01 · Identité
Comprendre la féverole
La féverole (Vicia faba L.) est une légumineuse à graines de la famille des Fabaceae, cultivée pour sa forte teneur en protéines, son effet précédent et son autonomie azotée.
La féverole est une plante annuelle à port dressé, dotée de grandes feuilles composées sans vrilles, de fleurs papilionacées noires et blanches, et de gousses renfermant plusieurs graines volumineuses. Elle développe un pivot et des racines latérales portant les nodosités. Sa vigueur d’enracinement est un déterminant majeur de l’accès à l’eau et de la tenue de tige.
En France, elle est cultivée sous deux formes : la féverole d’hiver, implantée à l’automne, et la féverole de printemps, semée en fin d’hiver. Les deux types partagent la même espèce botanique que la fève potagère, mais les variétés modernes de grande culture sont sélectionnées pour le rendement grain, la tenue de tige et les critères de débouché.
| Caractéristique | Féverole | Importance pratique |
|---|---|---|
| Famille | Fabaceae | Fixation symbiotique de l’azote, effet précédent |
| Reproduction | Partiellement allogame | Pollinisation par insectes ; semences de ferme à risque de dérive génétique |
| Cycle | Hiver ou printemps | Hiver : long cycle, ramification ; Printemps : cycle court, densité plus élevée |
| Produit | Graine sèche | Protéines, amidon, fibres selon le débouché |
02 · Filière
Une culture en fort rebond
La récolte 2025 marque un net rebond de la féverole en France, avec des surfaces et des productions en hausse significative par rapport aux années précédentes.
Selon le bilan de marché Terres Univia publié en juin 2026, la récolte 2025 de féverole en France s’établit à 112 000 ha pour une production de 283 000 t et un rendement moyen de 25,2 q/ha. Le bilan conjoncturel Agreste 2025 retient un ordre de grandeur voisin : 112 000 ha, 25,4 q/ha et 285 000 t. La campagne 2025/26 fait de la féverole la première légumineuse à graines par surface dans la synthèse Terres Univia, devant le pois protéagineux.
La note Agreste de juillet 2026 indique que la production de féveroles 2026 pourrait encore progresser légèrement : +3,3 % par rapport à 2025 et +38,9 % par rapport à la moyenne 2021–2025 dans l’estimation au 1er juillet. Cette donnée 2026 est provisoire et ne doit pas remplacer le bilan consolidé 2025 dans une série historique.
| Année | Surface | Rendement | Production | Statut |
|---|---|---|---|---|
| 2023 | ~ 75 000 ha | ~ 24 q/ha | ~ 180 000 t | Consolidé |
| 2024 | ~ 80 000 ha | ~ 24 q/ha | ~ 192 000 t | Consolidé |
| 2025 | 112 000 ha | 25,2 q/ha | 283 000 t | Consolidé |
| 2026 | En progression | — | — | Prévision juillet 2026 |
03 · Cycle
Féverole d’hiver et de printemps : deux conduites distinctes
Le choix entre hiver et printemps est un levier de gestion du climat, du risque sanitaire et de l’organisation du travail.
La féverole d’hiver allonge le cycle et avance la floraison, ce qui permet d’éviter une partie des stress hydriques et thermiques de fin de printemps. En contrepartie, elle passe davantage de temps dans un couvert humide et peut être plus exposée au botrytis, à l’ascochytose et au gel hivernal. La féverole de printemps réduit le risque de gel et peut simplifier certains semis, mais sa floraison et son remplissage surviennent plus tard, avec un risque accru de chaleur et de sécheresse en fin de cycle.
La féverole d’hiver ramifie davantage que la féverole de printemps. Cette plasticité explique un objectif de peuplement inférieur en hiver : un couvert trop dense se ferme rapidement, s’aère mal, augmente le risque de maladies et de verse. Le rendement final résulte du nombre de tiges fertiles, de nœuds reproducteurs, de gousses conservées, de graines par gousse et du poids mille grains.
| Critère | Féverole d’hiver | Féverole de printemps |
|---|---|---|
| Semis | Septembre à novembre | Février à mars |
| Objectif plantes | 20-25 plantes/m² | 35-40 plantes/m² |
| Profondeur | 7-10 cm | 5-7 cm selon date |
| Ramification | Forte | Faible |
| Risque sanitaire | Botrytis, ascochytose, gel | Stress chaleur, sécheresse |
| Floraison | Plus précoce | Plus tardive |
04 · Implantation
Semer dans de bonnes conditions
L’implantation de la féverole repose sur un lit de semences profond et meuble, une densité adaptée au type et une profondeur suffisante pour une grosse graine.
