01 · Identité
Espèce, variété, hybride et semence
Dans l'usage courant, « variété », « hybride » et « semence » sont souvent employés comme s'ils désignaient la même chose. Ils décrivent pourtant des niveaux différents qu'il faut distinguer pour comprendre le système.
L'espèce est un niveau taxonomique. La variété est une unité cultivée définie par des caractères, une structure génétique et une identité. La semence est un matériel de reproduction commercialisé ou utilisé. « Hybride », « lignée » ou « population » décrivent la structure ou le mode d'obtention du matériel.
Le mode de reproduction conditionne fortement la stratégie de sélection. Les espèces autogames comme le blé tendre se prêtent bien à la création de lignées homozygotes. Les espèces allogames comme le maïs sont souvent valorisées sous forme d'hybrides F1. Les espèces multipliées végétativement comme la pomme de terre conservent un génotype par clonage.
| Terme | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Espèce | Niveau taxonomique botanique | Triticum aestivum, Zea mays |
| Variété | Unité cultivée définie et maintenue | Apache, Cellule |
| Hybride F1 | Croisement de deux lignées homozygotes | Maïs grain hybride |
| Population | Ensemble hétérogène sélectionné | Blé population, MHB |
| Semence certifiée | Produit contrôlé et étiqueté | Catégorie bleue, rouge |
| Semence de ferme | Produit de la récolte réutilisé | Soumise au droit des obtenteurs |
02 · Création
Comment naît une nouvelle variété
La création variétale est un processus de transformation de diversité génétique en matériel cultivable, identifiable, reproductible et performant. La séquence peut durer de nombreuses années.
INRAE rappelle qu'en sélection du blé, le chemin vers une nouvelle variété dépasse fréquemment dix ans ; les espèces pérennes peuvent nécessiter davantage. La séquence comprend : définition du profil cible, identification des ressources génétiques, croisements, sélection précoce, stabilisation génétique, tests multi-environnements et présentation au système officiel.
La sélection moderne combine phénotypage au champ, marqueurs moléculaires, haploïdes doublés et sélection génomique. Ces outils réduisent certains cycles mais ne suppriment ni le besoin de matériel biologique robuste ni celui d'essais multi-environnements.
- Définir le profil cible : débouché, zone, calendrier, qualité, tolérance aux stress.
- Identifier les ressources génétiques porteuses des caractères recherchés.
- Créer de la recombinaison par croisement ou utiliser des variations existantes.
- Sélectionner précocement par phénotype, tests de qualité et marqueurs.
- Stabiliser la structure génétique adaptée au produit final.
- Tester dans des environnements contrastés pour caractériser rendement, stabilité et résistances.
03 · Inscription
Le Catalogue officiel français
Le Catalogue officiel français est sous responsabilité du ministère chargé de l'Agriculture. Les propositions d'inscription sont instruites dans le cadre du CTPS et les décisions sont publiées par arrêté.
Le GEVES assure les études techniques et met à disposition les informations du Catalogue : statut, date d'arrêté, description et, pour de nombreuses espèces agricoles, résultats VATE. Le Catalogue n'est pas un palmarès commercial : il établit qu'un matériel répond aux exigences prévues pour son espèce et sa catégorie.
Pour les grandes cultures, l'inscription repose classiquement sur deux familles d'épreuves : la DHS (distinction, homogénéité, stabilité) et la VATE (valeur agronomique, technologique et environnementale). Les modalités diffèrent entre grandes cultures, légumes, fruitiers, vigne et matériels spécialisés.
| Épreuve | Objectif | Durée indicative |
|---|---|---|
| DHS | Établir l'identité variétale (distinction, homogénéité, stabilité) | Selon espèce et règlement |
| VATE | Évaluer la valeur agronomique, technologique et environnementale | Généralement 2 ans pour grandes cultures |
| Inscription | Admettre au Catalogue selon critères réglementaires | Variable selon espèce |
| Maintenance | Maintenir l'identité pendant la durée d'inscription | Renouvelable par périodes |
04 · Certification
Multiplication et certification des semences
Une variété inscrite ne devient pas automatiquement un lot de semences commercialisable. Il faut produire des quantités suffisantes en conservant l'identité variétale et en atteignant les normes techniques et sanitaires.
En France, le Service officiel de contrôle et de certification (SOC France, au sein de SEMAE) encadre la certification sous délégation de l'État. La certification s'appuie sur l'identité et la pureté variétales, la qualité technologique et la qualité sanitaire. Les lots certifiés portent une étiquette officielle permettant la traçabilité.
