01 · Identité
Définition, statut et repères biologiques
Le lama domestique, Lama glama, est un camélidé sud-américain reconnu comme espèce domestique par l'arrêté français du 11 août 2006 ; son élevage reste en France une niche de diversification.
Un adulte pèse couramment 120 à 200 kg pour 102 à 127 cm au garrot selon les références vétérinaires internationales, avec une longévité souvent de 15 à 20 ans. Espèce grégaire, il ne tolère pas l'isolement chronique. Son appareil digestif compte trois compartiments (C1, C2, C3) à fermentation pré-gastrique : il rumine fonctionnellement, sans les « quatre estomacs » d'un bovin.
Les données génomiques rattachent le lama au guanaco, domestiqué dans les Andes sur plusieurs millénaires pour le transport en caravane, la viande, la fibre et la fumure. À ne pas confondre avec l'alpaga, espèce distincte spécialisée pour la fibre : un huarizo (hybride) n'est pas une race de lama.
02 · Systèmes
Types de lamas et finalités du troupeau
Classique, moyennement lainé, wooly, silky, suri : les associations d'éleveurs décrivent des catégories phénotypiques de toison, pas cinq races officiellement reconnues.
Le classique, à manteau double, convient bien à la randonnée et au bât, avec une fibre à trier et déjarer ; le type fortement lainé exige une tonte annuelle selon l'AFLA et court un risque thermique supérieur non tondu ; silky et suri demandent une gestion spécifique des mèches.
Le premier choix technique est la finalité — sélection, randonnée, médiation, éco-pâturage, fibre, garde de petits ruminants — car ces objectifs n'ont ni les mêmes exigences génétiques ni les mêmes infrastructures. Un projet solide part d'un atelier principal et d'un ou deux compléments.
03 · Installations
Pâtures, clôtures, abri et circulation
Une clôture doit empêcher sorties, intrusions de chiens et blessures ; les références vétérinaires utilisent souvent environ 1,5 m pour les lamas et proscrivent le barbelé.
L'abri doit protéger tout le groupe simultanément, sec, ventilé et non glissant : 98,4 % des détenteurs de l'enquête allemande de 2021 en déclaraient un avec accès extérieur — une norme de fait, pas une obligation dimensionnelle française.
Le pied à coussinet diffuse la pression au sol sans être « sans impact » : portails, abreuvoirs et râteliers concentrent boue et compaction. Parc de capture de petit volume, quarantaine fonctionnelle et rotation des parcelles — pratiquée par 78,6 % des fermes enquêtées — limitent la contamination parasitaire autour des latrines.
04 · Alimentation
Le fourrage d’abord, les concentrés raisonnés
La ration d'un lama adulte sain repose sur des fourrages propres : 98,0 % des élevages allemands enquêtés donnaient de l'herbe pâturée en été, 98,8 % du foin en hiver.
L'ingestion basale de 1,8 à 2,0 % du poids vif en matière sèche est un point de départ, à ajuster selon fourrage, croissance, gestation, lactation et état corporel. Merck décrit pour l'entretien un foin autour de 10–14 % de protéines brutes ; l'analyse vaut mieux que la sélection « à l'œil ». L'eau propre reste accessible en permanence, hors gel compris.
Le concentré n'est pas obligatoire : il se justifie en croissance, fin de gestation, lactation, travail ou amaigrissement, proportionné au fourrage. Les compléments minéraux se construisent sur analyses et contexte régional — vitamine D, zinc, sélénium et cuivre peuvent manquer ou excéder — et toute correction se fait progressivement.
| Poids vif | À 1,8 % PV/j | À 2,0 % PV/j | Équivalent annuel MS |
|---|---|---|---|
| 120 kg | 2,16 kg MS/j | 2,40 kg MS/j | ≈ 788–876 kg MS/an |
| 150 kg | 2,70 kg MS/j | 3,00 kg MS/j | ≈ 986–1 095 kg MS/an |
| 180 kg | 3,24 kg MS/j | 3,60 kg MS/j | ≈ 1 183–1 314 kg MS/an |
| 200 kg | 3,60 kg MS/j | 4,00 kg MS/j | ≈ 1 314–1 460 kg MS/an |
05 · Reproduction
Reproduction et conduite du cria
La femelle est une ovulatrice provoquée : l'ovulation, déclenchée par l'accouplement, survient typiquement 24 à 30 heures plus tard, ce qui permet une reproduction sur une large partie de l'année.
