Référence agronomique · France

Grandes cultures · Conduite de la pomme de terre

Stockage de la pomme de terre

Le stockage des pommes de terre commence avec un lot sain et peu blessé. Séchage, cicatrisation, refroidissement progressif et surveillance du bâtiment se règlent selon la variété et le débouché.

Mis à jour le 02/10/2026 Lecture 7 min
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Stockage de la pomme de terre — illustration documentaire (Grandes cultures, Conduite de la pomme de terre)
Stockage de la pomme de terre · Photographie documentaire SILLOVA
Données datéesPrévisions distinguées des bilans
Contexte avant conseilRégion, sol, variété et débouché

Repères essentiels

Une lecture synthétique des informations à retenir avant d’entrer dans le détail.

Réception

Trier les lots

Ne pas mélanger des tubercules de qualité différente.

Séchage

Éliminer l’eau libre

Réduire le risque de pourriture après arrachage.

Cicatrisation

Protéger les blessures

Stabiliser le lot avant le refroidissement.

Conservation

Suivre température et air

Adapter la consigne au débouché et à la durée.

01 · Référence

Ce que signifie « bien stocker » une pomme de terre

L’objectif n’est pas seulement de « conserver des tonnes ». Il s’agit de livrer à une date donnée un lot encore conforme à son débouché, avec le moins possible de pertes de masse et de déclassements. Un bon stockage maîtrise cinq grandeurs liées : température, humidité relative, circulation d’air, état sanitaire et état physiologique. La conduite doit aussi préserver la matière sèche, le calibre, l’intégrité de la peau, la couleur de friture, l’absence de germination et la traçabilité des traitements.

02 · Référence

Contexte français 2025–2026 et enjeu économique du stockage

La France a connu en 2025 une production record de pommes de terre de conservation : environ 8,58 Mt selon l’UNPT/CNIPT, avec 43,5 t/ha de rendement moyen national. Pour 2026, Agreste anticipe à début août une production de 6,5 Mt, soit -22 % sur un an, principalement sous l’effet de la baisse des surfaces et des rendements. Les Hauts-de-France restent le cœur du bassin de production ; l’UNPT estimait fin juin 2026 que cette région regroupait près de 61 % des surfaces de conservation.

Le stockage joue un rôle économique d’autant plus fort que les volumes sont contractualisés ou doivent être étalés sur plusieurs mois. Une tonne conservée n’a de valeur que si elle répond au cahier des charges au déstockage. En 2025, des références de Chambres d’agriculture montrent des charges de stockage très dépendantes du type de bâtiment, des antigerminatifs et surtout du prix de l’électricité ; ces chiffres doivent être utilisés comme repères de structure, non comme barème national 2026.

03 · Référence

Physiologie du tubercule : respiration, transpiration, dormance et vieillissement

Après récolte, la pomme de terre respire : elle consomme de l’oxygène, oxyde des réserves carbonées et rejette du CO₂, de l’eau et de la chaleur. Elle transpire également par la peau et les blessures. ARVALIS estime que la transpiration explique environ 90 % des pertes de poids en conservation. L’intensité respiratoire est minimale autour de 4–8 °C, mais la température optimale du stockage dépend du débouché car le froid peut provoquer le sucrage des tubercules destinés à la friture.

Une blessure augmente brutalement les pertes d’eau et ouvre une porte aux pathogènes. La cicatrisation produit une couche subérisée puis un périderme de blessure ; la recherche confirme que ce processus est un déterminant majeur de la résistance à la dessiccation et aux infections. Des températures trop basses ralentissent cette cicatrisation.

Chaque variété possède une dormance et une vitesse de vieillissement propres. La saison de culture, la maturité, les températures en végétation et le stress influencent la durée avant reprise de germination. Une cellule peut donc être correctement refroidie et pourtant devenir difficile à piloter si des variétés à repos végétatif très différent sont mélangées. Le suivi du point blanc doit commencer avant l’apparition de germes longs.

04 · Référence

Les six phases de conduite d’un stockage

La conduite n’est pas strictement linéaire : un lot humide peut nécessiter un retour au séchage ; un foyer de pourriture peut imposer davantage de ventilation et une sortie anticipée ; une germination précoce peut modifier le programme antigerminatif.

