01 · Référence
Synthèse opérationnelle
L’irrigation de la vigne n’est ni une assurance tous risques contre la sécheresse, ni une technique dont l’objectif devrait être de supprimer toute contrainte hydrique. La vigne supporte des déficits modérés et, selon le cépage, le type de vin…
En France, le raisonnement technique doit être précédé d’un raisonnement juridique. Depuis 2023, la règle générale applicable aux vignes aptes à produire des raisins de cuve interdit l’irrigation du 15 septembre à la récolte. Pour les vignes aptes à produire des vins AOC/AOP, une règle plus restrictive demeure : irrigation interdite du 1er mai à la récolte, sauf dérogation accordée par l’INAO pour une récolte déterminée lorsque le cahier des charges le permet et qu’un stress hydrique est susceptible de remettre en cause la qualité de la production. Le producteur doit…
02 · Référence
Cadre, définitions et place de l’irrigation dans la viticulture française
Irriguer une vigne consiste à apporter artificiellement de l’eau au système sol–racines–plante afin de modifier l’état hydrique du vignoble. La bonne unité de raisonnement est la hauteur d’eau équivalente en millimètres : 1 mm appliqué uniformément sur 1…
Dans une approche de précision, l’objectif n’est pas « d’arroser » au sens d’humidifier le sol, mais de maintenir l’état hydrique de la vigne dans une plage cohérente avec l’objectif de production. Cette plage n’est pas universelle : un vignoble de rosé à rendement relativement élevé, un rouge de garde à faible rendement, une jeune plantation, un sol très superficiel ou un cépage sensible à la sécheresse n’ont pas les mêmes cibles. L’OIV recommande de réserver l’irrigation aux vignes soumises à des contraintes hydriques bien établies, d’adapter…
03 · Référence
Physiologie de la vigne et conséquences du déficit hydrique
L’eau absorbée par les racines est entraînée vers les feuilles par le gradient de potentiel hydrique créé par la transpiration. Quand la disponibilité en eau du sol diminue ou que la demande atmosphérique augmente fortement, la tension dans le système hydraulique…
La fermeture stomatique protège le système hydraulique mais réduit l’assimilation carbonée. Si la contrainte se prolonge, la croissance des rameaux ralentit puis s’arrête, la surface foliaire fonctionnelle peut diminuer, les baies restent plus petites et la maturation peut se déséquilibrer. Lors de stress sévères combinés à de fortes chaleurs, l’échauffement des feuilles et des grappes devient également critique. Les travaux récents d’INRAE montrent une variabilité importante de résistance hydraulique entre génotypes, ce qui confirme qu’une stratégie uniforme n’est pas pertinente. [SCI-5]
04 · Référence
Stades phénologiques et sensibilité à l’eau
Figure 1 — Schéma de principe des objectifs hydriques selon les grandes phases du cycle. Adapté des travaux IFV/INRA-Ojeda ; à ajuster au contexte local.
Le développement du feuillage et des futures inflorescences exige une alimentation hydrique suffisante. Un déficit très précoce peut réduire la croissance, la surface foliaire et le potentiel de production avant même que la saison sèche ne soit installée. À l’inverse, un excès d’eau associé à une forte disponibilité azotée peut provoquer une vigueur excessive. Le pilotage doit donc viser une croissance régulière sans stimuler inutilement la végétation.
05 · Référence
Diagnostic de l’état hydrique : plante, sol, climat et télédétection
Figure 2 — Les trois familles d’information à croiser avant une décision d’irrigation.
La chambre à pression de Scholander mesure la tension nécessaire pour faire apparaître la sève au niveau du pétiole d’une feuille. Le résultat, exprimé en MPa et négatif, est directement lié à l’état hydrique de la plante : plus la valeur est négative, plus la contrainte est forte. L’IFV considère cette famille de mesures comme une référence pour caractériser l’état hydrique de la vigne. [TECH-2]
06 · Référence
Bilan hydrique et calcul des besoins
Le bilan hydrique d’une vigne peut être formulé simplement comme une comptabilité du stock d’eau exploitable par les racines. Les entrées sont la pluie efficace, l’irrigation et, selon les sols, une éventuelle remontée capillaire. Les sorties sont l’évaporation…
ET0 représente la demande évaporative de référence calculée à partir du rayonnement, de la température, de l’humidité et du vent. Le coefficient cultural Kc transforme cette demande en consommation d’un couvert donné. Pour la vigne, Kc varie au cours de la saison et dépend fortement de la surface foliaire, de l’écartement des rangs, de la hauteur de feuillage, de l’enherbement et du mode de conduite. Une valeur copiée d’un autre vignoble peut donc fausser les volumes de plusieurs dizaines de pourcents.
07 · Référence
Stratégies d’irrigation et objectifs de production
La RDI consiste à appliquer une fraction de la consommation potentielle ou à viser des niveaux de potentiel hydrique différenciés selon les stades. Son intérêt est de préserver l’efficience de l’eau et de maîtriser la vigueur sans laisser la vigne…
Une stratégie RDI robuste ne se définit donc pas par un pourcentage fixe de l’ETc pour toute la saison. Elle doit préciser : la période de déficit recherchée, la classe de stress maximale acceptable, la fréquence de mesure, la règle de déclenchement, la dose plafond par événement et la règle d’arrêt avant vendange compte tenu du droit applicable.