Les emballages de lots certifiés portent une étiquette officielle dont la couleur informe sur la catégorie : blanc-violet pour matériel initial/prébase, blanc pour base, bleu pour certifié de première génération, rouge pour certaines générations certifiées suivantes.
| Catégorie | Étiquette | Usage |
|---|---|---|
| Matériel initial / Prébase | Blanc-violet | Base de la chaîne généalogique |
| Base | Blanc | Multiplication vers certifié |
| Certifié 1ère génération | Bleu | Commercialisation principale |
| Certifié génération suivante | Rouge | Certaines espèces autorisées |
| Mélanges certifiés | Vert | Associations variétales |
05 · Choix
Choisir une variété : méthode multicritère
Le choix variétal doit être construit à partir du système de production et non d'un classement global. La bonne question n'est pas « quelle est la meilleure variété ? », mais « quelles variétés répondent le mieux à mon débouché, ma parcelle, mes risques ? ».
Les outils d'ARVALIS et de Terres Inovia illustrent cette logique par des filtres de précocité, qualité, maladies, verse, climat et productivité. Le rendement moyen ne suffit pas : il faut raisonner la précocité, l'adaptation au sol et au climat, la stabilité interannuelle, la résistance aux maladies et à la verse, la qualité attendue par le débouché et les contraintes de récolte.
Pour le blé tendre, ARVALIS actualise un catalogue combinant précocité, qualité technologique, poids spécifique, protéines, résistance à la verse et à de multiples maladies. En maïs, ARVALIS recommande de raisonner d'abord la précocité et l'adaptation au contexte climatique.
- Verrouiller d'abord les exigences du débouché : qualité technologique, contractualisation, classe d'utilisation.
- Choisir la plage de précocité compatible avec la zone et la date de semis.
- Écarter les profils incompatibles avec les risques majeurs de la parcelle.
- Comparer la performance sur plusieurs années et dans une zone pertinente.
- Diversifier les profils génétiques et les précocités pour répartir les risques.
06 · Essais
Post-inscription et actualisation technique
Les essais d'inscription répondent à une question réglementaire ; les essais post-inscription répondent à une question de recommandation et d'actualisation technique.
Une variété peut être admissible au Catalogue mais ne pas être la meilleure option dans une parcelle donnée. Inversement, sa valeur peut augmenter lorsqu'un nouveau débouché, une nouvelle pression sanitaire ou une nouvelle contrainte climatique apparaît.
Les réseaux multi-locaux et pluriannuels permettent de mesurer la performance moyenne, la régularité et les situations dans lesquelles le classement se renverse. Une note de résistance n'est pas une propriété immuable : des populations de pathogènes évoluent et certaines résistances spécifiques peuvent être contournées.
07 · Droit
Catalogue et protection intellectuelle
L'inscription autorise ou organise l'accès au marché selon les règles de l'espèce ; la protection intellectuelle confère des droits à l'obtenteur. Ce sont deux régimes distincts.
En France, la protection nationale relève de l'INOV ; au niveau de l'Union européenne, l'Office communautaire des variétés végétales (OCVV/CPVO) gère le droit communautaire. Un même matériel peut donc avoir des statuts différents : inscrit mais non protégé, protégé et inscrit, ou protégé dans un autre territoire.
Le système COV comporte une exemption du sélectionneur : un obtenteur peut utiliser une variété protégée pour créer de nouvelles variétés. Les durées de protection sont généralement de 25 ans, avec des durées pouvant atteindre 30 ans pour certaines catégories de plantes.
| Aspect | Catalogue officiel | Certificat d'obtention végétale (COV) |
|---|---|---|
| Finalité | Admettre à la commercialisation | Protéger les droits de l'obtenteur |
| Gestion | CTPS / GEVES | INOV / CPVO |
| Critères | DHS, VATE, identité | Nouveauté, distinction, homogénéité, stabilité |
| Durée | Inscription renouvelable (souvent 10 ans) | 25-30 ans selon espèce |
| Effet | Obligatoire pour commercialiser | Droit exclusif de production et vente |
08 · Bio
Semences pour l'agriculture biologique
L'agriculture biologique pose des contraintes spécifiques : disponibilité en semences biologiques, moindre recours à certains intrants, importance de la vigueur de départ et résistance aux maladies.
