01 · Identité
Identité et classification
Le Boulonnais, nommé officiellement Trait Boulonnais dans le programme de sélection, est une race française de cheval de trait originaire de la côte de la Manche.
La race est gérée par le Syndicat Hippique Boulonnais, installé à la Maison du Cheval Boulonnais à Samer (Pas-de-Calais), en lien avec l’IFCE pour le livre généalogique et le système SIRE. Ses surnoms de « pur-sang des chevaux de trait » et de « colosse en marbre blanc » relèvent du récit patrimonial, pas de la réglementation.
Le Boulonnais ne doit pas être confondu avec le Trait du Nord : les deux races partagent des dispositifs de sauvegarde en Hauts-de-France, mais chacune a son livre et son standard.
02 · Origine
Origine, berceau et histoire
Le berceau de la race se situe dans le Boulonnais, entre Boulogne-sur-Mer, Marquise et Desvres, avec une diffusion historique vers la Picardie et le pays de Caux.
La légende d’une ascendance numide remontant à l’Antiquité est présentée comme telle par le document officiel. Des influences orientales et arabes plus tardives sont mieux documentées, via les croisades, l’occupation espagnole et les étalons arabes des Haras nationaux.
Avant le chemin de fer, la race a bâti sa réputation sur le transport rapide du poisson frais entre Boulogne-sur-Mer et Paris. L’arrivée du rail vers 1850 l’a réorientée vers la force de traction et les travaux betteraviers, avec des chevaux plus grands et plus puissants.
Le stud-book est fondé en juin 1886 ; le Syndicat Hippique Boulonnais en prend la gestion en 1902, alors que la population est estimée à plus de 600 000 individus. Guerres et motorisation provoquent ensuite l’effondrement des effectifs, la viande servant longtemps de débouché de sauvegarde.
03 · Standard
Standard morphologique et robes
Le standard recherche un cheval puissant sans lourdeur excessive, distingué, actif et fonctionnel, de 1,60 à 1,78 m pour 650 à 900 kg.
La tête doit être distinguée, le profil trop busqué étant pénalisé. L’encolure est longue et légèrement arquée, le garrot bien sorti, le dos large et soutenu, la croupe longue et musclée. Les articulations sont recherchées larges et nettes, les canons courts, les pieds larges, les aplombs réguliers.
Le gris, imposé au XIXe siècle comme marque identitaire, est la robe emblématique, mais le règlement admet aussi l’alezan, l’aubère, le bai et le rouan, jusqu’aux nuances noires. La robe pie est rédhibitoire. Les futurs gris naissent souvent foncés ou alezans avant l’éclaircissement progressif.
| Caractère | Référence du standard |
|---|---|
| Format | 1,60 à 1,78 m · 650 à 900 kg |
| Corps | Dos large et soutenu · croupe longue et musclée |
| Membres | Articulations nettes · canons courts · pieds larges |
| Allures | Marche souple · trot actif |
| Robes admises | Grise, alezane, aubère, baie, rouanne |
| Robe rédhibitoire | Pie et nuances |
04 · Aptitudes
Tempérament, allures et aptitudes fonctionnelles
Le Boulonnais est sélectionné comme un cheval de travail associant force et disponibilité mentale, avec un objectif explicite de « caractère facile ».
Le jugement en concours repose sur cinq postes à parts égales : tête et encolure, allures, corps, membres et aplombs, impression générale. La masse seule ne suffit donc pas : locomotion, équilibre et type racial comptent autant.
Le Parcours d’Excellence du Jeune Équidé de Travail (PEJET) évalue le tempérament à 1 an, l’éducation et le travail en main à 2 ans, puis la monte, la traction et l’attelage à 3 ans. Docile ne dispense pas de formation : un cheval de 650 à 900 kg exige une éducation précoce et un meneur compétent.
05 · Usages
Usages historiques et contemporains
Après la traction rapide puis les travaux agricoles lourds, les usages actuels de la race sont volontairement diversifiés.
La traction animale retrouve une pertinence ciblée en maraîchage, en viticulture ou en petits travaux de ferme, lorsque la faible compaction ou la précision la justifient. Le débardage reste possible, mais sa viabilité dépend de la pente, des volumes et de la qualification du meneur.
Services urbains, attelage de loisir et tourisme valorisent la race : dans l’enquête régionale sur 80 Boulonnais vendus en 2023, le loisir était le premier motif déclaré (29 chevaux). La viande, débouché historique de sauvegarde, ne concernait que 5 chevaux de cet échantillon déclaratif.
06 · Reproduction
Livre généalogique, sélection et reproduction
Seuls les animaux inscrits au livre généalogique peuvent porter l’appellation Boulonnais. Le livre est organisé en Livre A et Livre B, outil d’ouverture génétique encadrée.
Les étalons arabes sont automatiquement approuvés pour produire en Livre B. L’inscription à titre initial exige un animal d’au moins 2 ans, un parent au Livre A, le typage ADN des parents et une décision de commission ; le passage au Livre A demande au moins 75 % de sang Boulonnais sur trois générations connues.
