Référence agronomique · France

Protection des cultures · Maladies

Maladies des cultures

Comprendre la phytopathologie, orienter un diagnostic et maîtriser la protection intégrée des cultures : agents pathogènes, épidémiologie, surveillance, résistances et cadre réglementaire.

Vérifié le 18 août 2026 Lecture 22 min
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Diagnostic de maladies foliaires sur une parcelle de céréales
Symptômes foliaires sur blé · Image SILLOVA
41 sources analyséesOrganismes publics et techniques
Données datéesPrévisions distinguées des bilans
Contexte avant conseilRégion, sol, variété et débouché

Repères de campagne

Les chiffres à retenir

Chaque valeur garde son année, son statut et sa source.

01
Consolidé

Jusqu'à 40 %

Pertes mondiales potentielles

Ravageurs et maladies confondus · FAO [S41]

02
Consolidé

31,7

IFT fongicide pomme 2024

IFT total pomme de table · Agreste [S10]

03
Consolidé

+22 %

Ventes fongicides 2024

Par rapport à 2023 · SDES [S11]

04
Provisoire

≈ 36 %

Résistances SDHI Z. tritici

Isolats CarR en 2025 · Réseau Performance [S12]

01 · Définitions

Maladie, agent pathogène et diagnostic

Une maladie végétale est un dysfonctionnement durable provoqué par un agent biotique infectieux ou, au sens plus large, par une cause abiotique pouvant imiter une infection.

La première bifurcation du diagnostic doit opposer cause biotique transmissible et accident abiotique. Les accidents abiotiques sont souvent liés à une structure spatiale cohérente avec le sol, l'épandage, l'irrigation, le gel ou le passage d'un matériel. À l'inverse, une maladie infectieuse peut former des foyers, suivre la dispersion du vent ou des éclaboussures, progresser avec le temps et produire des signes caractéristiques.

Distinguer symptômes (réponse visible de la plante) et signes de l'agent (mycélium, fructifications, spores, exsudats, sclérotes) est fondamental. Ne jamais conclure à une maladie sur la seule présence d'une tache : croiser culture, organe, stade, répartition dans la parcelle, progression temporelle, météo, historique et signes spécifiques.

Différence entre cause biotique et abiotique
CritèreMaladie infectieuseAccident abiotique
ProgressionDe plante à plante possibleSouvent fixe dans l'espace
RépartitionFoyers, gradients de vent/pluieBandes de semoir, zones hydromorphes
SignesSpores, mycélium, sclérotesAucun agent visible
ÉvolutionS'aggrave avec le tempsStable ou lié à un événement
Sources de cette section [S07][S08][S38]

02 · Agents

Champignons, oomycètes, bactéries, virus et nématodes

La classification taxonomique est utile pour comprendre biologie et diagnostic, mais elle ne suffit pas à raisonner la protection.

Les agents pathogènes se répartissent en plusieurs groupes : champignons (rouilles, oïdiums, Fusarium), oomycètes (mildiou), bactéries (feu bactérien), phytoplasmes (flavescence dorée), virus et viroïdes (transmis par vecteurs), nématodes (telluriques) et plantes parasites.

Un biotrophe dépend de cellules hôtes vivantes (rouilles, oïdiums). Un nécrotrophe tue rapidement les tissus puis exploite la matière morte (Botrytis, Sclerotinia). Les hémibiotrophes présentent d'abord une phase sur tissus vivants puis une phase nécrotrophe (cercosporiose de la betterave). Cette distinction influence le choix des gènes de résistance et la fenêtre d'intervention.

Types trophiques et implications
TypeExemplesImplication protection
BiotropheRouilles, oïdiumsRésistance variétale centrale, fongicides préventifs
NécrotropheBotrytis, SclerotiniaAssainissement, aération, fongicides
HémibiotropheCercospora beticolaFenêtre préventive critique
Sources de cette section [S23][S30][S38]

03 · Épidémiologie

Le triangle de la maladie et ses cycles

La maladie résulte de la coïncidence entre un hôte sensible, un agent pathogène viable et un environnement favorable pendant une durée suffisante.

L'inoculum primaire initie la maladie après une période d'absence : spores issues de résidus, sclérotes du sol, semences infectées, plantes réservoirs. L'inoculum secondaire est produit sur les plantes nouvellement infectées et alimente la propagation au cours de la même saison. Les maladies très polycycliques (mildiou, septoriose, oïdium) peuvent accélérer brutalement lorsque météo et tissus sensibles coïncident.

La dispersion se fait par vent (spores de rouilles), pluie et éclaboussures (pycnidiospores de septoriose), sol et eau (zoospores d'oomycètes), matériel et outils (bactéries, virus), insectes (pucerons pour virus, cicadelles pour phytoplasmes).

Voies de dispersion principales
VoieAgents concernésFacteur clé
VentRouilles, oïdiumsDistance parfois très grande
Pluie/éclaboussuresSeptoriose, bactériesHauteur du couvert, succession de pluies
Sol/eauOomycètes, nématodesHydromorphie, drainage
InsectesVirus, phytoplasmesRelation persistante/non persistante
Sources de cette section [S13][S20][S32]

04 · Diagnostic

Du terrain au laboratoire

Le diagnostic fiable suit une chaîne : formuler des hypothèses, prélever, conserver l'intégrité du matériel, choisir la méthode adaptée, interpréter dans le contexte.

