01 · Identité
Une légumineuse annuelle de printemps
Le trèfle incarnat, Trifolium incarnatum L. — aussi appelé trèfle du Roussillon ou trèfle farouche — est une Fabaceae annuelle de courte durée, classée par Herbe-book comme espèce de 12 mois.
Son intérêt tient à une implantation rapide, une bonne tenue au froid dans de nombreuses situations françaises, une forte production de printemps et la fixation symbiotique d’azote : il exprime son potentiel au printemps après un semis d’été ou d’automne.
Trois rôles se combinent : fourrage dérobé récolté en une à deux coupes, couvert de service entre deux cultures de rente, engrais vert restituant l’azote fixé. L’inflorescence cramoisi, très mellifère, ajoute un service aux pollinisateurs au printemps, quand peu de cultures de rente sont en fleur.
02 · Implantation
Semer à la fin de l’été, pas au printemps
La conduite française repose sur un semis de fin d’été ou d’automne : l’AFPF recommande 18 à 20 kg/ha en pur et 10 à 15 kg/ha en association ; Herbe-book retient 20 kg/ha en pur, avec un PMG indicatif de 3,5 g et un objectif de 550 à 600 graines/m².
La profondeur reste faible — 1,5 à 2 cm — et le contact terre-graine décisif, comme pour toute petite graine de légumineuse. Une expérimentation multilocale AFPF/ARVALIS 2021-2022 a employé 20 kg/ha en pur et 10 kg/ha en association : les écarts entre références rappellent de conserver le contexte de chaque source.
Le trèfle incarnat s’insère aussi en couvert semé à la volée avant moisson ou sous maïs : l’eau d’implantation conditionne la levée, et la gestion des pailles doit laisser passer la lumière jusqu’à la graine.
03 · Association
Le partenaire classique du ray-grass d’Italie
L’association la plus documentée est le mélange trèfle incarnat–ray-grass d’Italie : la graminée équilibre la ration carbonée, améliore la fermentation et sécurise la biomasse, le trèfle apporte azote et valeur alimentaire.
En dérobées avant maïs, les références des Chambres citent des associations RGI–trèfle incarnat conduites sans azote dans certaines modalités expérimentales : la légumineuse y joue le double rôle de fourrage et de précédent azoté.
Dans le screening multilocal publié aux Journées AFPF 2023, le trèfle incarnat figurait parmi les légumineuses annuelles les plus prometteuses pour une récolte dérobée précoce, les trèfles se situant autour de 3 t MS/ha à la première coupe des essais 2022 avec 150 à 180 g MAT/kg MS selon espèces et contexte.
04 · Récolte
Une première coupe qui fait l’essentiel
La première coupe concentre l’essentiel du potentiel : l’AFPF cite 4 à 6 t MS/ha au printemps en culture pure. La repousse n’est possible que si le bourgeon terminal est préservé ; une fois coupé, elle est fortement compromise.
La hauteur et le stade de coupe pilotent donc la suite : faucher tôt et pas trop bas pour garder une repousse, ou faucher à pleine production en acceptant une seule coupe. Le pâturage est possible en fin d’hiver ou au printemps, avec la même vigilance sur le point de croissance.
La fenêtre d’exploitation est courte : le trèfle incarnat monte vite à floraison et ses tiges s’endurcissent. C’est une culture de chantier réactif, pas de réserve longue sur pied.
05 · Valeur alimentaire
Excellente jeune, en déclin rapide
L’AFPF donne pour le fourrage vert de premier cycle au début floraison 140 g MAT/kg MS, 0,74 UFL/kg MS, 0,65 UFV/kg MS, 87 g PDIN et 78 g PDIE/kg MS : une valeur élevée qui diminue avec la maturité.
L’ensilage et l’enrubannage sont les voies de conservation les plus robustes ; le foin est plus délicat à réussir à cause de la forte teneur en eau et de l’endurcissement rapide des tiges après floraison. En mélange avec RGI, la fermentation est facilitée.
Comme pour tout fourrage, l’analyse du lot distribué prévaut sur les repères de table : la valeur réelle dépend du stade de coupe, de la part de trèfle dans le mélange et des conditions de conservation.
06 · Couvert de service
Piéger l’azote, couvrir, restituer
En couvert de service, le trèfle incarnat fixe l’azote atmosphérique pendant l’interculture, couvre le sol et restitue une partie de l’azote à la culture suivante après destruction.
ARVALIS a calculé en juillet 2026 les économies attendues des couverts de légumineuses face au prix élevé de l’azote : la méthode croise coût des semences, mécanisation et équivalent engrais — un calcul de système, pas un gain automatique.