La préparation du sol vise à allier portance et absence de semelle de battance. La féverole tolère les sols argileux, profonds ou caillouteux, mais craint l’asphyxie prolongée et le tassement. Les techniques culturales simplifiées et le semis direct sont possibles lorsque la structure et le dispositif de semis permettent un placement régulier.
En féverole d’hiver, Terres Inovia vise 20 à 25 plantes/m² et recommande un semis profond de l’ordre de 7 à 10 cm. En féverole de printemps, l’objectif est 35 à 40 plantes/m², avec une profondeur de 6-7 cm pour un semis précoce puis environ 5 cm après le 20 février. La dose en kg/ha doit être calculée lot par lot à partir du PMG et de la faculté germinative.
- Attendre un sol ressuyé et structuré avant de semer.
- Viser 7-10 cm en hiver, 5-7 cm au printemps selon la date.
- Ajuster la densité au type (hiver/printemps) et au débouché.
- Calculer la dose en kg/ha à partir du PMG du lot.
- Vérifier la qualité de levée et d’enracinement au champ.
05 · Azote & Nutrition
Autonomie azotée et nutrition minérale
La féverole fixe l’azote atmosphérique par symbiose avec les bactéries du sol. Cette autonomie ne dispense pas d’une attention aux autres éléments fertilisants.
La féverole fixe l’azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium présentes dans le sol. Pour la majorité des légumineuses cultivées en France, ces bactéries sont généralement présentes ; l’inoculation est donc habituellement non requise, contrairement au soja. La plante utilise d’abord l’azote minéral disponible et active davantage la fixation lorsque le nitrate se raréfie. Un excès d’azote minéral peut réduire la nodulation.
L’autonomie azotée ne signifie pas autonomie minérale totale. La féverole prélève phosphore, potassium, soufre, magnésium et oligoéléments. Le guide Terres Inovia qualifie les besoins P et K de modérés. Le bore mérite une attention particulière dans certaines situations à pH élevé, notamment limons hydromorphes, où sa disponibilité peut devenir limitante. La zone de pH généralement favorable se situe autour de 6 à 7.
| Élément | Rôle | Diagnostic et gestion |
|---|---|---|
| Azote (N) | Fixation symbiotique | Pas d’apport minéral en fonctionnement normal |
| Phosphore (P) | Démarrage racinaire | Bilan rotation, analyse de sol |
| Potassium (K) | Osmorégulation | Bilan exportations grain/fourrage |
| Soufre (S) | Synthèse protéique | Surveiller en sols lessivés |
| Bore (B) | Fécondation | Attention si pH > 7,5 et limons hydromorphes |
06 · Eau & Climat
Gérer l’eau et les stress thermiques
La féverole valorise les sols à réserve utile correcte mais reste sensible au déficit hydrique autour de la floraison et du remplissage.
La féverole d’hiver avance le cycle et peut éviter une partie des déficits tardifs. En 2025, Terres Inovia a observé des rendements de printemps souvent limités par les fortes chaleurs et le stress hydrique de fin juin, alors que les types d’hiver avaient déjà avancé leur cycle. L’irrigation n’est pas systématique en France ; lorsqu’elle existe, elle doit être raisonnée avec la réserve utile et privilégier la fenêtre floraison-remplissage.
À l’autre extrême, la féverole tolère le froid d’abord selon la variété et le stade d’endurcissement. Certaines références citent des tolérances pouvant atteindre environ –12 °C dans de bonnes conditions pour des variétés d’hiver, mais ce chiffre ne doit jamais être lu comme une température garantie : durée du gel, vent, humidité et alternance gel-dégel modifient fortement les dégâts.
| Stress | Effet | Adaptation |
|---|---|---|
| Sécheresse floraison | Avortement, réduction PMG | Irrigation ciblée, précocité, réserve utile |
| Chaleur remplissage | Sénescence accélérée | Variétés diversifiées, semis hiver |
| Gel hivernal | Dégâts variables | Variété adaptée, stade endurci |
| Excès d’eau | Asphyxie, maladies | Drainage, sol ressuyé au semis |
07 · Protection intégrée
Prévenir, observer, puis décider
La protection intégrée de la féverole repose sur la rotation, le choix variétal, la date et la densité de semis avant toute intervention ciblée.