05 · Référence

De l’arrachage au bâtiment : la qualité se joue avant la porte

Le stockage ne répare pas une mauvaise récolte. Les pommes de terre destinées à conservation doivent arriver avec une peau suffisamment mûre, peu de blessures et le moins possible de terre humide. ARVALIS recommande de privilégier des températures d’arrachage tempérées ; les manipulations à basse température accroissent le risque de fractures et de noircissement interne.

Limiter toutes les hauteurs de chute, les vitesses de tapis excessives et les transitions brutales ; un défaut mécanique invisible au remplissage peut apparaître plusieurs jours plus tard sous forme de noircissement interne.

Trier à la mise en stockage les tubercules pourris, fortement blessés ou issus de zones asphyxiées ; ne pas « cacher » un foyer à l’intérieur d’un tas inaccessible.

Répartir la tare terre : une poche de terre réduit la perméabilité à l’air et peut devenir un point chaud et humide.

Remplir les cellules le plus groupé possible ; ARVALIS conseille idéalement de limiter l’intervalle entre début et fin de remplissage à 8–10 jours pour homogénéiser la conduite.

06 · Référence

Vrac, palox, ventilation extérieure, froid : choisir l’architecture

ARVALIS rappelle en 2026 que les techniques de longue conservation se distinguent de plus en plus selon le débouché : vrac ventilé pour une partie de l’industrie, stockage réfrigéré en caisses-palettes pour les plants et le frais lavable.

07 · Référence

Bâtiment : obscurité, isolation, étanchéité et circulation d’air

Un bon bâtiment doit isoler le produit du rayonnement et des variations extérieures, guider l’air là où il est utile et éviter les fuites. Les anciennes prescriptions FranceAgriMer exigeaient pour consommation/plant un bâtiment obscur, étanche, isotherme et ventilé, avec sol bétonné et circuit de ventilation adapté. Même lorsqu’elles ne constituent plus une obligation d’aide, ces prescriptions restent un bon référentiel de conception.

L’isolation réduit la charge frigorifique, stabilise la température et limite les condensations sur parois froides. Les ponts thermiques sont des zones à risque : ils favorisent ruissellement, condensation et hétérogénéité du tas. Pour les bâtiments réfrigérés, la qualité de l’étanchéité devient également importante pour les traitements par diffusion et la maîtrise des échanges d’air.

La lumière provoque le verdissement et s’accompagne d’une hausse potentielle des glycoalcaloïdes. Pour les pommes de terre destinées au frais, l’obscurité durant stockage et manutention prolongée est un impératif de qualité et de sécurité alimentaire. L’EFSA a évalué en 2020 le risque associé aux glycoalcaloïdes, notamment α-solanine et α-chaconine.

ObjectifIndicateur opérationnelÉchec typique si mal piloté
Conserver la masseFreinte (%) / masse nette livréeFlétrissement, faces planes, perte directe de tonnes
Conserver la qualité sanitaire% pourritures / foyers / odeur / humiditéPourriture molle, Fusarium, Pythium, mildiou tubercule
Conserver la qualité visuelleTurgescence, peau, gale argentée, dartrose, germesDéclassement frais / lavage difficile
Conserver la qualité technologiqueSucres réducteurs, couleur friture, matière sècheFrites/chips foncées, acrylamide accru
Conserver la valeur commercialeTonnage conforme × prix netPertes de marché, ventes précipitées, surcoûts énergie/traitements

Questions fréquentes

Pour aller à l’essentiel

Que signifie bien stocker une pomme de terre?

C’est livrer à une date donnée un lot encore conforme à son débouché, avec le moins possible de pertes de masse et de déclassements. La conduite doit préserver matière sèche, calibre, peau, couleur de friture et absence de germination.

Pourquoi la transpiration compte-t-elle en conservation?

ARVALIS estime que la transpiration explique environ 90 % des pertes de poids en conservation. L’intensité respiratoire est minimale autour de 4 à 8 °C, mais la température optimale dépend du débouché.

Pourquoi éviter la lumière au stockage?

La lumière provoque le verdissement et peut s’accompagner d’une hausse potentielle des glycoalcaloïdes. Pour les pommes de terre destinées au frais, l’obscurité pendant le stockage et la manutention est un impératif de qualité et de sécurité alimentaire.

Traçabilité

Sources utilisées

Les principales références utilisées pour vérifier les repères de cette page.