Deux points de vigilance : le trèfle incarnat est hôte d’Aphanomyces, ce qui le déconseille dans les rotations à risque pois ou lentille ; et sa destruction peut être délicate dans certains couverts, à anticiper avec le choix de l’espèce et le calendrier.
07 · Filière semencière
Un porte-graine très aléatoire
La note SEMAE « Récolte 2025 » recense 2 494 ha de trèfle incarnat présentés au contrôle en multiplication, en recul après plusieurs années de croissance : un chiffre de filière semencière, jamais une surface fourragère.
Pour la récolte 2024, seulement 63 % des surfaces présentées ont été effectivement récoltées — parmi les taux les plus faibles des espèces suivies —, avec un rendement moyen de 3,1 q/ha et un prix moyen de production de 122 €/q. La production porte-graine est très sensible aux aléas de campagne.
Trifolium incarnatum figure dans le périmètre du Laboratoire national de référence semences et plants, et ses semences certifiées relèvent du règlement technique des plantes fourragères : la qualité du lot — germination, pureté — conditionne la réussite du semis.
08 · Cadre
Semences, couverts et règles de l’année
Le trèfle incarnat se déclare selon son rôle — fourrage, couvert, mélange — dans la notice TéléPAC de la campagne, et sa destruction de couvert suit les règles de l’année en matière de dates et de techniques.
Toute protection phytosanitaire éventuelle se vérifie dans la base E-Phy de l’ANSES : les usages sur couverts et petites légumineuses sont très limités, et l’essentiel de la conduite repose sur l’agronomie — date de semis, association, destruction.
Sur le plan variétal, l’espèce relève du Catalogue officiel : seules des variétés inscrites peuvent être commercialisées, et le cadre des semences de ferme s’apprécie selon la variété et les textes en vigueur.
Repères documentés
Repères datés du trèfle incarnat
Ces données donnent un point de comparaison daté, à interpréter avec leur année, leur périmètre et leur statut.
| Indicateur | Valeur / situation | Référence | Source / lecture |
|---|---|---|---|
| Semis pur | 18-20 kg/ha · PMG 3,5 g | Guides techniques | AFPF / Herbe-book |
| Association | 10-15 kg/ha | Références AFPF | Avec RGI |
| Première coupe | 4-6 t MS/ha au printemps | Repère technique | AFPF |
| Début floraison | 0,74 UFL · 140 g MAT/kg MS | Repère AFPF | Tables fourragères |
| Semences présentées | 2 494 ha | Récolte 2025 | SEMAE |
| Semences 2024 | 63 % récoltés · 3,1 q/ha | Récolte 2024 | SEMAE |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quand semer le trèfle incarnat ?
En fin d’été ou en automne : l’espèce exprime son potentiel au printemps suivant. Un semis de printemps n’offre pas la même dynamique de production. [S01]
Quelle dose de semis ?
18 à 20 kg/ha en pur selon l’AFPF — Herbe-book retient 20 kg/ha pour 550 à 600 graines/m² — et 10 à 15 kg/ha en association, à 1,5-2 cm de profondeur. [S01][S03]
Quel rendement espérer ?
L’AFPF cite 4 à 6 t MS/ha en première coupe de printemps en culture pure. Dans les essais multilocaux 2022, les trèfles annuels se situaient autour de 3 t MS/ha à la première coupe. [S02][S04]
Pourquoi associer le trèfle incarnat au RGI ?
Le ray-grass d’Italie équilibre la ration carbonée, améliore la fermentation en ensilage et sécurise la biomasse, tandis que le trèfle apporte azote et valeur alimentaire : le couple classique des dérobées. [S11]
Peut-on faire du foin de trèfle incarnat ?
C’est délicat : forte teneur en eau et endurcissement rapide des tiges après floraison. L’ensilage et l’enrubannage sont les voies de conservation les plus robustes, surtout en mélange. [S02]
Le trèfle incarnat est-il un bon couvert de service ?
Oui : fixation d’azote, couverture et restitution à la culture suivante. Vigilances : il est hôte d’Aphanomyces — à éviter dans les rotations pois ou lentille à risque — et sa destruction peut être délicate. [S09][S10]
Pourquoi la production de semences varie-t-elle tant ?
La multiplication porte-graine est très sensible aux aléas : en 2024, seulement 63 % des surfaces présentées ont été récoltées, pour 3,1 q/ha en moyenne. D’où des prix et disponibilités fluctuants. [S05]





