01 · Identité
Une vieille oléagineuse de retour
La cameline, Camelina sativa (L.) Crantz, est une Brassicaceae annuelle à petites graines oléagineuses, cultivée anciennement en Europe puis quasiment abandonnée avant son retour récent dans les rotations.
Son renouveau tient à plusieurs atouts combinés : cycle court, rusticité pédoclimatique, faibles besoins, graine riche en huile — environ 28 à 49 % de matière sèche selon les références compilées — et en acide alpha-linolénique, tourteau protéique valorisable, et aptitude remarquable à la culture intermédiaire.
La graine contient aussi environ 24 à 36 % de protéines selon les références, ce qui ouvre des débouchés en alimentation animale documentés par la littérature récente sur le tourteau de cameline. Attention cependant : glucosinolates et composés antinutritionnels encadrent les taux d’incorporation.
Botaniquement proche des moutardes, la cameline partage avec elles une floraison jaune précoce et des siliques nombreuses. Sa réputation de culture « facile » doit être nuancée : la réussite dépend d’une levée homogène, d’une date de semis respectée et d’une récolte au bon moment, trois étapes où les écarts entre parcelles se creusent vite.
02 · France
Des surfaces modestes, mal comptées
Au Salon de l’agriculture 2025, Terres Inovia citait environ 2 800 ha de cameline en culture principale, dont 1 090 ha en agriculture biologique, et 3 320 ha en interculture : des repères de filière, pas une statistique nationale dédiée.
La prudence s’impose sur les chiffres : la SAA d’Agreste ne publie pas la cameline en ligne autonome et la classe parmi les « autres oléagineux ». Les surfaces communiquées par l’institut ou les opérateurs ne recouvrent pas nécessairement toutes les parcelles françaises.
La dynamique commerciale est réelle : Saipol a mobilisé, avec une dizaine d’organismes stockeurs, près de 2 000 ha de cameline en interculture pour sa campagne pilote 2024, avec des ambitions de montée en puissance pour les carburants d’aviation durables.
| Indicateur | Valeur | Référence | Source |
|---|---|---|---|
| Culture principale | ≈ 2 800 ha | Repère SIA 2025 | Terres Inovia |
| Dont biologique | 1 090 ha | Repère SIA 2025 | Terres Inovia |
| Interculture | ≈ 3 320 ha | Repère SIA 2025 | Terres Inovia |
| Campagne pilote Saipol | ≈ 2 000 ha | 2024 · interculture | Saipol |
03 · Systèmes
Culture principale ou intermédiaire
La cameline se conduit selon deux logiques : en culture principale, semée d’octobre à mars selon les types, ou en interculture d’été ou d’hiver, glissée entre deux cultures de rente.
En interculture d’été, le guide 2026 recommande de semer le plus tôt possible, idéalement avant le 10 juillet, à 8 kg/ha ; en interculture d’hiver, la fenêtre va du 1er au 20 octobre selon la zone, à 6-8 kg/ha. L’intérêt est double : couverture du sol et production récoltable sans déplacer la rotation.
En culture principale, la dose tombe à 5 kg/ha pour un objectif d’au moins 200 plantes/m². La graine est minuscule : lit fin, faible profondeur et rappui soigné conditionnent la levée, et la faculté germinative du lot se contrôle selon la méthode officielle du GEVES-SNES.
04 · Conduite
Sobre en intrants, rapide en couverture
La cameline est réputée peu exigeante : en culture principale, le guide 2026 raisonne 80 à 100 kg N/ha selon les fournitures du sol, sans fertilisation azotée systématique en interculture où elle capte les reliquats.
Sa vitesse de départ et son couvert dense limitent naturellement les adventices ; en bio, cette compétitivité est un argument majeur. Le désherbage chimique reste très limité en options homologuées : toute intervention se vérifie dans la base E-Phy de l’ANSES.
Peu de maladies et ravageurs spécifiques sont signalés en France ; la culture partage néanmoins des risques avec les autres crucifères — altises en début de cycle, limaces sur parcelles à risque — et son retour fréquent dans une même rotation doit être raisonné comme pour tout oléagineux.
Le projet européen CARINA, intégré au guide 2026, a documenté la place de la cameline et de la carinata dans des systèmes diversifiés : double culture, couverture hivernale et services agronomiques. Ces références aident à positionner la culture comme un outil de système, pas seulement comme une source de graines.
05 · Récolte
Intervenir vite à maturité
La récolte directe s’effectue à 8-10 % d’humidité, sans tarder après la maturité : les siliques brunissantes doivent être moissonnées avant que les pertes ne s’accumulent.
