Référence agronomique · France

Cultures · Grandes cultures · Protéagineux

Féverole

Vicia faba L.

La féverole est une légumineuse cultivée pour ses graines riches en protéines. Le choix entre type d’hiver et de printemps, l’implantation et la maîtrise des maladies se raisonnent selon la parcelle et le débouché.

Mis à jour le 02/10/2026 Lecture 12 min
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Féverole en fleur noire et blanche dans une parcelle française
Féverole en fleur · Image SILLOVA
Données datéesPrévisions distinguées des bilans
Contexte avant conseilRégion, sol, variété et débouché

Repères essentiels

Une lecture synthétique des informations à retenir avant d’entrer dans le détail.

Famille

Légumineuse

Cycles

Hiver ou printemps

Produit

Graines protéiques

Choix

Parcelle et débouché

01 · Identité

Comprendre la féverole

La féverole (Vicia faba L. ) est une légumineuse à graines de la famille des Fabaceae, cultivée pour sa forte teneur en protéines, son effet précédent et son autonomie azotée.

La féverole est une plante annuelle à port dressé, dotée de grandes feuilles composées sans vrilles, de fleurs papilionacées noires et blanches, et de gousses renfermant plusieurs graines volumineuses. Elle développe un pivot et des racines latérales portant les nodosités. Sa vigueur d’enracinement est un déterminant majeur de l’accès à l’eau et de la tenue de tige.

En France, elle est cultivée sous deux formes : la féverole d’hiver, implantée à l’automne, et la féverole de printemps, semée en fin d’hiver. Les deux types partagent la même espèce botanique que la fève potagère, mais les variétés modernes de grande culture sont sélectionnées pour le rendement grain, la tenue de tige et les critères de débouché.

Repères botaniques et physiologiques
CaractéristiqueFéveroleImportance pratique
FamilleFabaceaeFixation symbiotique de l’azote, effet précédent
ReproductionPartiellement allogamePollinisation par insectes ; semences de ferme à risque de dérive génétique
CycleHiver ou printempsHiver : long cycle, ramification ; Printemps : cycle court, densité plus élevée
ProduitGraine sècheProtéines, amidon, fibres selon le débouché

02 · Filière

Une culture en fort rebond

La récolte 2025 marque un net rebond de la féverole en France, avec des surfaces et des productions en hausse significative par rapport aux années précédentes.

Selon le bilan de marché Terres Univia publié en juin 2026, la récolte 2025 de féverole en France s’établit à 112 000 ha pour une production de 283 000 t et un rendement moyen de 25,2 q/ha. Le bilan conjoncturel Agreste 2025 retient un ordre de grandeur voisin : 112 000 ha, 25,4 q/ha et 285 000 t. La campagne 2025/26 fait de la féverole la première légumineuse à graines par surface dans la synthèse Terres Univia, devant le pois protéagineux.

La note Agreste de juillet 2026 indique que la production de féveroles 2026 pourrait encore progresser légèrement : +3,3 % par rapport à 2025 et +38,9 % par rapport à la moyenne 2021–2025 dans l’estimation au 1er juillet. Cette donnée 2026 est provisoire et ne doit pas remplacer le bilan consolidé 2025 dans une série historique.

Production française de féverole
AnnéeSurfaceRendementProductionStatut
2023~ 75 000 ha~ 24 q/ha~ 180 000 tConsolidé
2024~ 80 000 ha~ 24 q/ha~ 192 000 tConsolidé
2025112 000 ha25,2 q/ha283 000 tConsolidé
2026En progression——Prévision juillet 2026

03 · Cycle

Féverole d’hiver et de printemps : deux conduites distinctes

Le choix entre hiver et printemps est un levier de gestion du climat, du risque sanitaire et de l’organisation du travail.

La féverole d’hiver allonge le cycle et avance la floraison, ce qui permet d’éviter une partie des stress hydriques et thermiques de fin de printemps. En contrepartie, elle passe davantage de temps dans un couvert humide et peut être plus exposée au botrytis, à l’ascochytose et au gel hivernal. La féverole de printemps réduit le risque de gel et peut simplifier certains semis, mais sa floraison et son remplissage surviennent plus tard, avec un risque accru de chaleur et de sécheresse en fin de cycle.