Les principales maladies aériennes sont le botrytis (Botrytis fabae), l’ascochytose (Ascochyta fabae) et la rouille (Uromyces viciae-fabae). Leur expression dépend fortement du microclimat du couvert. Les féveroles d’hiver semées tôt et trop denses accumulent davantage de pression de botrytis et d’ascochytose. Le botrytis se reconnaît par de petites taches brun chocolat de 2-3 mm ; l’ascochytose produit des lésions plus grandes, claires au centre, ponctuées de pycnides noires.
Trois ravageurs structurent la surveillance : les sitones en début de cycle, le puceron noir de la fève pendant la croissance/floraison et la bruche de la féverole (Bruchus rufimanus) pendant la formation des gousses. La bruche n’a qu’une génération par an ; les larves pénètrent dans la graine et laissent un trou circulaire de sortie qui compromet fortement les marchés alimentation humaine et semences. Certains contrats visent seulement 1 à 3 % de graines bruchées.
| Risque | Signal ou contexte | Leviers prioritaires |
|---|---|---|
| Botrytis / ascochytose | Couvert dense, humide | Rotation, densité adaptée, aération |
| Rouille | Temps chaud et humide | Rotation, variété résistante |
| Sitones | Début de cycle | Observation, semis profond |
| Puceron noir | Floraison | Auxiliaires, seuils BSV |
| Bruche | Gousses en formation | Date semis, récolte rapide, stockage froid |
| Nématodes | Sol lourd, rotation courte | Semences saines, rotation longue |
08 · Récolte & stockage
Préserver la valeur du grain
La récolte de la féverole doit arbitrer entre humidité, pertes au champ, qualité sanitaire et intégrité des grosses graines.
La maturité se traduit par le noircissement des gousses puis le jaunissement/brunissement des tiges. Terres Inovia recommande de récolter autour de 17-18 % d’humidité pour limiter la casse des grosses graines, puis de ramener le lot vers 14 % pour le stockage. Récolter trop sec augmente les graines cassées et l’égrenage ; trop humide augmente la charge de ventilation/séchage et le risque de conservation.
À l’arrivée au silo, la température peut dépasser 35 °C. Une ventilation immédiate est recommandée pour revenir rapidement vers 18-20 °C, puis une descente par paliers vers 10 °C ou moins pour une conservation longue. Le froid de stockage conserve la graine mais ne tue pas nécessairement les bruches présentes. Depuis le 11 décembre 2024, l’usage de K-Obiol UVL 6 sur féverole stockée n’est plus possible suite à l’abaissement de la LMR de deltaméthrine à 0,01 mg/kg.
| Paramètre | Repère | Conséquence si non maîtrisé |
|---|---|---|
| Humidité récolte | 17-18 % | Casse si trop sec, séchage coûteux si trop humide |
| Humidité stockage | 14 % | Risque de conservation, moisissures |
| Température arrivée | > 35 °C | Ventilation immédiate nécessaire |
| Température stockage | 10 °C ou moins | Bruches survivent, conservation allongée |
| Réglage batteur | Doux | Casse des grosses graines |
09 · Débouchés
Alimentation animale, humaine et fractionnement
La féverole fournit simultanément protéines, amidon et énergie. La qualité recherchée dépend fortement du débouché.
L’observatoire Terres Inovia/Terres Univia 2025 a mesuré 28,4 % de protéines sur matière sèche en moyenne sur 76 échantillons. Les lots présentaient peu de graines cassées, tachées ou attaquées. Les débouchés restent dominés par l’alimentation animale, mais l’alimentation humaine, les farines et le fractionnement en protéines, amidon et fibres constituent des marchés à plus forte segmentation qualitative.