Malgré une activité ovarienne possible vers 10–12 mois, Merck recommande d'attendre au moins 24 mois et plus de 90 kg ; chez le mâle, la capacité d'accouplement est souvent effective entre 18 et 24 mois. Le refus du mâle (« spit-off ») vers 15 jours suggère la gestation sans la prouver ; l'échographie est utilisable vers 21–28 jours.
Avec environ 342 ± 10 jours de gestation, on raisonne une fenêtre de mise bas : naissances surtout diurnes, jumeaux viables exceptionnels. Le cria normal se lève en 15 à 45 minutes et tète dans la première heure, pour un poids de naissance d'environ 9 à 16 kg.
Merck fixe un objectif cumulé de colostrum de 10–15 % du poids vif sur 24 heures, l'essentiel avant 12 heures ; la croissance de référence est de 250–500 g/j après 24 h. Les crias au biberon doivent garder une socialisation forte avec leurs congénères : une imprégnation excessive à l'humain favorise des comportements de dominance adultes (« berserk llama syndrome »).
06 · Santé
Parasitisme, biosécurité et plan sanitaire
Médecine de troupeau : les signes apparaissent tard chez ces proies grégaires, et la surveillance repose sur des observations répétées — appétit, posture, fèces, état corporel palpé sous la toison.
Le parasitisme digestif est structurant : la SNGTV souligne la permissivité des camélidés aux parasites des bovins, ovins et caprins — Haemonchus, douves, Cryptosporidium parvum (zoonotique), Neospora ou Toxoplasma abortifs. Face à la résistance aux anthelminthiques, on traite sur base diagnostique — coproscopie, poids réel, contrôle d'efficacité, refuge parasitaire — plutôt qu'à calendrier fixe ; sous-doser sur un poids sous-estimé favorise échec et résistance.
Tout nouvel animal passe par une séparation sanitaire avec matériel dédié ; les fermes recevant du public ajoutent lavage des mains et retrait des animaux diarrhéiques. L'arrêté du 8 octobre 2021 inclut certains troupeaux de camélidés dans la surveillance de la tuberculose.
07 · Bien-être
Comportement, contention et cadre français
L'arrêté du 25 octobre 1982 impose à tout détenteur santé, absence de souffrances évitables, locaux non blessants, protection contre les conditions météorologiques et surveillance compétente.
Le lama communique par la posture du cou, les oreilles et la queue ; le crachat est surtout hiérarchique entre congénères. Il apprend socialement d'un congénère ou d'un humain, ce qui légitime une habituation progressive. La tonte est aussi un acte de bien-être : annuelle pour les lamas fortement lainés selon l'AFLA, avant les fortes chaleurs.
La contention déplace le groupe avant de capturer un individu, dans un parc conçu à cet effet. Le licol s'ajuste haut sur le chanfrein : respirateurs nasaux obligatoires, les camélidés peuvent voir leur respiration compromise par un licol trop bas. Immobilisation brève, sol antidérapant, sédation vétérinaire.
08 · Réglementation
Déclaration, identification et traçabilité
Depuis le 1er janvier 2026, tout opérateur détenant un ou plusieurs camélidés doit se déclarer auprès de la Chambre d'agriculture (article D.212-58) : un couple de lamas d'agrément est couvert comme un grand troupeau.
L'identification relève d'une personne habilitée (D.212-59, depuis le 24 octobre 2025) : transpondeur implanté par le vétérinaire ou repères auriculaires posés par le détenteur, avant tout mouvement et au plus tard à douze mois selon l'arrêté du 5 février 2016. L'IFCE ayant fermé eSIRECam le 6 janvier 2025, l'obligation demeure mais le canal a changé : suivre la procédure de la Chambre d'agriculture et tenir le registre du détenteur prévu par le règlement (UE) 2016/429.