La féverole d’hiver ramifie davantage que la féverole de printemps. Cette plasticité explique un objectif de peuplement inférieur en hiver : un couvert trop dense se ferme rapidement, s’aère mal, augmente le risque de maladies et de verse. Le rendement final résulte du nombre de tiges fertiles, de nœuds reproducteurs, de gousses conservées, de graines par gousse et du poids mille grains.

Comparaison hiver / printemps
CritèreFéverole d’hiverFéverole de printemps
SemisSeptembre à novembreFévrier à mars
Objectif plantes20-25 plantes/m²35-40 plantes/m²
Profondeur7-10 cm5-7 cm selon date
RamificationForteFaible
Risque sanitaireBotrytis, ascochytose, gelStress chaleur, sécheresse
FloraisonPlus précocePlus tardive

04 · Implantation

Semer dans de bonnes conditions

L’implantation de la féverole repose sur un lit de semences profond et meuble, une densité adaptée au type et une profondeur suffisante pour une grosse graine.

La préparation du sol vise à allier portance et absence de semelle de battance. La féverole tolère les sols argileux, profonds ou caillouteux, mais craint l’asphyxie prolongée et le tassement. Les techniques culturales simplifiées et le semis direct sont possibles lorsque la structure et le dispositif de semis permettent un placement régulier.

En féverole d’hiver, Terres Inovia vise 20 à 25 plantes/m² et recommande un semis profond de l’ordre de 7 à 10 cm. En féverole de printemps, l’objectif est 35 à 40 plantes/m², avec une profondeur de 6-7 cm pour un semis précoce puis environ 5 cm après le 20 février. La dose en kg/ha doit être calculée lot par lot à partir du PMG et de la faculté germinative.

  • Attendre un sol ressuyé et structuré avant de semer.
  • Viser 7-10 cm en hiver, 5-7 cm au printemps selon la date.
  • Ajuster la densité au type (hiver/printemps) et au débouché.
  • Calculer la dose en kg/ha à partir du PMG du lot.
  • Vérifier la qualité de levée et d’enracinement au champ.

05 · Azote & Nutrition

Autonomie azotée et nutrition minérale

La féverole fixe l’azote atmosphérique par symbiose avec les bactéries du sol. Cette autonomie ne dispense pas d’une attention aux autres éléments fertilisants.

La féverole fixe l’azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium présentes dans le sol. Pour la majorité des légumineuses cultivées en France, ces bactéries sont généralement présentes ; l’inoculation est donc habituellement non requise, contrairement au soja. La plante utilise d’abord l’azote minéral disponible et active davantage la fixation lorsque le nitrate se raréfie. Un excès d’azote minéral peut réduire la nodulation.

L’autonomie azotée ne signifie pas autonomie minérale totale. La féverole prélève phosphore, potassium, soufre, magnésium et oligoéléments. Le guide Terres Inovia qualifie les besoins P et K de modérés. Le bore mérite une attention particulière dans certaines situations à pH élevé, notamment limons hydromorphes, où sa disponibilité peut devenir limitante. La zone de pH généralement favorable se situe autour de 6 à 7.

Nutrition minérale : logique de raisonnement
ÉlémentRôleDiagnostic et gestion
Azote (N)Fixation symbiotiquePas d’apport minéral en fonctionnement normal
Phosphore (P)Démarrage racinaireBilan rotation, analyse de sol
Potassium (K)OsmorégulationBilan exportations grain/fourrage
Soufre (S)Synthèse protéiqueSurveiller en sols lessivés
Bore (B)FécondationAttention si pH > 7,5 et limons hydromorphes

06 · Eau & Climat

Gérer l’eau et les stress thermiques

La féverole valorise les sols à réserve utile correcte mais reste sensible au déficit hydrique autour de la floraison et du remplissage.

