur le bulletin de santé du végétal (BSV) régional.
Pourquoi les pucerons ne se gèrent-ils pas de la même façon pour les plants?
En production de plants, la logique de décision est plus stricte. Les pucerons peuvent transmettre des virus même en faible effectif, et la certification suppose des taux de virus faibles.
Pourquoi les taupins comptent-ils pour la qualité?
Leurs larves perforent les tubercules. Les piqûres et galeries peuvent rendre un lot non conforme au frais ou à l’industrie, même lorsque le rendement pondéral reste correct.





