Référence agronomique · France

Protection des cultures · Ravageurs

Ravageurs des cultures

La protection contre les ravageurs commence par un diagnostic fiable : espèce, stade, densité, dégâts, auxiliaires et dynamique attendue. Une présence ou un vol ne justifie pas automatiquement une intervention ; la décision dépend du risque réel pour la culture.

Mis à jour le 24/09/2026 Lecture 9 min
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Piège à phéromones dans une parcelle agricole
Piégeage et surveillance des ravageurs · Image SILLOVA
Données datéesPrévisions distinguées des bilans
Contexte avant conseilRégion, sol, variété et débouché

Repères de campagne

Les chiffres à retenir

Les repères essentiels, expliqués en clair. Les sources complètes sont regroupées en bas de page.

IFT insecticide colza 2021

2,4

Moyenne nationale · Agreste

IFT insecticide blé 2021

0,6

Blé tendre et orge d'hiver · Agreste

Biocontrôle France 2025

> 11 %

Part du marché protection des plantes

Pomme — IFT insecticide 2024

10,3

Arboriculture fruitière · Agreste

01 · Définitions

Ravageur, bioagresseur et types de dégâts

Les ravageurs ne forment pas une catégorie homogène. Un puceron peut causer une perte par prélèvement de sève mais surtout transmettre un virus ; une larve de taupin attaque les graines et racines ; une pyrale fore tiges et épis.

Dans ce dossier, « ravageur » désigne un animal ou un arthropode dont l'activité peut réduire la levée, la croissance, le rendement, la qualité ou la valeur marchande d'une culture. Le diagnostic doit commencer par le type de dégât, l'organe atteint et le stade, puis seulement remonter vers l'organisme responsable.

Les dégâts directs comprennent la consommation, les piqûres, les mines, les galeries, les racines sectionnées. Les dégâts indirects concernent surtout la transmission de virus, phytoplasmes ou autres agents pathogènes par des vecteurs.

Types de dégâts et exemples
TypeExempleImpact principal
Prélèvement de sèvePuceronAffaiblissement, transmission virale
Galerie souterraineTaupinManques, plantes flétries
Foreuse de tigePyrale du maïsVerse, contamination fongique
Morsure foliaireDoryphore, altiseDéfoliation, réduction photosynthèse
Piqûre de fruitDrosophila suzukiiPourriture, déclassement

02 · Biologie

Cycles, métamorphoses et stades vulnérables

Comprendre le cycle biologique permet d'identifier les moments où le ravageur est le plus vulnérable et où l'intervention est la plus efficace.

Chez les coléoptères, lépidoptères, diptères et hyménoptères, le cycle comporte œuf, larve, nymphe ou pupe, puis adulte. Le stade le plus visible n'est pas toujours le stade nuisible. Chez les taupins, l'adulte cause peu de dégâts alors que les larves filiformes vivent plusieurs années dans le sol et attaquent racines et organes souterrains.

Les pucerons, cicadelles, punaises et aleurodes passent par une métamorphose incomplète. Les générations peuvent être rapides et, chez les pucerons, la reproduction parthénogénétique permet une multiplication explosive. Beaucoup de ravageurs synchronisent leur activité avec la saison via diapause ou somme de températures.

Stades clés pour la lutte
StadePourquoi ciblerExemple
Jeunes larvesPlus sensiblesDoryphore
Adultes en volPiégeage phéromonalPyrale, carpocapse
Vecteurs actifsLimiter transmissionPuceron BYDV, cicadelle flavescence
Œufs/pondeuseRéduire la descendanceDoryphore, tordeuses

03 · Surveillance

BSV, pièges et observation de parcelle

La surveillance articule observations de terrain, données météo, modèles et expertise. Trois niveaux doivent être distingués : territorial (BSV), officiel (SORE) et parcellaire.

Le Bulletin de santé du végétal (BSV) repose sur des observations d'un réseau d'épidémiosurveillance. Il présente la situation sanitaire, les stades des cultures, la présence des bioagresseurs et une évaluation du risque. Il n'est pas une ordonnance de traitement.

La SORE (Surveillance officielle des organismes réglementés ou émergents) vise à détecter le plus tôt possible les foyers d'organismes réglementés. Des instructions 2026 spécifiques existent pour les grandes cultures, les légumes, l'arboriculture, la vigne et la pomme de terre.