La féverole d’hiver avance le cycle et peut éviter une partie des déficits tardifs. En 2025, Terres Inovia a observé des rendements de printemps souvent limités par les fortes chaleurs et le stress hydrique de fin juin, alors que les types d’hiver avaient déjà avancé leur cycle. L’irrigation n’est pas systématique en France ; lorsqu’elle existe, elle doit être raisonnée avec la réserve utile et privilégier la fenêtre floraison-remplissage.

À l’autre extrême, la féverole tolère le froid d’abord selon la variété et le stade d’endurcissement. Certaines références citent des tolérances pouvant atteindre environ –12 °C dans de bonnes conditions pour des variétés d’hiver, mais ce chiffre ne doit jamais être lu comme une température garantie : durée du gel, vent, humidité et alternance gel-dégel modifient fortement les dégâts.

Stress climatiques et réponse
StressEffetAdaptation
Sécheresse floraisonAvortement, réduction PMGIrrigation ciblée, précocité, réserve utile
Chaleur remplissageSénescence accéléréeVariétés diversifiées, semis hiver
Gel hivernalDégâts variablesVariété adaptée, stade endurci
Excès d’eauAsphyxie, maladiesDrainage, sol ressuyé au semis

07 · Protection intégrée

Prévenir, observer, puis décider

La protection intégrée de la féverole repose sur la rotation, le choix variétal, la date et la densité de semis avant toute intervention ciblée.

Les principales maladies aériennes sont le botrytis (Botrytis fabae), l’ascochytose (Ascochyta fabae) et la rouille (Uromyces viciae-fabae). Leur expression dépend fortement du microclimat du couvert. Les féveroles d’hiver semées tôt et trop denses accumulent davantage de pression de botrytis et d’ascochytose. Le botrytis se reconnaît par de petites taches brun chocolat de 2-3 mm ; l’ascochytose produit des lésions plus grandes, claires au centre, ponctuées de pycnides noires.

Trois ravageurs structurent la surveillance : les sitones en début de cycle, le puceron noir de la fève pendant la croissance/floraison et la bruche de la féverole (Bruchus rufimanus) pendant la formation des gousses. La bruche n’a qu’une génération par an ; les larves pénètrent dans la graine et laissent un trou circulaire de sortie qui compromet fortement les marchés alimentation humaine et semences. Certains contrats visent seulement 1 à 3 % de graines bruchées.

Risques majeurs et premiers leviers
RisqueSignal ou contexteLeviers prioritaires
Botrytis / ascochytoseCouvert dense, humideRotation, densité adaptée, aération
RouilleTemps chaud et humideRotation, variété résistante
SitonesDébut de cycleObservation, semis profond
Puceron noirFloraisonAuxiliaires, seuils BSV
BrucheGousses en formationDate semis, récolte rapide, stockage froid
NématodesSol lourd, rotation courteSemences saines, rotation longue

08 · Récolte & stockage

Préserver la valeur du grain

La récolte de la féverole doit arbitrer entre humidité, pertes au champ, qualité sanitaire et intégrité des grosses graines.

La maturité se traduit par le noircissement des gousses puis le jaunissement/brunissement des tiges. Terres Inovia recommande de récolter autour de 17-18 % d’humidité pour limiter la casse des grosses graines, puis de ramener le lot vers 14 % pour le stockage. Récolter trop sec augmente les graines cassées et l’égrenage ; trop humide augmente la charge de ventilation/séchage et le risque de conservation.

À l’arrivée au silo, la température peut dépasser 35 °C. Une ventilation immédiate est recommandée pour revenir rapidement vers 18-20 °C, puis une descente par paliers vers 10 °C ou moins pour une conservation longue. Le froid de stockage conserve la graine mais ne tue pas nécessairement les bruches présentes. Depuis le 11 décembre 2024, l’usage de K-Obiol UVL 6 sur féverole stockée n’est plus possible suite à l’abaissement de la LMR de deltaméthrine à 0,01 mg/kg.

