01 · Identité
Le berseem, un trèfle venu du Nil
Le trèfle d’Alexandrie, Trifolium alexandrinum L., est une Fabaceae annuelle à cycle rapide, originaire d’un arc allant de l’Égypte au Pakistan ; la littérature internationale le nomme berseem.
Son centre historique de domestication est la Méditerranée orientale : dans les systèmes irrigués d’Égypte, il est traditionnellement exploité en plusieurs coupes successives en saison fraîche. La FAO décrit ces systèmes multicoupes comme la référence d’usage de l’espèce.
En France, son intérêt tient aux cultures dérobées d’été et d’automne, aux mélanges fourragers de courte durée et, selon le type variétal, aux systèmes multicoupes : implantation rapide, forte production quand chaleur et eau sont disponibles, bonne appétence et valeur protéique élevée avant le bourgeonnement.
02 · Types variétaux
Monocoupes gélive ou multicoupes
Deux comportements variétaux structurent le choix : les types monocoupes, à une seule coupe possible et souvent gélive — qui meurent au gel —, et les types multicoupes, capables de repousses successives.
Les essais CTPS publiés en 2020 illustrent l’écart de potentiel : la variété Frosty, inscrite en 2020, a produit jusqu’à 3,8 t MS/ha en repousse, soit 196 % du témoin Polaris, quand Alex plafonnait à 125 %. Ces indices appartiennent à leurs années d’essai.
Le type gélive monocoupe trouve un usage original comme compagne du colza : semée avec lui, la légumineuse couvre le sol et fixe l’azote en automne puis disparaît au gel, sans gêner la récolte — une stratégie à anticiper dès le semis, documentée par Terres Inovia.
03 · Implantation
Semer tôt, la date fait la biomasse
La dose dépend de l’objectif : Herbe-book indique 25 à 30 kg/ha en culture pure fourragère, soit 800 à 900 graines/m² ; ARVALIS propose 15 kg/ha en couvert d’interculture ; des Chambres citent 18 à 20 kg/ha en pur et 12 à 15 kg/ha en association.
Ces chiffres ne sont pas contradictoires : ils correspondent à des peuplements, usages et contextes différents. Le bon réflexe est de raisonner en graines/m² à partir du PMG du lot — voisin de 3 g — plutôt qu’en kg/ha seuls.
Le scénario classique de dérobée est un semis immédiatement après une récolte précoce : les essais ARVALIS comparant les stratégies montrent que les couverts implantés début juillet ou début août produisent plusieurs tonnes de MS, quand un semis mi-septembre reste souvent sous 1 t MS/ha sur les mêmes plateformes.
| Objectif | Dose | Graines/m² | Source |
|---|---|---|---|
| Fourrage pur | 25-30 kg/ha | 800-900 | Herbe-book |
| Couvert d’interculture | ≈ 15 kg/ha | ≈ 500 | ARVALIS |
| Pur (Chambres) | 18-20 kg/ha | 600-670 | Chambres d’agriculture |
| Association | 12-15 kg/ha | 400-500 | Chambres d’agriculture |
04 · Conduite
Chaleur et eau commandent
Le trèfle d’Alexandrie produit fortement quand chaleur et eau sont disponibles ; à l’inverse, il marque le coup dès que l’alimentation hydrique se tend, surtout sur sols superficiels.
Les références méditerranéennes sur l’alimentation hydrique du berseem confirment la sensibilité du couple rendement-qualité à l’eau : en France, les dérobées d’été en zone sèche non irriguée relèvent du pari climatique, ce qui milite pour des semis très précoces exploitant l’humidité résiduelle.
Correctement nodulé, il fixe l’azote atmosphérique : la fertilisation azotée est inutile sur couvert ou fourrage pur. Phosphore et potassium se raisonnent sur analyse, surtout en conduite multicoupes où les exportations s’accumulent.
05 · Récolte
Le compromis rendement-qualité pilote la date
Dans un essai INRA présenté par l’AFPF, le trèfle d’Alexandrie récolté végétatif à 67 jours a produit 3,6 t MS/ha avec 192 g MAT/kg MS et 1,03 UFL/kg MS ; dix jours plus tard, à floraison, le rendement atteignait 4,4 t MS/ha mais la MAT reculait à 153 g/kg MS.
Ce compromis est central : attendre gagne du volume, récolter jeune gagne de la valeur. En multicoupes, la hauteur de chaume et la fréquence des coupes conditionnent les repousses — les travaux internationaux sur la repousse du berseem le confirment.
Le pâturage est possible et l’appétence bonne ; la météorisation est rapportée comme faible dans les références AFPF sur les dérobées, ce qui distingue favorablement l’espèce d’autres légumineuses jeunes.
06 · Conservation
Un fourrage humide à sécuriser
Le fourrage très jeune est humide et riche en pouvoir tampon : Feedipedia donne une moyenne internationale de 12,5 % de matière sèche pour le fourrage frais — l’ensilage sans préfanage est donc risqué.