04 · Seuils

Grilles de risque et décision

Un seuil indicatif synthétise une relation entre pression et risque dans un contexte technique donné. Il n'est pas une constante biologique.

Un seuil doit toujours être accompagné de la culture, du stade, de l'unité d'observation, du territoire ou réseau, de l'année et de la source. Une forte capture dans un piège peut signaler un vol sans signifier automatiquement qu'un traitement est rentable.

Sur céréales d'automne, ARVALIS rappelle un seuil indicatif de 10 % de plantes porteuses d'au moins un puceron ou une présence pendant plus de 10 jours jusqu'au début tallage pour la jaunisse nanisante. Sur colza, Terres Inovia propose de croiser 8 plantes sur 10 portant des morsures avec environ 25 % de surface foliaire détruite avant 4 feuilles.

Exemples de seuils indicatifs français
RavageurSeuilSource
Puceron BYDV10 % plantes porteuses ou > 10 joursARVALIS
Cicadelle P. alienus30 captures/plaque A4/semaineBSV / ARVALIS
Doryphore2 foyers/1 000 m²ARVALIS
Altise colza8/10 plantes mordues + 25 % surfaceTerres Inovia

05 · Protection intégrée

Prévenir, observer, décider, préserver

La protection intégrée des cultures repose sur une hiérarchie : concevoir un système moins favorable au ravageur, prévenir, surveiller, diagnostiquer, puis intervenir avec le moyen le plus sélectif.

Les leviers de prévention incluent : rotation et alternance des familles de cultures, gestion des résidus et repousses, qualité d'implantation, date de semis adaptée, choix variétal résistant ou tolérant, hygiène des plants/semences/caisses, et gestion paysagère (haies, bandes fleuries).

INRAE souligne que la diversification des cultures et des successions fait partie des alternatives à la dépendance aux pesticides. Une synthèse fondée sur plus de 14 000 observations du réseau DEPHY indique qu'introduire davantage de diversité peut réduire l'usage des pesticides d'environ 20 % sur un ensemble de productions.

06 · Auxiliaires

Préserver la régulation biologique

Les ennemis naturels jouent un rôle majeur dans la régulation des ravageurs. Leur préservation est un levier structurant de la protection intégrée.

Les principaux groupes d'auxiliaires utiles incluent les parasitoïdes (guêpes parasitant œufs ou larves), les prédateurs (coccinelles, syrphes, chrysopes, acariens prédateurs) et les entomopathogènes. Les paysages comportant davantage de haies, boisements et bandes peuvent accueillir une diversité et une abondance plus élevées d'ennemis naturels.

Pour préserver les auxiliaires : éviter les interventions insecticides sans seuil, choisir les solutions les plus sélectives, respecter les mesures de protection des pollinisateurs, et raisonner la compatibilité entre auxiliaires, biopesticides et autres traitements.

Principaux auxiliaires et leurs proies
AuxiliaireProie cibleObservation
CoccinellesPucerons, cochenillesFacilement identifiables
SyrphesPuceronsLarves allongées sur feuilles infestées
ChrysopesPucerons, thripsŒufs sur longs pédicelles
TrichogrammesŒufs de pyrale, tordeusesLâchés en protection biologique
Acariens prédateursTétranyquesSous abri et verger

07 · Biocontrôle

Solutions biologiques et limites

Le biocontrôle recouvre des solutions d'origines et de modes d'action variés : macro-organismes auxiliaires, micro-organismes, médiateurs chimiques et substances naturelles.

Le ministère distingue quatre grandes familles de solutions de biocontrôle. La liste officielle des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle est publiée et mise à jour par la DGAL. Le biocontrôle représentait plus de 11 % du marché de la protection des plantes en France en 2025.

Les résultats du biocontrôle dépendent souvent du positionnement préventif, de la pression, de l'environnement et de la qualité d'application. Le mécanisme et le niveau de preuve doivent être décrits par usage plutôt que de présenter le biocontrôle comme une catégorie uniformément efficace.

08 · Résistances

Pourquoi elles apparaissent et comment les gérer

Une population de ravageurs contient une diversité génétique. Les traitements répétés avec le même mode d'action éliminent préférentiellement les individus sensibles.