Prélever la zone de transition entre tissu sain et tissu malade plutôt qu'un organe entièrement détruit. Prélever plusieurs plantes et plusieurs foyers : idéalement un gradient sain → début de symptôme → symptôme développé. Séparer racines/sol, feuilles et fruits dans des emballages distincts ; éviter condensation et échauffement.

La carte de la parcelle est souvent aussi informative que la feuille malade. Une entrée par bordure peut suggérer une source externe ; des foyers circulaires signalent un agent tellurique ; des bandes à largeur régulière évoquent davantage un chantier ; les zones basses orientent vers hydromorphie et maladies racinaires.

  • Prélever la zone de transition sain/malade.
  • Prélever plusieurs plantes et plusieurs foyers.
  • Noter parcelle, variété, stade, date, GPS, précédent, météo.
  • Prendre des photos rapprochées, de plante entière et de la parcelle.
Sources de cette section [S07][S20][S26]

05 · Surveillance

BSV, réseaux et laboratoires de référence

La surveillance biologique du territoire articule observations de terrain, données météo, modèles, analyses et expertise.

Le Bulletin de santé du végétal (BSV), établi à l'échelle régionale, décrit l'état sanitaire, les stades, la présence de bioagresseurs et le niveau de risque. Il ne constitue pas une prescription de traitement : il fournit un contexte collectif à compléter par l'observation de la parcelle.

Le BSV indique qu'un bioagresseur est observé dans un réseau et peut estimer un risque. SILLOVA doit éviter la logique « BSV = traitement ». Une parcelle peut différer par variété, date de semis, stade, inoculum, historique et microclimat. À l'inverse, l'absence de signal régional ne garantit pas l'absence locale.

Sources de cette section [S02][S03][S38]

06 · Protection intégrée

Hiérarchie des leviers

La protection intégrée des cultures combine prévention, surveillance, seuils, méthodes non chimiques, résistance variétale et produits phytopharmaceutiques ciblés.

La Directive 2009/128/CE et le cadre français Écophyto donnent une place centrale à la protection intégrée. La hiérarchie commence par la rotation, le choix variétal, l'assainissement, les dates de semis et le raisonnement du microclimat avant toute intervention directe.

La rotation est très efficace quand l'agent dépend fortement d'une culture hôte. Elle est moins efficace contre un agent à inoculum aérien abondant venant de loin. Pour Sclerotinia sclerotiorum, la rotation doit considérer l'ensemble des espèces hôtes ; pour une rouille de blé, la résistance variétale et le contexte régional peuvent être plus déterminants.

Hiérarchie des leviers de protection intégrée
NiveauLevierExemples
1PréventionRotation, variété résistante, assainissement
2SurveillanceBSV, observation parcelle, modèles
3Méthodes non chimiquesBroyage, aération, biocontrôle
4Protection directeFongicides ciblés, alternance des modes d'action
Sources de cette section [S04][S05][S06]

07 · Fongicides

Résistances et raisonnement

Les fongicides ne forment pas un groupe homogène. Le spectre, l'activité préventive/curative, la systémie, la persistance et le mode d'action diffèrent.

Un traitement ne « crée » pas intentionnellement une mutation résistante : il exerce une pression de sélection qui favorise les individus possédant déjà des mécanismes réduisant la sensibilité. Les mécanismes incluent modification de la cible, surexpression, efflux, détoxification ou combinaisons.

La note commune 2026 sur les céréales à paille souligne que la dynamique de résistance reste un facteur structurant. Pour Zymoseptoria tritici, le suivi du Réseau Performance montre en 2025 une fréquence moyenne d'environ 36 % d'isolats CarR, résistants aux SDHI. La note recommande de privilégier prophylaxie, résistance variétale, OAD et diversité des modes d'action.

Sources de cette section [S06][S12][S26]

08 · Fiches maladies

Maladies majeures par filière

Les maladies les plus structurantes du paysage phytopathologique français, avec leurs leviers de gestion principaux.

Sur céréales, la septoriose du blé (Zymoseptoria tritici) se conserve sur résidus et produit des pycnidiospores qui se dispersent par éclaboussures. L'objectif est de préserver les feuilles qui contribuent au rendement. Les rouilles sont des maladies explosives : la rouille jaune peut progresser très vite sur variété sensible. Les fusarioses des épis produisent du DON ; le risque s'évalue avant tout par précédent, résidus, variété et climat autour de la floraison.

Sur colza, le sclérotinia (Sclerotinia sclerotiorum) se situe autour de la floraison : les pétales contaminés servent de support d'infection. La stratégie est préventive, l'absence de solution curative imposant une décision au bon stade. Sur betterave, la cercosporiose (Cercospora beticola) est aujourd'hui la maladie foliaire dominante dans une grande partie du bassin betteravier français.