Repères de récolte et stockage
ParamètreRepèreConséquence si non maîtrisé
Humidité récolte17-18 %Casse si trop sec, séchage coûteux si trop humide
Humidité stockage14 %Risque de conservation, moisissures
Température arrivée> 35 °CVentilation immédiate nécessaire
Température stockage10 °C ou moinsBruches survivent, conservation allongée
Réglage batteurDouxCasse des grosses graines

09 · Débouchés

Alimentation animale, humaine et fractionnement

La féverole fournit simultanément protéines, amidon et énergie. La qualité recherchée dépend fortement du débouché.

L’observatoire Terres Inovia/Terres Univia 2025 a mesuré 28,4 % de protéines sur matière sèche en moyenne sur 76 échantillons. Les lots présentaient peu de graines cassées, tachées ou attaquées. Les débouchés restent dominés par l’alimentation animale, mais l’alimentation humaine, les farines et le fractionnement en protéines, amidon et fibres constituent des marchés à plus forte segmentation qualitative.

Pour les monogastriques, les tannins et la vicine-convicine peuvent réduire la valeur d’usage de certains lots. Les variétés à fleurs blanches sont associées à l’absence ou faible présence de tannins du tégument. La vicine et la convicine sont des glucosides pyrimidiques pouvant déclencher une crise hémolytique (favisme) chez les personnes déficientes en G6PD. La sélection a permis de créer des variétés à faible vicine-convicine.

Débouchés et critères qualité dominants
DébouchéCritère cléContrainte spécifique
Alimentation animaleProtéines, énergieTannins pour monogastriques
Alimentation humaineAspect, absence bruchesVicine-convicine, favisme
FractionnementProtéines, couleurHomogénéité, faible bruchage
SemencesPureté variétaleCertification, faculté germinative

10 · Perspectives

Souveraineté protéique et environnement

La féverole incarne une réponse agronomique et stratégique à la dépendance protéique de l’Union européenne.

La Commission européenne souligne la dépendance persistante de l’UE aux protéines à haute teneur : en 2025, environ 25 % des protéines issues des oléagineux et protéagineux utilisées dans l’UE étaient d’origine UE. Le plan d’action européen de juillet 2026 vise notamment à augmenter la part de protéines d’oléagineux et protéagineux de l’UE utilisées en alimentation animale jusqu’à 35 % d’ici 2035.

Le principal service environnemental de la féverole est la fixation biologique de l’azote : elle remplace une part d’azote de synthèse et réduit l’énergie et les émissions associées. Ces bénéfices ne sont pas automatiques : les résidus riches en azote peuvent minéraliser après récolte, et un sol nu et pluvieux peut perdre des nitrates. La floraison fournit une ressource aux pollinisateurs, mais une protection insecticide mal positionnée peut les affecter.

Services et compromis environnementaux
ServiceMécanismeCondition de réalisation
Fixation azoteSymbiose RhizobiumBonne nodulation, pas d’excès N minéral
Rupture rotationChangement famille botaniqueRotation suffisamment longue
Ressource pollinisateursFleurs nectarifèresProtection insecticide respectueuse
Réduction émissionsPas d’engrais azoté minéralIntégration à la rotation

Questions fréquentes

Pour aller à l’essentiel

La féverole a-t-elle besoin d’engrais azoté?

En fonctionnement normal, non : elle fixe l’azote atmosphérique grâce aux nodosités. Un apport d’azote minéral peut même réduire la fixation symbiotique.

Faut-il inoculer la féverole?

Généralement non en France. Les rhizobia des légumineuses sont habituellement présents dans les sols français ; la féverole n’est pas dans le cas du soja qui exige presque systématiquement une inoculation.

Pourquoi la bruche est-elle si importante?

Elle pénètre dans la graine et laisse un trou circulaire de sortie qui dégrade l’aspect et la germination. Les marchés humains et semences sont très sensibles à ce défaut.

Traçabilité

Sources utilisées

Les principales références utilisées pour vérifier les repères de cette page.