Le risque est particulièrement élevé avec des ravageurs à nombreuses générations, de grandes populations, une mobilité importante et des applications répétées. La résistance peut être liée à la cible, au métabolisme, à la pénétration, au comportement ou à plusieurs mécanismes combinés.

Terres Inovia cartographie les résistances de plusieurs ravageurs du colza aux pyréthrinoïdes et suit notamment la grosse altise. La présence de mécanismes kdr et super-kdr dans certaines zones rend indispensable la gestion régionale et l'alternance de modes d'action. ARVALIS a signalé un premier cas de résistance de Sitobion avenae aux pyréthrinoïdes en 2020.

Exemples de résistances documentées en France
RavageurRésistanceSource
Grosse altise colzaPyréthrinoïdes (kdr, super-kdr)Terres Inovia
Sitobion avenaePyréthrinoïdesARVALIS 2020
Tétranyque tisserandDivers modes d'actionRéseaux régionaux

09 · Par filière

Ravageurs majeurs des grandes cultures et spécialisées

Chaque filière présente un cortège de ravageurs spécifique avec des fenêtres de risque, des seuils et des stratégies propres.

Sur céréales, les pucerons d'automne (Rhopalosiphum padi) transmettent la jaunisse nanisante ; la cicadelle Psammotettix alienus est vecteur du virus du nanisme du blé ; les limaces attaquent les jeunes stades. Sur maïs, les taupins (Agriotes spp. ) attaquent semences et racines ; la pyrale (Ostrinia nubilalis) fore tiges et épis ; la chrysomèle des racines (Diabrotica) impose la rotation.

Sur colza, les altises, larves de grosse altise, méligèthes et charançons ont des fenêtres de risque différentes. Sur pomme de terre, le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) reste un coléoptère structurant. En vigne, la cicadelle Scaphoideus titanus transmet la flavescence dorée et fait l'objet d'une lutte obligatoire. En arboriculture, Drosophila suzukii est une menace invasive majeure pour les petits fruits.

Ravageurs clés par filière
FilièreRavageur majeurLevier principal
CéréalesPucerons, cicadelles, limacesSurveillance précoce, variétés
MaïsTaupins, pyrale, chrysomèlePrévention avant semis, rotation
ColzaAltises, méligèthes, charançonsVitesse de croissance, piégeage
Pomme de terreDoryphore, taupinsRotation, observation foyers
VigneCicadelle flavescence doréeLutte collective réglementée
ArboricultureCarpocapse, Drosophila suzukiiPiégeage, prophylaxie, filets

10 · Climat

Changement climatique et ravageurs émergents

La température et l'humidité gouvernent la vitesse de développement des arthropodes, l'activité des limaces, la survie hivernale et le nombre de générations.

Le changement climatique peut modifier les périodes d'apparition, favoriser l'installation d'espèces méridionales ou exotiques et déplacer les zones de risque. INRAE souligne que l'augmentation des températures favorise l'émergence ou la pression de certains ravageurs, tout en compliquant parfois la performance des leviers existants.

Pour un organisme de quarantaine, l'objectif n'est pas seulement de protéger le rendement mais d'empêcher l'installation et la diffusion sur le territoire. Le scarabée japonais (Popillia japonica), classé organisme de quarantaine prioritaire dans l'UE, a été détecté en 2026 dans le Doubs. Drosophila suzukii est déjà établie et fait l'objet de stratégies combinées.

Questions fréquentes

Pour aller à l’essentiel

Quelle différence entre dégâts directs et indirects?

Les dégâts directs sont la consommation, les piqûres, les galeries. Les dégâts indirects concernent surtout la transmission de maladies par des vecteurs (pucerons pour virus, cicadelles pour phytoplasmes).

Pourquoi un piège capture beaucoup mais la parcelle est peu touchée?

Un piège mesure un vol d'arrivée, pas nécessairement une colonie établie. La relation entre capture et dégâts dépend du stade de la culture, des auxiliaires et de la météo.

Qu'est-ce qu'un seuil économique?

C'est le niveau de population au-delà duquel la perte évitée attendue devient comparable au coût complet de l'intervention. Il intègre prix de la récolte, efficacité probable, coût produit + application et effets futurs sur résistances et auxiliaires.

Traçabilité

Sources utilisées

Les principales références utilisées pour vérifier les repères de cette page.