Le stockage exige 9 % d’humidité au maximum, avec un pré-nettoyage rapide si le lot contient des impuretés vertes qui s’échaufferaient. Le fauchage-andainage est une option documentée par Terres Inovia pour homogénéiser les lots en systèmes irréguliers.
Les rendements observés vont de 5 à 20 q/ha en culture principale, avec un potentiel de l’ordre de 20 q/ha ; en interculture, les références actuelles citent 5 à 17 q/ha en été et 5 à 20 q/ha en hiver. La dispersion est forte : la date de semis et l’eau disponible commandent l’essentiel.
06 · Débouchés
Huile, tourteau et carburants d’aviation
Les débouchés historiques — huile alimentaire riche en oméga-3, tourteaux, cosmétiques, chimie verte — sont rejoints depuis le milieu des années 2020 par les carburants d’aviation durables (SAF).
Le cadre européen est structurant : le règlement ReFuelEU Aviation impose des objectifs d’incorporation de carburants durables, et la directive sur les énergies renouvelables définit les cultures intermédiaires éligibles. La graine doit respecter conditions de durabilité et traçabilité pour prétendre à ce marché.
Le tourteau, riche en protéines, trouve des débouchés en alimentation animale documentés par la littérature ; l’huile vierge garde un marché alimentaire de niche. Dans tous les cas, le débouché — contrat Saipol ou autre — doit être sécurisé avant le semis : il n’existe pas de marché spot significatif.
07 · Cadre PAC
Un code déclaratif dédié
La cameline dispose d’un code PAC propre — CML — dans la notice Cultures et précisions de la campagne 2026 : la surface se déclare comme toute autre culture.
En interculture, le statut déclaratif dépend du rôle de la parcelle — culture intermédiaire récoltée ou couvert — et des règles de l’année : la notice TéléPAC en vigueur fait foi, et le positionnement vis-à-vis des exigences de rotation et des écorégimes se vérifie campagne par campagne.
Pour le débouché carburants, l’éligibilité de la graine aux filières SAF suit les règles européennes de durabilité : certification, bilan carbone et traçabilité sont des exigences contractuelles à lire avant la signature, pas après la récolte.
Repères documentés
Repères datés de la cameline
Ces données donnent un point de comparaison daté, à interpréter avec leur année, leur périmètre et leur statut.
| Indicateur | Valeur / situation | Référence | Source / lecture |
|---|---|---|---|
| Culture principale | ≈ 2 800 ha dont 1 090 ha bio | Repère 2025 | Terres Inovia |
| Interculture | ≈ 3 320 ha | Repère 2025 | Terres Inovia |
| Dose principale | 5 kg/ha · ≥ 200 plantes/m² | Guide 2026 | Terres Inovia |
| Interculture d’été | 8 kg/ha · avant le 10 juillet | Guide 2026 | Terres Inovia |
| Azote | 80-100 kg N/ha | Culture principale | Guide 2026 |
| Rendement | 5-20 q/ha | Références filière | Guide 2026 |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Qu’est-ce que la cameline ?
Une Brassicaceae oléagineuse annuelle, Camelina sativa, cultivée anciennement en Europe puis revenue dans les rotations pour sa rusticité, son cycle court et sa graine riche en huile et en oméga-3. [S01]
Quelle surface occupe la cameline en France ?
Environ 2 800 ha en culture principale, dont 1 090 ha en bio, et 3 320 ha en interculture selon les repères de filière de 2025. La cameline n’a pas de ligne dédiée dans la statistique agricole annuelle. [S03]
Quelle dose de semis ?
5 kg/ha en culture principale pour au moins 200 plantes/m² ; 8 kg/ha en interculture d’été semée idéalement avant le 10 juillet ; 6-8 kg/ha en interculture d’hiver, selon le guide Terres Inovia 2026. [S01]
Quel rendement espérer ?
De 5 à 20 q/ha selon le système et l’année, avec un potentiel de l’ordre de 20 q/ha en culture principale. En interculture, les références citent 5 à 17 q/ha en été et 5 à 20 q/ha en hiver. [S01]
Faut-il fertiliser la cameline ?
Modérément : 80 à 100 kg N/ha en culture principale selon les fournitures du sol, et pas d’azote systématique en interculture où elle capte les reliquats de la culture précédente. [S01]
Quels sont les débouchés de la cameline ?
Huile alimentaire riche en oméga-3, tourteaux pour l’alimentation animale, cosmétiques, chimie verte et, depuis le milieu des années 2020, carburants d’aviation durables sous cadre européen — à condition d’un contrat sécurisé avant le semis. [S05][S08]
Comment stocker la graine ?
À 9 % d’humidité au maximum, après une récolte directe à 8-10 % et un pré-nettoyage rapide si le lot contient des impuretés vertes qui s’échaufferaient. [S01]