Pour les monogastriques, les tannins et la vicine-convicine peuvent réduire la valeur d’usage de certains lots. Les variétés à fleurs blanches sont associées à l’absence ou faible présence de tannins du tégument. La vicine et la convicine sont des glucosides pyrimidiques pouvant déclencher une crise hémolytique (favisme) chez les personnes déficientes en G6PD. La sélection a permis de créer des variétés à faible vicine-convicine.
| Débouché | Critère clé | Contrainte spécifique |
|---|---|---|
| Alimentation animale | Protéines, énergie | Tannins pour monogastriques |
| Alimentation humaine | Aspect, absence bruches | Vicine-convicine, favisme |
| Fractionnement | Protéines, couleur | Homogénéité, faible bruchage |
| Semences | Pureté variétale | Certification, faculté germinative |
10 · Perspectives
Souveraineté protéique et environnement
La féverole incarne une réponse agronomique et stratégique à la dépendance protéique de l’Union européenne.
La Commission européenne souligne la dépendance persistante de l’UE aux protéines à haute teneur : en 2025, environ 25 % des protéines issues des oléagineux et protéagineux utilisées dans l’UE étaient d’origine UE. Le plan d’action européen de juillet 2026 vise notamment à augmenter la part de protéines d’oléagineux et protéagineux de l’UE utilisées en alimentation animale jusqu’à 35 % d’ici 2035.
Le principal service environnemental de la féverole est la fixation biologique de l’azote : elle remplace une part d’azote de synthèse et réduit l’énergie et les émissions associées. Ces bénéfices ne sont pas automatiques : les résidus riches en azote peuvent minéraliser après récolte, et un sol nu et pluvieux peut perdre des nitrates. La floraison fournit une ressource aux pollinisateurs, mais une protection insecticide mal positionnée peut les affecter.
| Service | Mécanisme | Condition de réalisation |
|---|---|---|
| Fixation azote | Symbiose Rhizobium | Bonne nodulation, pas d’excès N minéral |
| Rupture rotation | Changement famille botanique | Rotation suffisamment longue |
| Ressource pollinisateurs | Fleurs nectarifères | Protection insecticide respectueuse |
| Réduction émissions | Pas d’engrais azoté minéral | Intégration à la rotation |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
La féverole a-t-elle besoin d’engrais azoté ?
En fonctionnement normal, non : elle fixe l’azote atmosphérique grâce aux nodosités. Un apport d’azote minéral peut même réduire la fixation symbiotique. [S19]
Faut-il inoculer la féverole ?
Généralement non en France. Les rhizobia des légumineuses sont habituellement présents dans les sols français ; la féverole n’est pas dans le cas du soja qui exige presque systématiquement une inoculation. [S19]
Quelle densité viser en féverole d’hiver ?
Le guide technique 2025 vise 20 à 25 plantes/m², car la plante ramifie et un couvert trop dense augmente les risques de verse et de maladies. [S04]
Quelle densité viser en féverole de printemps ?
Environ 35 à 40 plantes/m² dans la référence Terres Inovia 2025, car la ramification est plus faible. [S04]
À quelle profondeur semer la féverole ?
En hiver, environ 7–10 cm ; au printemps, 6–7 cm pour un semis très précoce puis autour de 5 cm après le 20 février. Adapter au sol et au semoir. [S04]
Quelle humidité viser à la récolte ?
Terres Inovia recommande de récolter autour de 17–18 % d’humidité pour limiter la casse, puis de ramener vers 14 % pour le stockage. [S12][S13]
Quels sont les ravageurs majeurs de la féverole ?
Les sitones au début du cycle, le puceron noir sur tiges et la bruche pendant les gousses ; les nématodes des tiges dans certaines parcelles. [S10][S11][S29][S30]
Pourquoi la bruche est-elle si importante ?
Elle pénètre dans la graine et laisse un trou circulaire de sortie qui dégrade l’aspect et la germination. Les marchés humains et semences sont très sensibles à ce défaut. [S11]
Quelle teneur en protéines en 2025 ?
L’observatoire Terres Inovia/Terres Univia a mesuré 28,4 % de matière sèche en moyenne sur 76 échantillons. [S09]
Quel montant d’aide couplée pour 2025 ?
138,04 €/ha pour la catégorie des légumineuses à graines, montant fixé par arrêté du 5 juin 2026 ; à revérifier chaque campagne. [S17]





