01 · Guide
Synthèse opérationnelle
Les ravageurs du blé doivent être raisonnés comme une succession de fenêtres de risque plutôt que comme une liste d’insectes. À l’automne, les enjeux majeurs sont les pucerons vecteurs des virus B/CYDV de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO) et la cicadelle Psammotettix alienus, vectrice du Wheat dwarf virus (WDV). Au semis et à la levée s’ajoutent limaces, taupins, zabre, mouches, oiseaux et rongeurs. Au printemps et en fin de cycle dominent ponctuellement criocères, cécidomyies et pucerons des épis.
La règle centrale de protection intégrée est: observer, identifier, mesurer, comparer à un seuil régional quand il existe, puis choisir le levier le plus spécifique. Un insecticide appliqué sans ravageur ciblé ou trop tôt peut être inutile, réduire les auxiliaires et favoriser des réinfestations. Les seuils, les BSV, les OAD, la météo, la variété et le stade doivent être lus ensemble.
02 · Guide
Diagnostic au champ: méthode standardisée
Noter la date de semis, le stade BBCH, la variété, le précédent, le travail du sol, l’état de surface, la présence de repousses et le contexte météo des 10 à 15 jours précédents.
Pour les pucerons d’automne, inspecter les plantes par temps doux et lumineux; pour les cicadelles, utiliser une plaque jaune engluée et compléter par une observation aux heures les plus chaudes.
Photographier l’organisme et les symptômes séparément: un symptôme de virose ou un épi mal rempli ne permet pas d’identifier rétrospectivement le vecteur avec certitude.
| Groupe | Ravageurs / organismes | Fenêtre dominante | Enjeu principal |
|---|---|---|---|
| Vecteurs de viroses | Rhopalosiphum padi, Sitobion avenae, Metopolophium dirhodum; Psammotettix alienus | Levée à tallage / début montaison | Transmission JNO / WDV |
| Ravageurs de levée | Limaces, taupins, zabre, mouche grise, oscinie, tipules | Semis à tallage | Pertes de pieds, jaunissement, talles détruites |
| Ravageurs foliaires | Criocères Oulema spp. , mineuses | Montaison à floraison | Perte de surface foliaire |
| Ravageurs des épis | Cécidomyie orange et jaune, puceron des épis, thrips, punaises | Épiaison à grain laiteux | Nombre/poids des grains, qualité |
| Ravageurs du sol | Heterodera avenae, Meloidogyne naasi | Cycle entier | Racines, nanisme, foyers |
| Vertébrés | Corvidés, étourneaux, moineaux, mulots, campagnols | Semis et maturité | Semences, plantules ou grains |
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Situation récente: automnes doux et surveillance renforcée
Les campagnes récentes confirment l’importance d’une surveillance dynamique. À l’automne 2024, environ 35 % des parcelles suivies dans le réseau Vigicultures/BSV ont dépassé le seuil indicatif de risque pucerons, niveau légèrement supérieur à la moyenne des quinze années précédentes. Les séquences froides et pluvieuses de fin d’automne ont ensuite limité les populations dans de nombreuses régions.
À l’automne 2025, plusieurs régions ont de nouveau signalé des pucerons et des cicadelles dans les céréales levées, en particulier sur semis précoces exposés à des températures supérieures à 12 °C, à l’ensoleillement et à l’absence de pluie. Ces épisodes illustrent l’effet du réchauffement automnal: la date calendaire compte moins que la durée réelle pendant laquelle les vecteurs restent actifs.
04 · Guide
Pucerons d’automne et jaunisse nanisante de l’orge (JNO)
Les pucerons ne sont pas seulement nuisibles par prélèvement de sève: à l’automne, leur fonction de vecteur est déterminante. Rhopalosiphum padi est l’espèce la plus classiquement associée à la transmission des virus B/CYDV responsables de la JNO, mais d’autres pucerons de céréales peuvent participer à la transmission. Une plante infectée très tôt peut rester chétive, jaunir ou rougir selon l’espèce et la variété, et perdre une part importante de son potentiel.
Le risque augmente avec les semis précoces, la présence de repousses de céréales ou de graminées, les parcelles abritées et ensoleillées et les automnes doux. Les premiers stades sont les plus sensibles; la résistance de maturité progresse ensuite. Le seuil pratique couramment utilisé dans les BSV/ARVALIS est la présence de pucerons sur 10 % des plantes, ou leur présence prolongée pendant plus de dix jours, avec adaptation au contexte régional.
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Variétés et JNO: progrès mais pas immunité générale
Entre 2022 et 2025, des essais ARVALIS sur blé tendre ont confirmé des différences variétales d’expression des symptômes de JNO. Les variétés porteuses du gène de résistance partielle bdv2, notamment des références comme RGT Tweeteo ou RGT Sundeo dans les essais publiés, présentent en moyenne des symptômes plus faibles. Le classement reste toutefois variable selon les sites et les années, et la présence d’un caractère de tolérance ne dispense pas d’observer les vecteurs.
Une variété moins sensible ne remplace pas l’observation des pucerons et des cicadelles. Le choix variétal réduit certains risques, mais son effet dépend du contexte et ne constitue pas une garantie de protection.
06 · Guide
Cicadelles et maladie des pieds chétifs (WDV)
Psammotettix alienus est la cicadelle de référence pour le WDV. Très mobile, elle est plus difficile à quantifier par simple observation que les pucerons. Les plaques jaunes engluées de format proche A4, posées au sol et légèrement inclinées, permettent un suivi hebdomadaire. Le seuil indicatif communément retenu est de 30 captures par semaine; un suivi deux fois par semaine peut également alerter lorsqu’une hausse d’environ 20 captures apparaît entre deux relevés.
En observation directe, une forte activité correspondant à au moins cinq cicadelles qui sautent devant l’observateur dans chacun de cinq points de la parcelle est également utilisée comme signal de risque. Les températures supérieures à 12 °C, les semis précoces, l’ensoleillement, les zones abritées du vent et les repousses de céréales augmentent le risque.
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Limaces: un ravageur de peuplement
La petite limace grise Deroceras reticulatum est l’un des ravageurs de levée les plus fréquents. Elle consomme les graines germées, sectionne ou râpe les jeunes feuilles et peut provoquer des manques de peuplement. Le risque est maximal dans les sols motteux, riches en résidus, humides, après précédents laissant beaucoup de matière végétale et lorsque la levée est lente.
La décision doit reposer sur le piégeage avant et après semis, l’historique de la parcelle, l’état de surface et la dynamique météo. Un lit de semences suffisamment rappuyé et peu motteux réduit les refuges. Les granulés molluscicides ne doivent jamais être raisonnées comme une assurance systématique: vérifier l’autorisation, la dose et les conditions d’emploi dans E-Phy au moment de l’intervention.
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quels ravageurs menacent le blé à l’automne?
Les pucerons vecteurs des virus B/CYDV de la JNO et la cicadelle Psammotettix alienus, vectrice du WDV. Au semis et à la levée s’ajoutent limaces, taupins, zabre, mouches, oiseaux et rongeurs.
Un insecticide doit-il être appliqué systématiquement?
Non. Un insecticide appliqué sans ravageur ciblé ou trop tôt peut être inutile, réduire les auxiliaires et favoriser des réinfestations.
Comment suivre les cicadelles?
Avec des plaques jaunes engluées posées au sol et relevées chaque semaine. Le seuil indicatif communément retenu est de 30 captures par semaine.





