01 · Identité
Comprendre la viticulture française
La viticulture désigne la culture de la vigne (Vitis vinifera L.) et la production de raisins. Le terme viti-vinicole couvre l'ensemble vigne-vin, de la parcelle à la mise en marché.
Le vignoble français représente environ 3 % de la SAU nationale mais pèse 12 % de la valeur totale des produits agricoles et 24 % des productions végétales. Cette disproportion tient à la forte valeur unitaire de nombreux vins, à la transformation et à l'importance des marchés d'exportation.
La quasi-totalité du vignoble moderne repose sur le greffage : le greffon de Vitis vinifera apporte les caractéristiques du cépage, tandis que le porte-greffe assure le système racinaire et la résistance au phylloxéra. Le choix du couple cépage/porte-greffe est un levier structurant de long terme.
| Segment | Part en production | Spécificité |
|---|---|---|
| AOP | 55 % | Cahier des charges strict : aire, cépages, pratiques, rendements |
| IGP | 27 % | Indication géographique encadrée, plus souple que l'AOP |
| VSIG | 5 % | Vins sans indication géographique, cadre général vitivinicole |
| Cognac/Armagnac | 13 % | Eaux-de-vie viticoles avec filières spécifiques |
02 · Filière
Une filière concentrée, spécialisée et vulnérable au climat
La surface plantée a reculé d'environ 2 % entre 2014 et 2024, mais le poids économique reste élevé. Les campagnes récentes illustrent la sensibilité du vignoble aux aléas climatiques.
En 2024, la production commercialisable a atteint 27,296 Mhl sur le champ AOP + IGP + VSIG, hors Cognac et Armagnac. Ce millésime a été fortement pénalisé par la pluie, les accidents climatiques et une forte pression de mildiou. Le rendement moyen national hors Cognac/Armagnac s'est établi à 42,4 hl/ha, contre 50,6 hl/ha en 2023.
Pour 2025, Agreste estime la production nationale à 34,4 Mhl, faible pour la deuxième année consécutive. Les exportations 2025 s'élèvent à 12,6 Mhl et 11,19 Md€, en baisse respectivement de 2 % en volume et 4 % en valeur.
| Indicateur | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|
| Production (Mhl) | ≈ 48 | 27,3 | 34,4 (est.) |
| Rendement (hl/ha) | 50,6 | 42,4 | — |
| Exportations (Md€) | 11,6 | — | 11,19 |
03 · Matériel végétal
Cépages, clones, porte-greffes et plants
Le couple greffon/porte-greffe est au cœur de la conception du vignoble. Le choix engage la parcelle pour plusieurs décennies.
En 2024, l'Ugni blanc arrive en tête des surfaces recensées par FranceAgriMer avec 99 816 ha, devant le Merlot. Le porte-greffe influence la vigueur, la nutrition hydrominérale, la tolérance au calcaire et au stress hydrique. Le Centre national de sélection de l'IFV à l'Espiguette est à l'origine de la très grande majorité des plants certifiés plantés en France.
La diversité intravariétale peut être gérée par clones sélectionnés ou par sélection massale. Pour le matériel certifié, l'identité variétale, l'état sanitaire et la traçabilité sont centraux. Le catalogue officiel et les listes FranceAgriMer doivent être interrogés lors de chaque actualisation.
| Cépage | Surface (ha) | Usage principal |
|---|---|---|
| Ugni blanc | 99 816 | Eau-de-vie (Cognac, Armagnac) |
| Merlot | ≈ 55 000 | Vin rouge |
| Grenache | ≈ 45 000 | Vin rouge/rosé |
| Syrah | ≈ 40 000 | Vin rouge |
| Carignan | ≈ 35 000 | Vin rouge/rosé |
| Cabernet-Sauvignon | ≈ 30 000 | Vin rouge |
| Chardonnay | ≈ 28 000 | Vin blanc |
| Sauvignon | ≈ 25 000 | Vin blanc |
| Pinot noir | ≈ 22 000 | Vin rouge/blanc |
| Cinsaut | ≈ 18 000 | Vin rosé |
04 · Cycle
Du débourrement à la vendange par stades phénologiques
L'IFV utilise plusieurs référentiels de stades (Baggiolini, Eichhorn-Lorenz, BBCH). Pour SILLOVA, le plus robuste est de stocker le stade observé et sa correspondance BBCH.
La phénologie avance ou retarde de plusieurs jours voire semaines selon le millésime. Pour une IA agricole, une réponse de type « traiter début mai » est fragile ; une réponse de type « observer à partir de tel stade si les conditions de contamination sont réunies » est plus robuste.