Le CTPS et le GEVES ont développé des dispositifs d'évaluation adaptés à l'AB pour certaines espèces. Les recommandations doivent préciser si les essais ont été conduits en conditions biologiques ou conventionnelles.
Depuis le 1er janvier 2022, le règlement européen autorise la commercialisation de matériel hétérogène biologique (MHB) sous un régime propre. Il ne s'agit ni d'une variété ni d'un mélange de variétés : le matériel présente une diversité génétique et phénotypique et n'est pas soumis au test DHS classique.
09 · Réglementation
Cadre européen et réformes en cours
Le cadre européen du matériel de reproduction des plantes (PRM) est en mutation. Deux textes majeurs structurent l'actualité réglementaire de 2026.
Le règlement (UE) 2026/1388 sur les nouvelles techniques génomiques (NGT) est adopté et en vigueur depuis le 16 juillet 2026, mais son application générale est prévue à partir du 17 juillet 2028. Le régime antérieur reste applicable durant la transition.
Le Conseil de l'UE et le Parlement européen ont annoncé le 15 juin 2026 un accord politique provisoire sur une nouvelle réglementation PRM. Toutefois, au 24 août 2026, la procédure n'est pas achevée : la future page SILLOVA doit signaler la réforme comme « en cours » et non comme droit pleinement adopté.
10 · Filière
La filière semencière française
SEMAE présente la filière française comme l'une des principales filières semencières mondiales. Pour 2024/2025, ses publications indiquent un chiffre d'affaires de 3,9 milliards d'euros, des exportations représentant une part majoritaire de l'activité et environ 16 500 agriculteurs multiplicateurs.
La cartographie 2025 ventile notamment 121 367 ha de céréales à paille, 67 003 ha de maïs-sorgho, 56 524 ha de lin-chanvre, 41 795 ha de fourragères/gazon et 29 177 ha d'oléagineux.
Le ministère de l'Agriculture a structuré le « Plan Semences et plants pour une agriculture durable » autour de la diversité, de l'alimentation saine et durable, des approches participatives et des nouvelles techniques, et du maintien d'une expertise scientifique.
| Indicateur | Valeur | Année |
|---|---|---|
| Surfaces multiplication | 380 411 ha | 2025 |
| Agriculteurs multiplicateurs | ≈ 16 500 | 2025 |
| Chiffre d'affaires | 3,9 Md€ | 2024/2025 |
| Effort R&D | 450 M€ (13 % du CA) | 2025 |
| Exportations | Part majoritaire du CA | 2024/2025 |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quelle différence entre espèce et variété ?
L'espèce est une catégorie botanique ; une variété est un ensemble cultivé distinguable au sein d'une espèce et maintenu comme unité reproductible.
Les hybrides F1 sont-ils stériles ?
Non par principe. Ils peuvent produire des graines ; la génération suivante ségrège et ne reproduit pas fidèlement la combinaison du F1. [S02]
Pourquoi inscrire une variété au Catalogue ?
Pour satisfaire le cadre réglementaire de commercialisation applicable et documenter son identité et, selon l'espèce, sa valeur agronomique/technologique/environnementale.
Qu'est-ce que la DHS ?
Distinction, homogénéité, stabilité : trois critères utilisés pour caractériser l'identité d'une variété. [S04]
Qu'est-ce que la VATE ?
Une évaluation de la valeur agronomique, technologique et environnementale pour les espèces concernées, par comparaison à des références. [S04]
Une variété inscrite est-elle forcément la meilleure ?
Non. L'inscription établit une admissibilité réglementaire selon des critères définis ; le choix parcellaire dépend ensuite du sol, du climat, du débouché et du risque. [S05]
Une note de résistance est-elle définitive ?
Non. Elle peut être réévaluée avec de nouvelles données et l'évolution des populations de pathogènes. [S21][S23]
Semence certifiée et semence standard, est-ce pareil ?
Non. Ce sont des catégories de commercialisation différentes avec des règles et contrôles distincts selon les espèces. [S09][S10]
Qu'est-ce qu'une semence de ferme ?
Une semence issue de la récolte de l'exploitation et réutilisée sur cette exploitation ; son usage peut être encadré par le droit des obtenteurs et des règles techniques. [S31]
Catalogue et COV, est-ce la même chose ?
Non. Le Catalogue relève de l'admission réglementaire à la commercialisation ; le COV protège les droits de l'obtenteur. [S29]