L’AFPF rapporte que des mélanges de dérobées riches en légumineuses, dont plusieurs contenant du trèfle d’Alexandrie, étaient difficiles à ensiler sans préfanage ni maîtrise du processus fermentaire : préfaner, hacher et compacter soigneusement, ou mélanger avec une graminée.
Le foin est possible mais les tiges succulentes sèchent lentement : la réussite dépend d’une fenêtre météorologique solide et d’un fanage actif. L’affouragement en vert et l’enrubannage restent les voies les plus sûres pour une dérobée jeune.
07 · Valeur alimentaire
Très protéique au stade jeune
La valeur protéique est le premier atout de l’espèce : 192 g MAT/kg MS au stade végétatif dans l’essai INRA, avec 127 g PDIE et 135 g PDIN/kg MS — de quoi équilibrer des rations de ruminants sans concentré protéique acheté.
Feedipedia synthétise les données internationales : composition du fourrage frais, du foin et des silos, avec des valeurs protéiques élevées pour une légumineuse annuelle et une bonne digestibilité aux stades jeunes.
Comme toujours, l’analyse du lot prévaut : la valeur réelle dépend du stade de coupe, de la part de trèfle dans le mélange et de la conservation. Les dérobées estivales conservées constituent une voie documentée pour l’autonomie protéique, avec prudence économique.
08 · Contexte statistique
Pas de ligne nationale dédiée
La statistique agricole annuelle mesure les fourrages annuels et les prairies sans ligne spécifique au trèfle d’Alexandrie : aucune surface nationale fiable ne peut être affichée pour l’espèce.
L’usage se lit dans les références de couverts et de dérobées : l’espèce figure dans les fiches couverts d’ARVALIS, les guides de choix de Terres Inovia et les essais multisites de l’AFPF, ce qui témoigne d’un usage réel mais diffus.
Le contexte climatique des campagnes récentes — pousse de l’herbe sous tension en 2025-2026 selon Agreste — joue directement sur l’intérêt des dérobées : produire quelques tonnes de MS en intersaison devient un enjeu de sécurisation fourragère.
Repères documentés
Repères datés du trèfle d’Alexandrie
Ces données donnent un point de comparaison daté, à interpréter avec leur année, leur périmètre et leur statut.
| Indicateur | Valeur / situation | Référence | Source / lecture |
|---|---|---|---|
| Dose fourrage | 25-30 kg/ha · 800-900 graines/m² | Guide technique | Herbe-book |
| Dose couvert | ≈ 15 kg/ha | Fiche ARVALIS | Fiches couverts |
| Stade végétatif | 3,6 t MS/ha · 192 g MAT · 1,03 UFL | Essai à 67 jours | INRA / AFPF |
| Floraison | 4,4 t MS/ha · MAT 153 g/kg | Essai à 77 jours | INRA / AFPF |
| Repousse Frosty | 3,8 t MS/ha · 196 % témoin | Essais d’inscription | CTPS 2020 |
| Fourrage frais | ≈ 12,5 % MS | Moyenne internationale | Feedipedia |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Qu’est-ce que le berseem ?
C’est le nom international du trèfle d’Alexandrie, Trifolium alexandrinum, légumineuse annuelle originaire de Méditerranée orientale, cultivée traditionnellement en multicoupes dans les systèmes irrigués d’Égypte. [S01][S13]
Quelle dose de semis ?
25 à 30 kg/ha en fourrage pur selon Herbe-book — 800 à 900 graines/m² —, environ 15 kg/ha en couvert d’interculture, et 12 à 15 kg/ha en association. Raisonner en graines/m² avec le PMG du lot. [S02][S04]
Quelle différence entre types monocoupes et multicoupes ?
Les types monocoupes, souvent gélive, ne donnent qu’une coupe et meurent au gel — utiles comme compagne du colza. Les types multicoupes repoussent après chaque coupe, avec des potentiels très variables selon les variétés. [S07][S08]
Quel rendement espérer ?
Tout dépend de la date de semis : plusieurs tonnes de MS pour un semis début juillet-début août, souvent moins de 1 t MS/ha pour un semis mi-septembre. En multicoupes, le potentiel cité est de 8 à 12 t MS/ha en 3-4 coupes. [S05][S10]
Quelle valeur alimentaire ?
Au stade végétatif : 192 g MAT et 1,03 UFL par kg MS dans l’essai INRA. Dix jours plus tard, le rendement monte mais la MAT tombe à 153 g/kg MS : la date de coupe arbitre entre volume et qualité. [S09]
Peut-on ensiler le trèfle d’Alexandrie ?
Oui, avec préfanage : le fourrage très jeune ne contient qu’environ 12,5 % de matière sèche et tamponne fortement. Mélanger avec une graminée ou maîtriser le préfanage sécurise la fermentation. [S09][S12]
Le trèfle d’Alexandrie gèle-t-il ?
Les types monocoupes gélive meurent au gel, ce qui peut être recherché — par exemple comme compagne du colza. Les types multicoupes présentent des comportements variés selon les variétés et la zone. [S07]