Maladies majeures par filière
FilièreMaladieLevier principal
BléSeptoriose, rouilles, fusariosesRésistance variétale, prophylaxie, OAD
ColzaSclérotiniaPrévention à la floraison, rotation large
Pomme de terreMildiouModèle Mileos, résistance, observation
BetteraveCercosporioseVigi'Cerco, IPM, tolérance variétale
VigneMildiou, oïdium, black rotModèles, observation, prophylaxie
Sources de cette section [S12][S13][S15][S23][S32]

09 · Climat

Changement climatique et maladies émergentes

Le changement climatique modifie simultanément le pathogène, la plante et les pratiques. Il n'existe pas de règle selon laquelle toutes les maladies augmenteraient avec le réchauffement.

Les hivers plus doux peuvent favoriser la survie de certains inocula ou vecteurs. Les sécheresses peuvent réduire les infections dépendantes d'eau tout en affaiblissant l'hôte. Les changements de dates de semis et de cultures déplacent les fenêtres de rencontre. La littérature scientifique insiste sur le caractère pathosystème-spécifique.

En présence d'un organisme réglementé, d'un foyer inhabituel ou d'un symptôme compatible avec un organisme de quarantaine, il faut sortir du raisonnement agronomique ordinaire et activer la voie officielle de confirmation/notification.

  • Documenter photos, répartition et matériel végétal.
  • Comparer au BSV, aux alertes DRAAF/ANSES/EPPO.
  • Éviter tout déplacement inutile depuis le foyer.
  • Contacter le service officiel compétent avant conclusion publique.
Sources de cette section [S30][S40]

10 · Réglementation

Cadre juridique applicable en 2026

Le cadre juridique se répartit entre santé des végétaux, mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, surveillance et mesures spécifiques.

La Directive 2009/128/CE impose la protection intégrée. Le Règlement (CE) n°1107/2009 régit la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Le Règlement (UE) 2016/2031 établit les mesures de protection contre les organismes nuisibles. Les textes et autorisations évoluent ; la base SILLOVA doit stocker la date de dernière vérification.

Toute recommandation de produit est hors périmètre de cette base documentaire. Les usages, doses, nombres d'applications, délais, ZNT et conditions d'emploi doivent être vérifiés dans E-Phy et dans les textes applicables au moment de la décision.

Sources de cette section [S04][S05][S06]

Questions fréquentes

Pour aller à l’essentiel

Comment savoir si une tache est une maladie fongique ?

Une tache n'est pas spécifique. Rechercher des signes (pycnides, pustules, feutrage, sporulation), observer la répartition dans la parcelle et vérifier le contexte climatique. Si l'enjeu économique ou réglementaire est élevé, faire confirmer.

Une maladie peut-elle être présente sans symptôme ?

Oui. Une infection peut rester latente pendant l'incubation. Les virus, bactéries, champignons et oomycètes peuvent être détectés avant expression selon méthode et stade.

Un fongicide peut-il guérir une plante déjà malade ?

Cela dépend du pathosystème et du produit. Beaucoup de stratégies sont surtout préventives. Les tissus détruits ne redeviennent pas sains.

Pourquoi deux parcelles voisines n'ont-elles pas la même maladie ?

Variété, date de semis, stade, précédent, résidus, densité, nutrition, irrigation, microrelief, traitement et inoculum peuvent différer. Une différence de quelques jours dans un stade sensible suffit parfois.

Le BSV dit risque faible : puis-je exclure la maladie ?

Non. Le BSV décrit une situation régionale. Un foyer local, une variété très sensible ou un microclimat particulier peut diverger. [S02]

Quelle différence entre mildiou et oïdium ?

Les mildious sont des oomycètes généralement très dépendants de l'eau et produisent souvent un feutrage sous la feuille. Les oïdiums sont des champignons biotrophes produisant un feutrage superficiel poudreux.

Qu'est-ce qu'une résistance variétale ?

C'est une capacité génétique de la plante à réduire l'infection ou le développement de la maladie. Elle peut être qualitative ou quantitative. Elle doit être actualisée car les populations pathogènes évoluent. [S17]

Pourquoi les résistances aux fongicides apparaissent-elles ?

Les applications sélectionnent des individus moins sensibles. Alterner les leviers, réduire le nombre d'expositions et surveiller les populations ralentit la sélection. [S12]

Une chlorose est-elle forcément une carence ?

Non. Les virus, phytoplasmes, maladies racinaires, asphyxie, herbicides et autres stress peuvent provoquer une chlorose. La géographie du symptôme et les analyses aident à départager.

L'agriculture biologique peut-elle gérer les maladies ?

Oui, surtout par prévention : rotation, variétés, matériel sain, climat du couvert, hygiène et biocontrôle lorsque pertinent. Les moyens directs autorisés sont plus limités. [S04]

Traçabilité

Sources utilisées

Les chiffres et repères affichés sur cette page renvoient à leur organisme d’origine. Les bases vivantes sont vérifiées avant toute recommandation opérationnelle.

8 sources affichées sur 41

  1. S01
  2. S02
  3. S03
  4. S04

    Organisme source

    Stratégie Écophyto 2030

    2025

  5. S05
  6. S06
  7. S07
  8. S08