L'article R.215-15 sanctionne la détention non identifiée après le délai ou la cession sans identification (3e classe) et le défaut de déclaration (5e classe). Le transport commercial requiert une autorisation de transporteur au-delà de 65 km ; tout départ vers un autre État membre relève du règlement délégué (UE) 2020/688 avec certificat zoosanitaire, à préparer avec la DD(ETS)PP.
09 · Économie
Débouchés, fibre et qualité des données
Sans référence technico-économique nationale, les revenus réalistes reposent sur un portefeuille — vente d'animaux, saillies, randonnée, médiation, éco-pâturage, fibre — plutôt que sur la fibre seule. L'Insee classe l'activité en NAF 01.44Z.
La fibre est hétérogène : sous-poil fin et poils de garde grossiers cohabitent, et la valeur dépend du diamètre moyen, des fibres médullées, de la longueur et de la propreté. Les travaux de 2025 sur les lamas Q'ara confirment que le déjarage améliore fortement le lot ; aucun prix national au kilo n'est publiable sans préciser qualité et préparation.
Le Recensement agricole 2020 repère la présence de camélidés sans série nationale de lamas ; l'estimation de 5 000 à 10 000 camélidés toutes espèces (VetAgro Sup, 2025) est un ordre de grandeur professionnel, pas un recensement. Le registre volontaire LAREU affichait le 20 juin 2026 38 686 animaux dont 9 547 lamas — des inscriptions volontaires, pas le cheptel européen.
Approfondir
Repères techniques complémentaires pour Élevage de lamas
Ces repères complètent la vue d'ensemble pour dimensionner le troupeau, diagnostiquer une dérive et préparer les décisions de conduite.
Le budget fourrager (poids vif × taux d'ingestion × 365) est une dérivation du repère Merck, pas une norme ; il n'existe pas de « nombre de lamas par hectare » universel. On calcule l'offre de matière sèche de la prairie puis on suit hauteur résiduelle, état corporel et état du sol : une surface correcte en mai peut être insuffisante en août.
Le premier niveau de précision ne requiert aucun capteur : identifiant unique, poids, BCS palpé, coproscopies, reproduction et tonte, reliés à un animal, une parcelle et une date, détectent les dérives avant qu'elles ne soient visibles.
Repères documentés
Repères datés de la filière et références biologiques
Ces données donnent un point de comparaison daté, à interpréter avec leur année, leur périmètre et leur niveau de preuve.
| Indicateur | Valeur / situation | Année | Source / lecture |
|---|---|---|---|
| Camélidés en France, toutes espèces | ≈ 5 000–10 000 (estimation professionnelle) | 2025 | Chaire BEA VetAgro Sup — pas un recensement |
| Gestation | ≈ 342 ± 10 jours | réf. consultée 2026 | Merck Veterinary Manual |
| Ingestion MS à l’entretien | ≈ 1,8–2,0 % du poids vif/jour | réf. consultée 2026 | Merck Veterinary Manual |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Combien de lamas par hectare ?
Il n'existe pas de chiffre universel : calculer l'offre de matière sèche de la prairie, les besoins du troupeau et le repos des parcelles. [S16]
Puis-je donner un granulé pour bovins à mes lamas ?
Pas sans vérification : les ionophores de certains aliments bovins sont hautement toxiques pour les camélidés. [S16]
À quel âge faire reproduire une femelle lama ?
Merck recommande au moins 24 mois et plus de 90 kg ; ce n'est pas un seuil réglementaire. [S17]
Combien dure la gestation d’une femelle lama ?
Environ 342 ± 10 jours selon Merck : raisonner une fenêtre de mise bas. [S17]
Faut-il vermifuger les lamas tous les trois mois ?
Aucun calendrier automatique n'est recommandé : la résistance impose une stratégie fondée sur le risque et la coproscopie. [S15][S18]
Dois-je déclarer mes lamas si je n’en ai que deux ?
Oui : D.212-58 vise tout détenteur de camélidés depuis le 1er janvier 2026. [S01]