08 · Référence
Systèmes d’irrigation et choix du matériel
Le goutte-à-goutte est la solution de référence dans de nombreux vignobles irrigués parce qu’il limite le mouillage du feuillage, fonctionne à pression modérée et permet des apports précis, automatisables et sectorisés. Il est compatible avec la fertigation lorsque celle…
Les rampes peuvent être posées au sol, suspendues sur un fil ou enterrées selon le système et les règles applicables. Il faut souligner qu’une ancienne version de la réglementation AOC interdisait certaines installations fixes enterrées ; le paragraphe correspondant de l’article D645-5 est aujourd’hui abrogé. Cela ne signifie pas que toutes les configurations sont autorisées partout : les cahiers des charges et contraintes environnementales restent à vérifier. [REG-2]
09 · Référence
Dimensionnement hydraulique et conception du réseau
Le réseau doit être dimensionné à partir du volume maximal que l’on souhaite apporter dans la fenêtre de temps réellement disponible. Une parcelle de 10 ha à laquelle on veut pouvoir appliquer 15 mm en 48 h représente 1 500 m³…
Le débit d’un secteur peut être calculé directement : nombre de goutteurs × débit nominal. Avec des rangs espacés de 2,0 m, un hectare comporte environ 5 000 m linéaires de rang. Des goutteurs espacés de 1 m donnent donc environ 5 000 goutteurs/ha. À 2 L/h, le débit théorique est 10 m³/h/ha. Une dose de 10 mm, soit 100 m³/ha, nécessite alors environ 10 h d’ouverture à débit nominal, hors correction d’uniformité et pertes.
10 · Référence
Qualité de l’eau, salinité et prévention du colmatage
Une eau d’irrigation peut être hydrauliquement disponible mais agronomiquement problématique. Les principaux risques sont la salinité globale, les ions spécifiques (chlorure, sodium, bore), l’alcalinité/bicarbonates, les matières en suspension, le fer et le manganèse, la charge biologique et les interactions…
Sous irrigation localisée, l’eau est prélevée par les racines mais les sels restent majoritairement dans le sol et se concentrent à la périphérie du bulbe humide. Des irrigations répétées avec une eau moyennement saline peuvent donc créer des gradients de salinité même si le volume total d’eau semble suffisant. L’IFV recommande de diagnostiquer les zones salines, de suivre la salinité, d’adapter le porte-greffe et de raisonner irrigation, drainage et éventuellement lessivage en période hivernale lorsque la ressource et la réglementation le permettent. [TECH-8] [FAO-3]
| Question | Réponse de référence SILLOVA |
|---|---|
| Quand irriguer ? | Quand un risque hydrique mesuré ou prévu menace l’objectif de production, après vérification réglementaire et en croisant plante + sol + climat. |
| Combien apporter ? | Raisonner en mm ou m³/ha à partir du bilan hydrique, de la cible de contrainte et de l’efficience du réseau. 1 mm… |
| Quel système ? | Le goutte-à-goutte est généralement le plus adapté à une irrigation de précision ; l’aspersion peut répondre à d’autres contraintes mais avec… |
| Quel indicateur prioritaire ? | Le potentiel hydrique (notamment tige ou base) est une référence physiologique ; les sondes et le bilan hydrique apportent le contexte et l’anticipation. |
| Faut-il supprimer tout stress ? | Non. Une contrainte légère à modérée peut être compatible avec certains objectifs qualitatifs ; une contrainte sévère est généralement défavorable au fonctionnement, au rendement et… |
| Règle AOC/AOP ? | Interdiction du 1er mai à la récolte sauf dérogation INAO lorsque le cahier des charges le permet, pour une récolte déterminée et un stress… |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Que faut-il retenir sur synthèse opérationnelle ?
L’irrigation de la vigne n’est ni une assurance tous risques contre la sécheresse, ni une technique dont l’objectif devrait être de supprimer toute contrainte hydrique. La vigne supporte des déficits modérés et, selon le cépage, le type de vin, le sol et le stade phénologique, un certain niveau de contrainte peut contribuer à contenir la vigueur et à orienter… [W01][W02]
Que faut-il retenir sur cadre, définitions et place de l’irrigation dans la viticulture française ?
Irriguer une vigne consiste à apporter artificiellement de l’eau au système sol–racines–plante afin de modifier l’état hydrique du vignoble. La bonne unité de raisonnement est la hauteur d’eau équivalente en millimètres : 1 mm appliqué uniformément sur 1 hectare correspond à 10 m³ d’eau. Cette conversion simple permet de relier les besoins calculés par bilan hydrique aux… [W01][W02]
Que faut-il retenir sur physiologie de la vigne et conséquences du déficit hydrique ?
L’eau absorbée par les racines est entraînée vers les feuilles par le gradient de potentiel hydrique créé par la transpiration. Quand la disponibilité en eau du sol diminue ou que la demande atmosphérique augmente fortement, la tension dans le système hydraulique devient plus négative. La vigne réduit alors l’ouverture de ses stomates afin de limiter les pertes, ce qui diminue… [W01][W02]
Que faut-il retenir sur stades phénologiques et sensibilité à l’eau ?
Figure 1 — Schéma de principe des objectifs hydriques selon les grandes phases du cycle. Adapté des travaux IFV/INRA-Ojeda ; à ajuster au contexte local. Le développement du feuillage et des futures inflorescences exige une alimentation hydrique suffisante. Un déficit très précoce peut réduire… [W01][W02]
Que faut-il retenir sur diagnostic de l’état hydrique : plante, sol, climat et télédétection ?
Figure 2 — Les trois familles d’information à croiser avant une décision d’irrigation. La chambre à pression de Scholander mesure la tension nécessaire pour faire apparaître la sève au niveau du pétiole d’une feuille. Le résultat, exprimé en MPa et négatif, est… [W01][W02]
Que faut-il retenir sur bilan hydrique et calcul des besoins ?
Le bilan hydrique d’une vigne peut être formulé simplement comme une comptabilité du stock d’eau exploitable par les racines. Les entrées sont la pluie efficace, l’irrigation et, selon les sols, une éventuelle remontée capillaire. Les sorties sont l’évaporation du sol… [W01][W02]