La floraison femelle est un repère central : chaque soie doit recevoir du pollen viable pour féconder l'ovule correspondant. Le stade limite d'avortement des grains (SLAG) est situé environ 250 degrés-jours base 6-30 après la floraison femelle.
| Phase | Repère BBCH | Enjeu majeur |
|---|---|---|
| Dormance | 00-09 | Besoins en froid, résistance au gel |
| Débourrement | 10-13 | Exposition aux gelées tardives |
| Floraison | 60-69 | Fécondation, nombre de baies potentielles |
| Nouaison | 70-75 | Chute physiologique, charge potentielle |
| Véraison | 80-85 | Début maturité, changement de couleur |
| Maturité | 90-99 | Sucres, acidité, qualité phénolique |
05 · Conduite
Taille, palissage et travaux en vert
La taille fixe en partie le nombre de bourgeons laissés, mais la charge réelle dépend ensuite du taux de débourrement, de la fertilité des bourgeons, de la nouaison et des accidents climatiques.
Le palissage organise le couvert végétal : hauteur de végétation, largeur, position des rameaux, zone fructifère et passage de l'air. La performance photosynthétique dépend davantage de la surface foliaire exposée et bien éclairée que d'un simple volume de feuillage.
Les maladies du bois résultent d'un complexe de pathogènes, de blessures, de physiologie et de vieillissement. Les travaux IFV sur les « bonnes pratiques de taille » invitent à éviter les recettes absolues : le mode de taille, la taille des plaies, la continuité des flux de sève et le moment d'intervention interagissent.
- Équilibrer charge, feuillage et renouvellement du bois.
- Adapter le palissage à la vigueur et au débouché.
- Limiter l'excès de vigueur qui favorise l'ombre et l'humidité interne.
- Prendre en compte les maladies du bois dans la stratégie de taille pluriannuelle.
06 · Sol
Enherbement, fertilisation et gestion du sol
La fertilisation viticole ne se raisonne pas par une « recette NPK » nationale. Le diagnostic combine analyses de sol, vigueur, rendement, analyses foliaires et objectif de production.
L'enherbement améliore souvent portance, infiltration, porosité, limitation de l'érosion et biodiversité du sol. En contrepartie, il peut concurrencer la vigne pour l'eau et l'azote, en particulier sur sols superficiels ou années sèches. L'IFV insiste sur le fait que l'enherbement permanent n'est pas adapté à toutes les parcelles.
La matière organique, le pH, la disponibilité du fer en sol calcaire, l'équilibre K/Mg et la réserve en eau peuvent être aussi déterminants que la quantité totale d'un élément. Toute dose doit être construite avec références régionales et réglementation en vigueur.
| Option | Avantages | Inconvénients / limites |
|---|---|---|
| Enherbement permanent | Structure, érosion, biodiversité | Concurrence eau/azote, entretien |
| Enherbement sous rang | Réduit herbicides, services écosystémiques | Compétition forte sur sols pauvres |
| Sol nu / travail | Maîtrise de la vigueur, pas de concurrence | Érosion, compaction, perte de MO |
07 · Eau
Stress hydrique et irrigation
La vigne peut tolérer un déficit hydrique modéré, mais un déficit intense réduit la croissance, la surface foliaire, le grossissement des baies et le rendement.
Le cadre réglementaire national de l'irrigation des raisins de cuve interdit le goutte-à-goutte du 15 septembre à la récolte en règle générale. Les règles sont plus restrictives en AOC/AOP et des restrictions sécheresse s'ajoutent localement. SILLOVA doit demander : commune, indication géographique visée, cépage, stade et situation hydrique.
Le goutte-à-goutte domine lorsqu'une irrigation localisée est autorisée et équipée. Son efficacité dépend du dimensionnement hydraulique, de l'uniformité, de la filtration et de la qualité de l'eau.
08 · Protection intégrée
Mildiou, oïdium, botrytis et flavescence dorée
La protection intégrée du vignoble repose sur la prévention, l'observation et la décision ciblée. Chaque maladie exige un raisonnement distinct.
Le mildiou (Plasmopara viticola) dépend fortement de la pluie, de la température et de l'humectation. L'IFV recommande d'intégrer observation, météo, Bulletin de santé du végétal et outils de prévision plutôt que de raisonner sur un calendrier fixe.
L'oïdium (Erysiphe necator) peut progresser sans pluie libre ; des températures autour de 25–30 °C et une humidité relative élevée sont favorables. Botrytis cinerea profite d'une forte humidité et de tissus blessés. La flavescence dorée est une maladie réglementée : surveillance, déclaration, arrachage et lutte contre le vecteur dépendent des zones de lutte définies par l'autorité.
| Maladie | Conditions favorables | Leviers prioritaires |
|---|---|---|
| Mildiou | Pluie, température douce, tissus réceptifs | Observation, modèles, aération, cépages résistants |
| Oïdium | Chaleur, humidité relative élevée | Aération, cépages tolérants, observation précoce |
| Botrytis | Humidité, blessures, compacité | Aération, maîtrise de vigueur, gestion des blessures |
| Flavescence dorée | Vecteur (scaphoïde), zones de lutte | Surveillance, arrachage, lutte contre vecteur |
09 · Récolte
Vendanges, maturité, rendement et qualité
Le rendement final résulte du nombre de ceps/ha, du nombre de pousses et grappes par cep, du nombre de baies par grappe, du poids des baies et des pertes. Ces composantes se construisent sur deux saisons.
