01 · Référence
Périmètre, vocabulaire et logique de diagnostic
La pomme de terre est exposée à un ensemble exceptionnellement large de maladies parce que son cycle associe un organe de multiplication végétative (le tubercule), une phase de végétation dense au champ, un appareil souterrain fragile et une période de stockage parfois longue. Le même agent pathogène peut être transporté par le plant, survivre dans le sol, contaminer le feuillage, atteindre les tubercules puis poursuivre son développement en stockage.
Dans ce dossier, « maladie » désigne une altération provoquée par un agent infectieux ou assimilé: oomycète, champignon, bactérie, virus, viroïde, phytoplasme ou organisme tellurique pathogène. Les nématodes réglementés sont évoqués lorsqu’ils conditionnent le diagnostic sanitaire de la culture, mais leur biologie et leur lutte relèvent également des pages ravageurs/organismes réglementés. Les désordres physiologiques (cœur creux, brunissement interne, verdissement, dégâts de froid, phytotoxicités, carences) sont des diagnostics différentiels essentiels mais ne doivent pas être confondus avec une maladie infectieuse.
| Maladie | Agent pathogène | Signe ou symptôme décrit |
|---|---|---|
| Mildiou | Phytophthora infestans (oomycète) | Sporanges produits sur les tissus infectés lorsque humidité et température sont favorables |
| Alternariose | Alternaria solani, A. alternata | Lésions brunes, sèches, souvent anguleuses ou circulaires, en anneaux concentriques, débutant sur feuilles âgées |
| Rhizoctone brun | Rhizoctonia solani | Sclérotes noirs collés à la peau des tubercules de plant, manques à la levée, chancres brunâtres sur tiges et stolons |
02 · Référence
Mildiou — Phytophthora infestans
Le mildiou est la maladie structurante du système de protection de la pomme de terre en Europe du Nord-Ouest. Phytophthora infestans est un oomycète capable de produire rapidement des sporanges sur les tissus infectés lorsque l’humidité et la température sont favorables. Les cycles secondaires rapprochés expliquent la brutalité des épidémies: une parcelle apparemment saine peut basculer en quelques jours si l’inoculum, le microclimat et la sensibilité variétale convergent.
Les premiers foyers peuvent provenir de tubercules infectés plantés, de repousses dans les cultures suivantes, de tas de déchets et écarts de triage non gérés, de jardins ou de parcelles voisines. Une fois les lésions sporulantes présentes, la dissémination aérienne augmente fortement. Les tubercules peuvent être contaminés lorsque les spores atteignent le sol et sont entraînées vers les buttes; le risque augmente lorsque le feuillage infecté persiste au-dessus de tubercules encore exposés ou lorsque la protection de fin de cycle est insuffisante.
Le pilotage moderne ne repose pas sur un calendrier fixe. Il combine la présence potentielle d’inoculum, la croissance du feuillage, la sensibilité variétale, la pluviométrie/irrigation, la durée d’humectation, la température et des modèles de risque. Le BSV Hauts-de-France du 21 août 2026 illustre cette logique: la situation observée restait saine, mais la réserve de spores potentielle augmentait et plusieurs postes atteignaient le seuil indicatif de risque. Autrement dit, attendre de « voir du mildiou » peut être trop tard pour une stratégie préventive.
La résistance variétale réduit le risque mais ne doit pas être considérée comme immuable. Les travaux scientifiques montrent que le niveau et le type de résistance peuvent varier entre années et populations de P. infestans. L’intégration de variétés moins sensibles peut retarder l’épidémie, diminuer le nombre d’interventions et sécuriser les systèmes à faible intrant, mais elle doit être couplée à la prophylaxie et à la surveillance des populations pathogènes.
03 · Référence
Alternariose — Alternaria solani et A. alternata
L’alternariose est souvent décrite comme une maladie de fin de cycle, mais cette simplification doit être nuancée. Alternaria solani peut provoquer des lésions foliaires et une défoliation précoce lorsqu’une culture est affaiblie ou exposée à un environnement favorable. A. alternata est fréquemment isolé sur tissus sénescents et peut être moins agressif. Dans les réseaux BSV, les symptômes ne sont pas toujours confirmés au laboratoire, ce qui justifie de parler de « suspicion d’alternariose » lorsque l’identification de l’espèce manque.
Les lésions classiques sont brunes, sèches, souvent anguleuses ou circulaires, avec des anneaux concentriques donnant un aspect de cible. Elles débutent en général sur feuilles âgées. Le contexte est déterminant: stress hydrique, carence ou déséquilibre nutritif, sénescence, chaleur et antécédent de maladie peuvent augmenter l’expression. À l’inverse, une culture jeune et vigoureuse présentant des taches après une période très humide doit faire rechercher d’autres causes.
04 · Référence
Rhizoctone brun — Rhizoctonia solani
Le rhizoctone brun est une maladie à la fois de levée, de tiges/stolons et de qualité des tubercules. Les sclérotes noirs collés à la peau des tubercules de plant sont une source importante d’inoculum, mais le sol peut également être contaminé. Lorsque la levée est lente, le champignon peut détruire ou étrangler les germes avant émergence, ce qui crée des manques et des plantes à tiges multiples. Plus tard, des chancres brunâtres sur tiges et stolons perturbent la circulation de sève et la distribution des tubercules.
05 · Référence
Maladies bactériennes et pourritures
Jambe noire et pourritures molles provoquent des symptômes sur tiges ou tubercules qui peuvent ressembler à d’autres accidents. Examiner la répartition des foyers, l’odeur, la consistance des tissus et l’historique du plant. Éviter de conclure sur photographie seule : faire confirmer le diagnostic lorsque la décision sanitaire est importante.
06 · Référence
Désordres physiologiques à distinguer des maladies
Cœur creux, brunissement interne, verdissement, dégâts de froid, phytotoxicités et carences sont des diagnostics différentiels essentiels. Ils ne doivent pas être confondus avec une maladie infectieuse.
Le diagnostic doit comparer les lésions, leur répartition et l’historique de la parcelle avant de conclure à une maladie infectieuse.
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quel agent provoque le mildiou de la pomme de terre?
Le mildiou est causé par Phytophthora infestans, un oomycète. Il produit rapidement des sporanges sur les tissus infectés lorsque l’humidité et la température sont favorables.
Pourquoi l’alternariose est-elle parfois mal interprétée?
Elle est souvent décrite comme une maladie de fin de cycle, mais cette simplification doit être nuancée. Alternaria solani peut provoquer une défoliation précoce, et les symptômes ne sont pas toujours confirmés au laboratoire.
Comment reconnaître le rhizoctone brun?
Des sclérotes noirs collés à la peau des tubercules de plant sont une source importante d’inoculum. Lorsque la levée est lente, le champignon peut détruire les germes et créer des manques, tandis que des chancres brunâtres apparaissent sur tiges et stolons.





