01 · Référence
À retenir
Observer le stade du colza, l’organe atteint et la répartition des symptômes avant de nommer une maladie. Rotation, variété et bulletins régionaux orientent ensuite la décision.
02 · Référence
Définition et place des maladies dans l’itinéraire technique
Le terme « maladies du colza » regroupe des bioagresseurs de natures différentes : champignons ascomycètes (phoma, sclérotinia, cylindrosporiose, mycosphaerella, oïdium, alternaria), protiste tellurique (hernie des crucifères), virus (TuYV, TuMV, CaMV), phytoplasmes et quelques agents secondaires. Leur importance ne se juge pas seulement à la fréquence des symptômes : certaines maladies très visibles sont peu nuisibles sur feuilles, alors que d’autres deviennent dommageables lorsqu’elles atteignent le collet, la tige ou les siliques.
La fenêtre de décision s’étend de l’avant-semis à la récolte. La rotation, le pH et l’hygiène du matériel se raisonnent sur plusieurs années ; le choix variétal se fait avant semis ; phoma et viroses se surveillent dès l’automne ; cylindrosporiose et mycosphaerella peuvent s’installer en hiver ; sclérotinia se raisonne à la floraison ; oïdium, alternaria et certaines maladies des siliques deviennent surtout des enjeux de fin de cycle. Cette chronologie explique pourquoi une stratégie « un fongicide = toutes les maladies » est techniquement fragile.
Objectif agronomique : préserver peuplement, système vasculaire, surface photosynthétique, nombre de siliques et PMG.
Objectif sanitaire : réduire le stock d’inoculum et la sélection de populations virulentes ou résistantes aux fongicides.
Objectif économique : intervenir uniquement lorsque la probabilité de gain couvre le coût du produit, du passage et les pertes liées au passage.
03 · Référence
Principales maladies à distinguer
Phoma, sclérotinia, cylindrosporiose, mycosphaerella et hernie des crucifères n’atteignent pas les mêmes organes ni les mêmes stades. La localisation des lésions et les conditions de la parcelle aident à hiérarchiser les risques.
| Maladie | Organe ou moment clé |
|---|---|
| Phoma | Nécrose au collet, souvent visible à la sortie d’hiver et au printemps |
| Sclérotinia | Se raisonne à la floraison |
| Cylindrosporiose et mycosphaerella | Peuvent s’installer en hiver |
| Oïdium et alternaria | Enjeux surtout de fin de cycle |
| Hernie des crucifères | Foyers liés aux zones humides, entrées de parcelle ou déplacements de terre |
04 · Référence
Calendrier de surveillance de la levée à la récolte
À l’automne, surveiller notamment les feuilles et le collet ; à la reprise, examiner le feuillage et les tiges ; pendant la floraison, évaluer le risque de sclérotinia ; en fin de cycle, regarder les siliques. Le calendrier s’ajuste aux observations régionales.
05 · Référence
Méthode de diagnostic terrain et diagnostic différentiel
Le diagnostic doit commencer par la répartition spatiale. Une maladie aérienne disséminée par spores peut produire un gradient ou une distribution diffuse ; une maladie tellurique comme la hernie apparaît souvent en foyers liés aux zones humides, entrées de parcelle ou déplacements de terre ; un stress hydrique ou une carence épouse davantage les hétérogénéités de sol. La répartition n’est pas une preuve, mais elle oriente fortement la suite des observations.
Observer au moins 5 zones représentatives, en évitant de conclure à partir d’un seul pied spectaculaire.
Identifier précisément l’organe atteint : feuille, pétiole, collet, racine, tige, bouton, fleur ou silique.
Rechercher les signes du pathogène : pycnides, acervules, mycélium, sclérotes, fructifications concentriques.
Couper tiges et collets : la nécrose interne, les microsclérotes ou la pourriture blanche apportent des indices essentiels.