L’approbation d’un mâle impose un âge minimal de 2 ans, l’identification, le contrôle de filiation et une décision de la commission nationale ; le candidat ne doit pas avoir d’ancêtre commun avec la jument jusqu’à la troisième génération, sauf dérogation.
Monte naturelle, insémination artificielle et transfert d’embryon sont admis sous conditions ; le clonage est exclu. La gestation de la jument varie de 320 à plus de 365 jours selon l’IFCE. Aucune source officielle ne donne de taux de fertilité propre à la race : il ne faut pas en inventer.
07 · Conduite
Alimentation, pâturage et entretien
Le grand format impose de construire la ration à partir du poids réel, de l’état corporel, du fourrage et de l’activité, sans approximation.
Le repère IFCE est une ingestion de fourrage de 1,5 à 2 % du poids vif par jour en matière sèche, avec de l’eau propre à volonté : 20 à 60 litres par jour, davantage en cas de chaleur, d’effort ou de lactation. Un trait à l’entretien couvre souvent l’essentiel de ses besoins avec un bon fourrage, sans concentrés systématiques.
Le pâturage est central dans les systèmes herbagers du berceau. Un trait de 750 kg représente environ 0,87 UGB ; les références de chargement vont de 40-50 ares par UGB au printemps à 80-90 ares en été. Le poids du cheval accentue le piétinement sur sols humides : parcelles portantes et rotation sont essentielles.
| Poids vif | Fourrage à 1,5 % du poids vif | Fourrage à 2 % du poids vif | Équivalent foin à 85 % MS |
|---|---|---|---|
| 650 kg | 9,75 kg MS/j | 13,0 kg MS/j | ≈ 11,5 à 15,3 kg brut/j |
| 800 kg | 12,0 kg MS/j | 16,0 kg MS/j | ≈ 14,1 à 18,8 kg brut/j |
| 900 kg | 13,5 kg MS/j | 18,0 kg MS/j | ≈ 15,9 à 21,2 kg brut/j |
08 · Santé
Santé, pieds et bien-être
Aucune prévalence de maladies propre au Boulonnais n’est publiée : la prévention suit les risques généraux du cheval de trait lourd.
Les priorités portent sur les pieds (parage ou ferrure adaptés), la peau des membres en milieu humide, la surcharge pondérale, le parasitisme raisonné avec coproscopies et une vaccination alignée sur la réglementation. Progressivité du travail et contrôle du harnachement préviennent blessures et surcharges.
Le protocole « Cheval Bien-Être », développé avec l’IFCE et l’INRAE, évalue eau, état corporel, blessures, couchage, contacts sociaux et relation à l’humain. Un cheval calme n’est pas automatiquement apte à toute tâche : effort, charge et récupération se jugent ensemble.
09 · Effectifs
Effectifs, démographie et ancrage territorial
La race demeure à faible effectif, avec des naissances durablement inférieures à environ 200 par an et une base d’éleveurs qui se réduit.
Stats&Cartes compte 250 juments saillies pour produire en race en 2025, contre 239 en 2024 et 280 en 2019 : la hausse de 4,6 % sur un an ne compense pas le recul de 10,7 % depuis 2019. L’Annuaire ECUS 2025 recense 145 immatriculations Boulonnaises en 2024 (provisoire), soit environ 1,76 % des immatriculations de trait.
La structure est très atomisée : 117 propriétaires de juments saillies en 2023 (-34 % sur dix ans), dont 53 % avec une seule jument. En 2024, 72 lieux d’élevage ont enregistré des naissances, dont 59 avec moins de trois poulains.
Environ 95 % des élevages se situent en Hauts-de-France, près de 75 % dans le seul Pas-de-Calais ; 137 poulains y ont été immatriculés en 2023. La race reste présente ailleurs, notamment en Normandie.
10 · Conservation
Conservation génétique et plan de sauvegarde
La conservation combine gestion de la consanguinité, cryoconservation et un plan de sauvegarde régional qui arrive à échéance fin 2026.
L’Annuaire des étalons 2026 estime la consanguinité moyenne à 5,02 % pour les chevaux nés entre 2019 et 2023, l’ancêtre le plus contributif, FRETHUN, représentant 13,4 % des gènes. Les matrices CRRG/SHB classent les accouplements recommandés sous 3 %, acceptables de 3 à moins de 6 %, déconseillés au-delà.
Au 20 mars 2025, 19 étalons Boulonnais de lignées distinctes avaient été collectés pour la Cryobanque nationale : une assurance ex situ qui ne remplace ni les naissances ni le renouvellement des éleveurs.
Le PSV4 (2023-2026) associe Région Hauts-de-France, organismes de sélection Boulonnais et Trait du Nord, Conseil des Chevaux Hauts-de-France, ENRx/CRRG et IFCE, avec des cibles annuelles de 300 juments saillies, 170 naissances et cinq élevages supplémentaires.