La date de vendange résulte d'un arbitrage entre objectif œnologique, cahier des charges, courbes de sucres/acidité, état sanitaire, prévision météo et capacité logistique. L'hétérogénéité intra-parcellaire peut justifier des vendanges différenciées.
En 2024, FranceAgriMer calcule sur son champ hors Cognac/Armagnac un rendement total moyen de 42,4 hl/ha : 37 hl/ha pour AOP, 53,0 pour IGP et 44,3 pour VSIG. Ces valeurs sont des moyennes nationales et ne doivent jamais être utilisées comme références de parcelle.
- Croiser sucres, acidité, pH et composés ciblés.
- Évaluer l'état sanitaire et la dynamique de pourriture.
- Prendre en compte les prévisions météo à court terme.
- Ajuster la capacité de récolte à la maturité et à la logistique.
10 · Perspectives
Changement climatique et adaptations
Le changement climatique modifie les stades phénologiques, l'équilibre sucre-acidité, le risque de déshydratation et les contraintes hydriques.
Les principaux mécanismes observés incluent : avancement des stades et dates de vendange, accélération de l'accumulation de sucres et baisse plus rapide de l'acide malique, risque de décalage entre maturité technologique et aromatique, sécheresse et déshydratation sur sols à faible réserve utile, brûlures thermiques sur grappes exposées.
Le projet INRAE LACCAVE insiste sur la combinaison de leviers techniques, organisationnels et géographiques : matériel végétal, implantation, sols, conduite du couvert, gestion de l'eau, choix de date de récolte et évolution des cahiers des charges. Les variétés porteuses de résistances au mildiou et/ou à l'oïdium peuvent réduire fortement les besoins de protection dans les contextes où elles sont autorisées.
| Risque | Effet possible | Adaptations à combiner |
|---|---|---|
| Hiver doux | Stades avancés, vecteurs actifs | Précocité adaptée, surveillance |
| Sécheresse estivale | Rendement réduit, déshydratation | Irrigation ciblée, réserve utile, porte-greffes adaptés |
| Canicule vendange | Acidité basse, maturité déséquilibrée | Variétés et expositions diversifiées |
| Pluie avant vendange | Pourriture, humidité élevée | Aération, vendange rapide, tri sélectif |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quelle est la surface du vignoble français ?
766 674 ha plantés en 2024 selon FranceAgriMer ; 733 621 ha sont comptés en production. Toujours préciser l'année et le champ. [S02]
Quel est le premier cépage planté en France ?
En 2024, l'Ugni blanc arrive en tête avec 99 816 ha, devant le Merlot. [S02]
Quand commence la protection contre le mildiou ?
Il n'existe pas de date nationale. Le raisonnement dépend des stades réceptifs, des pluies, de l'inoculum et du BSV local. [S20][S32]
Peut-on irriguer une vigne de cuve ?
Oui dans certains cas, mais le cadre est strict : règle générale d'interdiction du 15 septembre à la récolte ; règles plus restrictives en AOC/AOP et possibles restrictions sécheresse. [S27][S28]
Pourquoi greffer la vigne ?
Le greffage sur porte-greffe résistant est la base de la protection contre le phylloxéra et permet aussi d'adapter la vigne au sol et aux contraintes hydrominérales. [S10][S11][S12]
L'enherbement est-il toujours bénéfique ?
Non. Il améliore souvent structure et érosion mais peut concurrencer fortement la vigne pour l'eau et l'azote sur sols pauvres ou secs. [S17][S18]
Qu'est-ce que la flavescence dorée ?
C'est une maladie réglementée transmise par un vecteur (scaphoïde). Elle impose surveillance, déclaration, arrachage et lutte contre le vecteur selon les zones de lutte. [S24]
Qu'est-ce que l'IFT ?
Un indicateur de fréquence de traitements rapporté aux doses de référence. Il ne mesure pas directement la dangerosité ni l'impact. En 2024, l'IFT moyen raisin de cuve était de 14,9. [S06]
Combien de viticulteurs bio en France ?
L'Agence BIO en recense 12 061 fin 2024, pour 164 541 ha de vignoble bio (21 % du vignoble national). [S07]
Comment choisir la date de vendange ?
En croisant objectif produit, cahier des charges, sucres, acidité/pH, maturité aromatique/phénolique, état sanitaire, météo et capacité logistique.