06 · Référence
Phoma : agent, cycle et épidémiologie
Le phoma (blackleg / stem canker) est principalement causé par Leptosphaeria maculans, aussi désigné dans certaines classifications par Plenodomus lingam. L’agent alterne phases saprophyte sur résidus, biotrophe/endophyte dans la plante puis nécrotrophe. Les résidus de colza contaminés constituent l’inoculum primaire et peuvent rester actifs au moins 3 à 4 ans. En fin d’été et à l’automne, les pseudothèces produisent des ascospores disséminées par le vent après humidification des résidus.
Les ascospores infectent cotylédons et feuilles ; des macules apparaissent, puis le mycélium progresse sans symptôme visible dans le pétiole et la tige vers le collet. La nécrose au collet s’exprime plus tard, souvent à la sortie d’hiver et au printemps. La synchronisation entre contamination automnale et progression vers le collet explique l’intérêt d’un colza robuste mais non excessivement élongué.
Dispersion primaire : ascospores par le vent ; secondaire possible par pycnidiospores et éclaboussures.
Période clé : automne, dès le stade cotylédonaire.
Dommage économique : nécrose au collet, défaut d’alimentation hydrique, dessèchement et casse.
07 · Référence
Phoma : reconnaître les symptômes et évaluer la nuisibilité
Sur feuille, la macule typique est arrondie, gris cendré, souvent de 5 à 15 mm, avec de nombreuses pycnides noires régulières et peu ou pas de halo jaune. La pseudocercosporellose peut lui ressembler mais ne présente pas ces pycnides au début. Leptosphaeria biglobosa peut produire des lésions plus concentriques, au centre parfois déchiré, avec halo jaune plus marqué et pycnides moins évidentes.
Au collet, une nécrose gris-noir s’étend dans les tissus. En cas d’attaque forte, elle peut ceinturer le collet, fragiliser la plante et provoquer dessèchement ou rupture. Terres Inovia rappelle que les symptômes foliaires n’entraînent pas directement la perte de rendement ; ce sont les lésions au collet qui sont déterminantes. Dans des situations sévères sur matériel sensible, des pertes supérieures à 50 % ont été rapportées historiquement.
08 · Référence
Phoma : résistance variétale et gestion intégrée
Le choix variétal est le levier central. Terres Inovia recommande de privilégier les variétés TPS (très peu sensibles). Deux mécanismes peuvent se combiner : une résistance quantitative, polygénique, qui réduit la progression et les nécroses de manière plus durable ; et des résistances spécifiques Rlm/LepR, très efficaces lorsque le pathogène porte le gène d’avirulence correspondant, mais susceptibles d’être contournées sous pression de sélection.
En France, l’efficacité de Rlm3 et Rlm7 a fortement diminué avec l’évolution des populations. Des gènes plus récents comme RlmS ou LepR1 peuvent conserver de l’efficacité, mais leur durabilité suppose une gestion raisonnée et un suivi régional. Une variété portant un gène contourné peut néanmoins rester TPS grâce à son fond de résistance quantitative.
Éviter les variétés PS/S en contexte de risque.
Limiter l’élongation automnale : densité raisonnable, pas d’excès d’azote disponible à l’automne, implantation régulière.
Gérer les résidus et éviter une concentration excessive de colza dans le voisinage/rotation.
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Comment diagnostiquer une maladie du colza?
Observer au moins 5 zones représentatives, identifier précisément l’organe atteint et rechercher les signes du pathogène. Couper tiges et collets apporte aussi des indices essentiels.
Les symptômes foliaires du phoma font-ils perdre du rendement?
Pas directement. Terres Inovia rappelle que ce sont les lésions au collet qui sont déterminantes, les symptômes foliaires n’entraînant pas directement de perte de rendement.
Quel est le principal levier contre le phoma?
Le choix variétal. Terres Inovia recommande de privilégier les variétés TPS (très peu sensibles) et d’éviter les variétés PS/S en contexte de risque.