Approfondir
Repères techniques complémentaires pour Boulonnais
Ces repères complètent la vue d’ensemble avec des éléments directement utilisables pour lire les chiffres et préparer les décisions d’élevage.
La marque à l’ancre sur l’encolure fait l’objet d’une divergence : le programme modifié en octobre 2025 l’évoque comme une pratique ancienne, l’Annuaire des étalons 2026 comme toujours appliquée. Une confirmation du Syndicat Hippique Boulonnais est nécessaire avant toute affirmation.
Même prudence sur les dates institutionnelles : le stud-book est fondé en juin 1886, mais le syndicat n’en prend la gestion qu’en 1902 selon l’IFCE. Le raccourci « syndicat créé en 1886 » ne doit pas être repris.
Les séries statistiques diffèrent selon les extractions : l’ECUS 2025 affiche 271 juments saillies en 2023 et 237 en 2024 provisoire, Stats&Cartes actualisé 272 et 239. Chaque chiffre doit rester attaché à sa source et à sa date d’extraction, sans fusion silencieuse.
Le contrat d’élevage « Maintien de la biodiversité » du PSV4 couvre les animaux nés entre 2023 et 2026 : 500 € à la naissance, minorés de 100 € pour un produit du Livre B et de 200 € si la consanguinité dépasse 8 %, puis 200 € à 2 ans et 300 € à 3 ans sous conditions. Le plafond de minimis agricole mentionné est de 50 000 € sur trois exercices.
L’enquête commerciale 2023 éclaire les débouchés : sur 80 Boulonnais vendus, 29 partent au loisir, 22 à la reproduction, 12 au travail amateur, 12 au travail professionnel et 5 à la boucherie, pour des prix déclarés de moins de 1 000 € à plus de 7 000 € selon l’âge et la formation. Parmi les utilisateurs, 71 % débourraient eux-mêmes leurs chevaux : la compétence humaine crée directement de la valeur.
Repères documentés
Données de référence datées
Les indicateurs ci-dessous sont issus des sources du dossier, avec leur millésime et leur périmètre. Les données administratives équines étant actualisées en continu, chaque valeur doit être revérifiée lors des prochaines éditions.
Les statistiques 2026 (juments saillies, immatriculations, étalons actifs) devront être rafraîchies dès clôture des bases IFCE, et le dispositif d’aides post-PSV4 vérifié en priorité pour 2027.
| Indicateur | Valeur | Année · périmètre |
|---|---|---|
| Juments saillies pour produire en race | 250 | 2025 · Stats&Cartes |
| Juments saillies | 239 | 2024 · Stats&Cartes |
| Immatriculations Boulonnais | 145 (provisoire) | 2024 · ECUS 2025 |
| Part des immatriculations de trait | ≈ 1,76 % | 2024 provisoire |
| Propriétaires de juments saillies | 117 | 2023 · Observatoire |
| Lieux d’élevage avec naissances | 72 | 2024 · IFCE |
| Consanguinité moyenne | 5,02 % | Nés 2019-2023 |
| Étalons en Cryobanque | 19 lignées distinctes | Au 20 mars 2025 |
Questions fréquentes
Pour aller à l’essentiel
Quelle taille et quel poids pour un Boulonnais ?
Le standard officiel indique un format de 1,60 à 1,78 m au garrot pour 650 à 900 kg. [S02]
Le Boulonnais est-il toujours gris ?
Non. Le gris est emblématique, mais le règlement admet aussi l’alezan, l’aubère, le bai et le rouan, jusqu’aux nuances noires. La robe pie est rédhibitoire. [S02]
Quel était son usage historique le plus célèbre ?
Le transport rapide du poisson frais entre Boulogne-sur-Mer et Paris, jusqu’au chemin de fer vers 1850. [S02]
La race Boulonnaise est-elle menacée ?
Oui. Le ministère de l’Agriculture, FranceAgriMer et l’INRAE l’incluent dans les races locales menacées d’abandon pour l’agriculture. [S09]
Combien de juments Boulonnaises ont été saillies récemment ?
Stats&Cartes indique 250 juments saillies pour produire en race en 2025, après 239 en 2024 et 280 en 2019. [S06]
Qu’est-ce que le Livre B du stud-book Boulonnais ?
Une section du livre généalogique permettant une ouverture génétique encadrée, via certains croisements ou inscriptions à titre initial, sous conditions de parenté, de typage ADN et de conformité au standard. [S02]
Quel est le niveau de consanguinité de la race ?
L’Annuaire des étalons 2026 l’estime à 5,02 % en moyenne pour les chevaux nés entre 2019 et 2023. Les accouplements sont recommandés sous 3 % et fortement déconseillés au-delà de 7 % ; chaque croisement doit être simulé. [S04]
L’insémination artificielle est-elle admise chez le Boulonnais ?
Oui, les produits issus de l’insémination artificielle et du transfert d’embryon sont inscriptibles sous conditions. Le clonage est exclu du livre généalogique. [S02][S03]





